Chron, eccl,, U, p
6. Publié M. Hall dans Hebraica, V, p. 81-88. Comp. Sachau, Verzeichniss der syr. Handschriften, Berlin, 1899, p. 201 et 373.
6. Texte et traduciiou de deux recensions syriaques par M. Hall dans le Journal of the American Or. Society, XIII, p. 34 (à la suite, une hymne sur les Saints Mystères); et XV, p. 121 (à la suite, un écrit mystique sur le diagnostique des maladies). Sur cet apocryphe, consulter : PRiETORiuSj Maznafa lomâr, Leipzig, 1869; René Basset, Mashafa Tomar, II« lasc. des Apocryphes éthiopiens traduits en français, Paris, 1893; Sacilvu, Verzeichniss der syr. Handschriften, n«« 73, 110 et 179.
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Ces actes sont, dans la littérature syriaque, comme dans les autres littératures chrétiennes, Tobjet de nombreux écrits qui s'étendent sur une longue période d'années. Les premiers en date nous ont conservé les noms des confesseurs qui subirent le martyre pendant les persécutions contre les chrétiens. Ces persécutions se divisent en deux groupes distincts : les premières furent exercées dans l'empire oriental des Romains, au nom des édits des empereurs ; les secondes eurent pour théâtre l'empire perse sous la dynastie des Sassanides. Les actes syriaques sur les persécutions des Romains sont limités à la Mésopotamie occidentale, le grec étant la langue littéraire de la Syrie cis-euphratique à cette époque-là.
§ 1. — Les actes des martyrs de la Mésopotamie occidentale.
Le recueil de ces actes est peu volumineux ; il comprend le récit des martyres de Scharbil , de Barsamya, de Gouriaet Schamouna, et de Habib, qui eurent lieu à Édesse à différentes époques. Cette ville était le siège du gouvernement de la Mésopotamie romaine et sou-
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mise à Taction directe du gouverneur civil et militaire ; elle était, de plus, la métropole des chrétiens de cette province ; là plus qu'ailleurs , ces chrétiens étaient exposés aux accusations de crime de lèse-majesté pour refus de se soumettre aux édits des empereurs. Cependant les poursuites ne furent pas nombreuses. L^auteur des actes de Habib prétend que « beaucoup de chrétiens furent poursuivis, mais qu'ils confessaient ouvertement leur foi, sans crainte des persécutions parce que les persécutés étaient plus nombreux que les persécuteurs ^ . » Ces paroles sont plutôt d'un apologiste que d'un historien.
Les actes de Scharbil et de Barsamya peuvent être analysés en quelques lignes. La quinzième année de Trajan, laquelle, suivant les synchronismes indiqués dans ces actes , répond à la troisième année du règne d'Abgar Vil d'Édesse et à Tannée 416 de l'ère des Séleucides (105 de J.-C), cette année-là l'empereur ordonne de faire des sacrifices aux dieux et de punir de mort quiconque refuserait de prendre part à ces sacri^ fices. Les ordres de l'empereur arrivent à Edesse pendant la fête de nisân (avril) , que présidait le grandprêtre Scharbil et à laquelle assistait le roi Âbgar. Barsamya, l'évêque d'Édesse, convertit en secret à la religion chrétienne le grand-prêtre qui se refuse à immoler aux faux dieux, et cette conversion entraîne celle des grands de la ville. Le gouverneur romain Lysanias, après avoir en vain cherché à ramener Scharbil à ses anciens sentiments, lui applique la torture et le fait mettre en prison. C'est seulement le deux
i, GuRETON, Ane. syr. documents, p. 73. C'est dans cet ouvrage, p. 41 et suiv., qu'ont été publiés, avec une traduction anglaise, les actes de Scharbil, de Barsamya et de Habib, que M. Bedjaii a réédités dans le premier volume de sQsActa martyrum et sanctorum, Paris, 1890.
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iloul (septembre) suivant que Scharbil est supplicié avec sa sœur Babai. Les actes de Scharbil sont suivis de la clausule officielle : « Nous, Macrin et Anatole , les scribes publics, nous avons rédigé ces actes et nous les avons déposés dans les archives de la ville où les actes publics sont conservés. L'évêque Barsamya qui convertit le prêtre Scharbil existait aux jours de Fabien , évêque de Rome. » Suit le récit d'un miracle qui arriva à Rome à Tépoque de Fabien.
Les actes de Barsamya donnent les mêmes synchronismes que les actes de Scharbil , moins Tannée d' Abgar VII, et ils mentionnent en plus le consulat de Commode et de Cerialis. Le cinq ilouly Barsamaya est dénoncé au gouverneur Lysanias comme étant Tauteur de la conversion de Scharbil. Cet évêque est envoyé en prison. Après de longs jours , il est ramené devant le juge et il subit les premières tortures , lorsque arrivent à Édesse a les lettres d*Alusis, le grand hyparque {v7taQ/oç) , le père des empereurs » , qui mettent fin à la persécution. Ces actes, dit la clausule finale, ont été rédigés par les greffiers (exceptores) , Zénophile et Patrophiie, et contresignés par les scribes-archivistes, Diodore et Euterpe. La clausule ajoute : « Barsamya, Févêque d'Édesse, qui convertit le prêtre Scharbil, vivait aux jours de Fabien, évêque de Rome. Barsamya avait reçu le sacerdoce d'Abschelama qui fut évêque d'Édesse. Abschelama avait reçu le sacerdoce de Palout, le premier (évêque d'Édesse). Palout l'avait reçu de Sérapion, évêque d'Antioche, et celui-ci l'avait reçu de Zéphyrin , évêque de Rome. »
Nous avons reproduit les clausules des actes de Scharbil et des actes de Barsamya pour rendre évidente la corrélation qui existe entre elles et la clausule de La doctrine cPAddaî rapportée sous le n° précédent.
Ces actes, en effet, dépendent de La doctrine pour l'époque qu'ils fixent du martyre de ces confesseurs. Palout d'Edesse ayant été sacré évêque par Sérapion d'Antioche vers l'an 200, c'est dans la première moitié du III' siècle qu'on doit placer ses deux successeurs, Abschelama et Barsamya. La mention de Fabien de Rome, contemporain de Barsamya, nous conduit au même résultat ; Fabien fut pape de 236 à 250. La persécution dont il est question ici est donc celle de Dèce, de 249- 251, et non celle de Trajan. La confusion des deux empereurs romains était rendue facile par le nom de Trajan que Dèce portait également, mais elle a été faite surtout pour que les actes de Barsamya concordassent chronologiquement avec La doctrine d'Addai, Cet apocryphe ayant reculé de près de cent-cinquante ans l'époque de Palout, l'âge de Barsamya devait rétrograder du même nombre d'années.
Ces conclusions sont confirmées par d'autres observations ^ La rédaction des actes témoigne elle-même de l'anachronisme : la mise en scène, les épisodes du drame, la procédure suivie, le genre des supplices, tout montre la Mésopotamie devenue province romaine; cette province est administrée par un gouverneur romain , qui réside à Édesse et rend la justice. Cet état politique nous conduit au IIP siècle ; antérieurement il est incompréhensible. Le général de Trajan, Lucius Quietus, s'empara, il est vrai, d'Edesse en l'an 115, mais la conquête de Trajan fut éphémère et n'eut aucune influence sur l'administration de la ville. On voit apparaître, dans les actes de Scharbil, Abgar VII, mais son rôle est effacé; ce prince règne, il ne gouverne pas.
1. Voir sur ce sujet et les différentes sources de la critique, Le« actes de Scharbil et les actes de Barsamya , par R. Duval dans le Journal asiatique, juillet-août 1889, p. 40 et suiv.
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La persécution prend fin par Vèdit des empereurs notifié par les lettres du grand hy par que Alusis^ le père des empereurs. De quel édit s'agit-il dans cette phrase singulière? Évidemment de l'édit de tolérance de Constantin , rappelé en termes plus précis dans les actes de Habib*. Le deux ïloul^ est- il dit dans ces actes, la nouvelle de la marche de Constantin contre Licinius agita les provinces et amena un ralentissement dans la persécution des églises. Mais quel est ce personnage du nom ^Alusis qualifié de père des empereurs. M. Tixeront ^ rapproche un certain Eleusius , préfet de la Mésopotamie sous Dioclétien; pour une si mince personne ,/7ère des empereurs est un titre bien gros ; de plus la persécution de Dioclétien n'a rien à faire ici. Nous préférons voir dans le mot Alusis une personnification du grec '^ Xvaiq le dénouement ou la fin de la persécution. Si ces actes sont antidatés sous l'influence de La doctrine d'Addai, ils sont, d'un autre côté, postdatés sous l'influence des actes de Habib , auxquels ils ont emprunté encore d'autres traits.
Les allusions au concile de Nicée sont claires dans ces actes ; il suffira de rappeler le passage suivant ^ : a Jésus-Christ qui a revêtu un corps est Dieu, fils de Dieu, consubstantiel à son père, participant de la nature de son auteur, lumière adorable de sa divinité , rayon glorieux de sa grandeur ; il était avec son Père dès le principe et dès l'éternité. » Ces allusions sont également sensibles dans La doctfine d'Addai, 11 serait facile d'énumérer de nombreuses analogies pour montrer la dépendance des actes de Scharbil et de Barsamya du document plus ancien de La doctrine. Nous
i, CuRETON, Ane. syr. documents^ p. BS, 1. 3.