‹ La littérature SyriaqueChapitre 46 sur 214 · Ane, syr. documents^ p. 110, n*> IV · texte numérisé non relu

Ane, syr. documents^ p. 110, n*> IV

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conçu : « Addai évangélisa Édesse et la Mésopotamie. Il était de Panéas et vivait au temps du roi Abgar. Comme il se trouvait en Sophène , Sévère , fils d' Abgar, le fit tuer près de la citadelle d'Aghel, ainsi qu'un jeune homme, son disciple. » Gutschmid l'a déjà remarqué ^ , ce texte dénote une source arménienne. L'Église arménienne fait remonter ses origines aux Apôtres et confond Addai avec son successeur Aggai ; elle fait mourir en Arménie le missionnaire qui avait évangélisé cette province. C'est une légende, mais une légende basée sur un fait historique.

La doctrine d* Addai se termine par le récit suivant : « Aggai, ayant expiré aussitôt après avoir eu les jambes brisées, n'eut pas le temps d'imposer les mains à Palout. Palout se rendit à Antioche et reçut l'imposition des mains de Sérapion, évêque de cette ville. Sérapion avait reçu l'imposition des mains de Zéphyrin, évêque de Rome , qui lui-même avait été consacré par Simon Pierre. Celui-ci avait été désigné par Notre Seigneur et fut évêque de Rome pendant vingt-cinq ans au temps de César qui régna treize années. »

Ce récit renferme des anachronismes évidents : Sérapion fut évêque d' Antioche de 190 à 210, et Zéphirin fut évêque de Rome de 198 ou 199 à 217. Les treize années du règne de César sont inexactes , si l'on entend Auguste qui régna quarante-cinq ans ; mais elles conviennent à Septime Sévère qui mourut en 211, si l'on compte les années de son règne à partir de 197, mort de son compétiteur Albinus. Ces anachronismes mon-

1. Untersuch. ueber die Geschichte des Kœnigreichs Osrhoene^ p. 16. Salomon de Bassora dans son Livre de l^abeille, éd. Budge, Oxford, 1886, p. 123, reproduit ce fragment, mais avec la variante de Hérode, ^0»»o}of, au lieu de Sévère, ^œo^ott, confusion à laquelle prête l'écriture syriaque ; mais cette confusion était intentionnelle, le nom d'Hérode répondant mieux à l'époque fixée par la légende (!«' s.).

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Irent que la légende s'est développée de faits historiques. Ces faits sont les suivants : Addai, originaire de la Palestine, évangélise la Mésopotamie dans la deuxième moitié du II® siècle de notre ère. 11 fonde à Édesse la première église qu*il administre jusqu'à sa mort. Il a pour successeur dans ces fonctions Aggai, auquel succède Palout à la fin du IP siècle.

Vient ensuite la clausule des actes officiels : « Comme c'est l'usage dans le royaume d'Abgar et dans tous les royaumes , tout ce qui était dit devant le roi était écrit et déposé dans les archives. Ainsi Laboubna, fils de Sennak, fils d'Abdschadar, le scribe du roi, a écrit ces actes d' Addai, l'apôtre, depuis le commencement jusqu'à la fin. lïannan, le secrétaire-archiviste du roi, y a apposé son témoignage et l'a déposé dans les archives des actes royaux, où sont conservés avec soin et sans omission les décrets , les lois et les contrats de vente. » Cette clausule se trouvait également dans le texte syriaque qu'Eusèbe avait sous les yeux, et c'est à elle que fait allusion l'éminent historien, quand il dit que le document a été tiré pour lui des archives d'Edesse.

A la légende d'Abgar se rattache par quelques points la légende des trente deniers de Judas qui, d'un autre côté, appartient à la littérature des Livres des jubi" lés * . Les deniers remis à Judas pour prix de sa trahison avaient été frappés par Térach qui les avait donnés à son fils Abraham ; des mains d'Abraham , ils avaient passé en la possession d'Isaac, puis des Pharaons d'Egypte et de la reine de Saba, laquelle les avait laissés à Salomon. Nabuchodonosor s'en était emparé après la prise de Jérusalem et en avait fait don aux

1. Celte légende se trouve dans Prœtermissorum libri duo, éd. LagardE, Gœttingue, 1879, p. 94, et dans Le livre de Vabeille , éd. Budge, p. 107-108 (trad., p. 95-96).

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rois Mages. Ceux-ci, pendant leur voyage à Bethléem, égarèrent les deniers aux bords d'une fontaine près d'Édesse. Des marchands les trouvèrent et s'en servirent pour acheter à des pâtres la tunique sans couture qu'un ange avait apportée à ceux-ci. Le roi d'Édesse, Abgar, ayant eu connaissance de ces faits , se fit livrer la tunique et les deniers, et il les envoya à Jésus en reconnaissance de la guérison que Notre Seigneur lui avait procurée. Jésus-Christ garde la tunique pour lui et fait porter au temple les deniers qui devaient acheter le traître.

La doctrine d'Addai a fourni à Jacques de Saroug le sujet d'un de ses cantiques ^ . Cet apocryphe ne demeura pas localisé dans Édesse , mais se répandit en Occident et en Orient. Nous le retrouvons, avec de nouveaux développements , en Arménie , en Perse , en Babylonie. Nous nous bornerons à parler ici des documents syriaques qui se rattachent à cet apocryphe et en continuent la tradition dans les pays orientaux.

Le principal de ces documents , Les actes de Mar Mari ou de saint Maris ^ , concerne l'évangélisation de l'Assyrie, de la Babylonie et de la Perse. Cet apocryphe représente la tradition nestorienne ; il a pour objet de faire remonter aux apôtres la fondation de l'église de Koké près de Ctésiphon , où était le siège des patriarches de l'Orient. Mari n'est pas connu des Syriens occidentaux qui n'en parlent pas jusqu'à Barhebrseus. Celui-ci rapporte les actes de Mari au commencement de la seconde partie de sa chronique ecclésiasti-

1. Un extrait de ce cantique a été publié par Cureton, Ane. syr. documenlSj p. 107; à la suite, p. i08-110, divers extraits relatifs à Âbgar et à Addai.

i.Acta sancti Maris syriace sive aramaice, éd. Abbeloos, Bruxelles, 1885, avec une traduction latine; réédités dans le I«' vol. des Acta martyrum et sanctorum du P. Bedjan , Paris , 1890.

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que, à la suite des actes d'Addaî et d'Aggai ; il a emprunté son récit aux livres nestoriens, probablement au Livre de la tour de Mari , (ils de Salomon.

La rédaction de ces actes n'est pas antérieure au VI® siècle. On n'y surprend aucun souvenir précis des temps païens; les populations que Tapôtre convertit adorent des démons habitant des arbres ou des pierres, c'est à peine s'il est fait allusion au culte des astres en Babylonie ou au culte du feu en Perse. Les miracles que l'apôtre accomplit n'ont aucun cachet original; ce sont des arrangements de miracles connus par ailleurs, notamment par le livre de Daniel.

Les actes de Mari sont précédés d'une introduction dans laquelle sont mentionnés : le groupe de bronze de Panéas représentant le Seigneur et la femme hémorrhoïsse, d'après Eusèbe ; la correspondance d'Abgar et de Jésus , le portrait du Seigneur, la guérison d'Abgar et la conversion des habitants d'Édesse par l'apôtre Addai, d'après La doctrine d'Addai, Après cette introduction, l'auteur aborde son sujet. Mari, un des disciples d' Addai, est désigné par son maître pour l'évangélisation de l'Orient. Ce missionnaire quitte Édesse avec les disciples Philippe, Malkjésu et Adda; il se rend à Arzoun sur la frontière de l'Arménie, et envoie Philippe à Gozarte (ou Kardou); puis il descend vers le sud, convertit l'Assyrie, les provinces du grand et du petit Zab, de la Garamée, et arrive en Babylonie. Les habitants de Séleucie sont adonnés aux débauches et à l'ivresse — réminiscence de l'ancienne Babel et des festins de Balthazar — et l'apôtre n'a d'action sur eux qu'en prenant part à leurs orgies. Mari est mieux reçu à Ctésiphon , grâce à la nouvelle des cures qu'il a faites à Séleucie ; le roi Artaban l'envoie à Dorkoni auprès de sa sœur malade; celle-ci, après sa guérison, construit,

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sur la demande du saint, les églises de Dorkoni et de Koké qui sont appelées à un grand renom. Kaschkar (le siège d'un des principaux évéchés nestoriens) reçoit sans résister la bonne parole, mais la Mésène (occupée en partie par les Mandéens) demeure sourde aux sermons de Tapôtre. Celui-ci va prêcher la Susianne et pénètre dans l'intérieur du pays jusqu'aux frontières de l'Inde que l'apôtre Thomas évangélise. De retour en Babylonie, Mari visite ses églises et ses disciples et il proclame que le directeur de l'église de Koké aura la préséance sur tous les évêques de l'Orient, parce que cette église fut fondée la première de toutes. Il mande à Dorkoni son disciple Papas et, en présence du clergé, il le nomme son successeur. L'apôtre Mari quitte ensuite ce monde pour la vie éternelle et son corps est déposé dans l'église de Dorkoni.

Papas, qui est désigné dans ces actes comme le successeur de Mari, fut élu primat d'Orient en 266 ^ Cette date est trop basse pour que Mari ait été le disciple d'Addai, même dans l'hypothèse admise par la critique qu'Addai aurait vécu dans la deuxième moitié du II" siècle, car il y aurait un intervalle de cent ans jusqu'en 266. Suivant Le livre de la tour ^, Mari serait mort en l'an 82. La lacune entre Mari et Papas se trouve considérablement augmentée, puisque, entre 82 et 266, il y a une différence de 184 ans; cette lacune est comblée dans Le Iwre de la tour et dans la chronique de Barhebrseus au moyen de cinq patriarches intermédiaires, dont l'historicité peut être mise en doute. Si l'on accepte comme exacte la mention de Papas, successeur de Mari, l'apôtre de la Mésopotamie orientale et de

i. BiRHEBRiEus, Chron. eccLy II, p. 27.

2. GiSMONDi, MariSi Amri et Slibœ de patriarchis Nestorianorum commentariat pars prior^ p. 5 ; pars allera^ p. S, Rome, 1896-i899.

la Babylonie aurait vécu vers le milieu du IIP siècle.

Suivant une autre tradition, recueillie par La doctrine des apôtres (chez Cureton^), Le livre de la tour^y L'histoire de la cille de Beit-Slok^ et Barhebraeus'*, l'évangélisation de ces contrées aurait eu lieu par l'apôtre Addai lui-môme , accompagné de ses deux disciples Aggai et Mari. Le livre de la tour fait même de Mari un disciple direct de Jésus-Christ, dont il aurait entendu la parole, car il se trouvait parmi les délégués qu'Abgar avait envoyés en Palestine.

Parmi les apocryphes plus récents, on a en syriaque i^ Uhistoire d'ArseniuSy un roi d'Egypte que Notre Seigneur ressuscita pour en faire un ascète chrétien ^ ; 2** Les lettres de Notre Seigneur descendues du ciel pour recommander la sanctification du dimanche *. Le syriaque procède très probablement d'un original arabe.

i. CuRETON, Ane. syr, documents, p. 34.

2. GisMONDi, Maris, Amri et Slibse, etc., p. 1; Assémaxi, B. 0., III, II, p. 18 et sulv.

3. HoFFiuNN, Auszûge aus syrischen ALten pers. Mârtyrer, Leipzig, i880, p. 45; voir le texte syriaque dans Hoesimger, Monumenta syriaca,l\, p. 65, et dans Bbdjan, Acta marlyrum et sanctorum, II, p. 512.

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