‹ La littérature italienne d'aujourd'huiChapitre 4 sur 44 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

laisée et téméraire singulièrement. C'est encore, m'a-t-il paru, à procéder par monographies que l'on risque d'apprécier le plus sainement l'œuvre d'écrivains vivants.

En terminant, je prie les Italiens qui ont bien voulu m'aider de leurs indications et de leurs conseils, de trouver ici les remerciements d'usage. Je dois une mention particulièrement reconnaissante à MM. G. Gêna, G. Antona-Traversi, G. Ferrero, B. Groce et Ad. Orvieto.

Paris, novembre 19()"'>.

Parmi les romanciers de l'Italie contemporaine, ]\L Giovanni Verga m'a toujours paru sympathique entre tous. Il a de son art la conception la plus haute et la plus noble. Le culte passionné des lettres a rempli sa vie. Son idéal, à vrai dire, manqua de stabilité. Esprit inquiet, M. Vorfja flolla d'un pi'de littéraire à l'autre et sou œuvre se ressent de ce papilionnage. La date de sa naissance entre sans doute pour quelque chose dans ce manque d'unité. Venu au monde en 18i0, M. Verga a subi avec une force égale l'intluence du romantisme à son déclin et le prestige du naturalisme en ses brillants débuts. La critique, de tout temps, a sévèrement jugé ces talents mobiles et ces œuvres disparates. Aussi bien sa sévérité à l'égard de M. Verga confina-l-elle à l'injustice. Car le roman qui s'appelle IMalai'oglia et ces nouvelles intitulées Cavalleria ruslicatia, la Lupa, Rosso Mafpelo, U)i processo, sont d'un maître écrivain et révèlent une individualité puissante. Assurément, il ne faut pas attacher au « succès » d'un auteur une trop grande importance. Combien se grisent aujourd'hui de l'encens des critiques et connaissent « les gros tirages » qui demain auront sombré

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dans l'oubli! On ne peut se défendre toutefois d'un certain étonnement en présence de la « vente » dérisoire des Malavoglia, par exemple. Ce phénomène (car c'en est un) donnerait presque raison aux grincheux d'outre-monts qui vont répétant que l'art pur et la pure littérature n'excitent encore dans la i< Troisième Italie ') (|u"un intérêt médiocre. On allègue aussi, pour expliquer cette injustice, que l'œuvre de M. Verga, outre qu'elle fut toujours disparate, produit aujourd'hui l'impression d'une chose démodée. Les littératures septentrionales qui ont excité en Italie un tel engouement et ont si fort influencé les jeunes écrivains ont causé aux ouvrages du maître sicilien un tort irréparable. Un public ne goûte pas à la fois MM. Ilenrik Ibsen, Gérard Hauptmann, Maurice Maeterlinck et les livres clairs et sobres de M. Verga. Il se peut que cette explication de la gloire insuffisante qui s'attache au nom de l'auteur de Cavalleria soit fondée. En voici une autre qui n'est pas moins plausible : M. Albertazzi soutient que le talent de M. Verga est trop peu italien pour plaire en Italie. Au dire de ce fin critique, le public doutre-monts supporte malaisément cette tension du style, ces dialogues si condensés, ces mots incisifs, tout ce qui donne, en un mot, à cette œuvre sa marque propre. Trop de rudesse, tropd'àpreté dans ce langage, trop de vigueur dans ces peintures. Le lecteur en est troublé comme par une lumière trop ardente : « L'harmonie, plus encore |ue traditionnelle, écrit M. Albertazzi, est naturelle ch znous'. »

J'ai fidèlement rapporté les griefs de la critique, mais il s'en faut que j'épouse sa querelle. Peut-être le génie de M. Verga est-il moins italien qu'européen. Peut-être présente-t-il avec l'esprit français quelques

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