M™" ADA NEGRI
toujours sano'lantes. Fntro la machine et l'ouvrier, c'est un duel incessant où l'homme finit par succom- ])er... Mais il y a plus malheureux encore que les ouvriers de fabrique. Voici, occupés à fouiller les entrailles de la terre, tout un peuple de troglodytes à jamais privés de soleil, de ce soleil que M""" AdaNegri aime tant. Vivre sans soleil, quelle pitié ! La mort n'est-elle pas cent fois préférable V lié non! (Qu'une explosion de grisou vienne à bouleverser les galeries où le mineur travaille, loin de courir au devant de la flamme comme au devant d'une délivrance, vous le verre/, unicpiement préoccupé' de sauver sa vie : " Cette vie inhumaine, sans rayons ni fleur, cette vie d'aveugle, cette vie d'horreur, ils en veulent encore, ils en veulent! » Défendre avec tant d'énergie un bien si précaire, malédiction! l']t, dans les dernières strophes (hi morceau. M"'" Ada Negri reproche aigrement aux ouvriers leur lAcheté. Qui aime bien chAtie bien. M™" Ada Negri reprend ses bien-aimés avec une étrange rudesse.
Sans doute, il lui arrive de pleurer le « sang de son cœur ') sur ceux qu'elle appelle « les aiïamés, les opprimés, les admirables qui de la nature impie et adverse n'eurent ni trêve ni pardon et qui pourtant n'ont pas haï ». Assurément, elle pourra s'attendrir un instant sur les malheureux « qui ont passé dans le froid glacial et dans la tempête, courbés et ignorés, sans soleil, sans pain, sans vêtements, et qui ont cru en Dieu! « mais ses véritables sympathies vont à ceux qui se rei)iffent et se rebellent. Uévoltez-vous donc ! Vous êtes le nombre. Vous êtes la force. Vous êtes le droit. Assez de soumission! L'heure de la revanche a sonné... Ferdinand Lassalle ne reprochait pas aux ouvriers de Francfort-sur-le-Mein avec plus de feu que M""* Ada Negri « leur damnée absence de besoins ».
vertu chrétienne et vice économique. Mais patience! Le jour si ardemment espéré va luire! Tout se paye. Le moment de l'expiation solennelle approche, M'"^ Ada Negri qui « sent Terreur de tous les siècles et le remords du monde » peser lourdement sur sa conscience est tellement possédée du désir de la Révolution qu'elleenperçoitpartoutles symptômes avant-coureurs. A qui prêche avec une telle ardeur la ruine de l'ordre existant, on est autorisé à demander : « Par quoi entendez-vous remplacer ce que vous renversez? Détruire, c'est bien, mais reconstruire est mieux et surtout plus difficile. Comment concevez-vous le « régime nouveau ? » Filles sont vagues, confuses, précaires, les notions de M"^ Ada Negri sur ce sujet délicat. Elles débordent d'idéalisme humanitaire, mais elles manquent de qualités plus solides. Elles manquent du sérieux, je ne dirai pas politique, mais philosophi(]ue d'un Leopardi, par exemple, ou d'un Pascoli. M"'^ Ada Negri aime passionnément la liberté. Elle décrit ses ailes étincelantes, elle s'attendrit à son chant d'orgueil dominateur. Mais comment la liberté fondera-t-elleson règne? Voilà ce qu'elle ne nous dit pas. Elle peint l'état social nouveau sous des couleurs enchanteresses : (( Déjà resplendit à l'Orient le songe d'or de l'avenir, le mai du libre travail, mai d'ailes et de soleil, mais de Heurs, de baisers, de chansons, qui n'aura ni vaincus ni vainqueurs, ni serviteurs, ni maîtres. » Mais comment la tragédie actuelle deviendra-t-elle l'idylle prochaine? Comment la société à venir s'élèvera-t-elle sur les décombres de l'ancienne ? Nous n'en savons rien, et peut-être M"" Ada Negri l'ignore-t-elle comme nous. Du moins, elle n'a pas jugé bon de nous renseigner. En attendant, elle nous répète que le monde oi^i nous vivons ne vaut rien et que c'est faire œuvre pie que d'en précipiter la ruine: « Crève donc, société ! » Nul n'aura
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chanté d'une âme plus ardente cet imprudent refrain, nul n'aura soufflé d'un cœur plus léger sur le brasier révolutionnaire. Profondément bonne et pitoyable, toute frémissante au contact des douleurs d'antrui, je crois. Dieu me pardonne ! que M"" Ada Negri applaudirait à ime guerre civile, pour peu qu'elle en put espérer le triomphe de la démagogie et l'avènement du >< quatrième état n. Etje la vois très bien écrivant des vers débordants de tendresse pour l'humanité entière, Cafres l'^squimaux et Pajjous, au pied d'un échafaud italien. Les grands révoltés toujours curent de ces âmes à double face. Révoltée, femme et poète, M""-' Ada Ncgri a trois raisons pour une de pécher contiv la saine logique et la banale raison, d'aimer le monde entier et de détester les bourgeois.
l'.t si-i-tembre l'.io;!.