Jbid., V, 5U
byGoogk
§ 4. — Vies des saints et des ascètes.
Si Ton ajoute foi à la tradition de l'Eglise orientale, la vie monastique et ascétique fut instituée dans la Mésopotamie au commencement du lY® siècle par saint Eugène , qui importa dans cette contrée les règles des moines d'Egypte, comme saint Hilarion le fit, à la même époque, en Palestine et en Syrie.
Selon les actes d'Eugène^ce saint était originaire de Clysma et il s'était acquis une grande notoriété en Egypte par ses vertus et ses miracles. Parti d'Egypte ave soixante-dix Pères, il se rendit en Mésopotamie. Ces moines se fixèrent sur la montagne Izla , au nord de Nisibe , qui devint plus tard célèbre par les nombreux couvents qui y furent construits , notamment par le Grand monastère d'Abraham; c'est pour cette raison que cette montagne fut ensuite appelée Tour-Abdin « la montagne des serviteurs ». Ces premiers anachorètes de la Mésopotamie vécurent dans des grottes pendant trente ans, disent les actes de saint Eugène ; leur réputation s'étendit au loin ; de nouveaux frères accoururent de toutes les contrées, « et cette troupe divine s'éleva à trois cent cinquante hommes. » Eugène est mis en relation avec Jacques de Nisibe; il prit une part importante, dit-on, à l'élévation de celui-ci au siège épiscopal de Nisibe 2. La mort de saint Eugène est fixée au 21 avril 363.
La rédaction de ces actes est postérieure au IV® siècle et l'imagination y a une part trop grande. Sapor II qui
1. Publiés par Le P. Bedjan, Acta marl.^ III, p. 376. Dans un ms. du Musée britannique, Mikael, le disciple de saint Eugène est indiqué comme l'auteur de ces actes, Bedjan, ibid., p. 376, note 1.
2. Les actes de cet évêque {Acta mart, de Bedjan, IY, p. 262 et suiv.) ne mentionnent pas ce fait.
byGoogk
fut le cruel ennemi des chrétiens, a dans ces actes un rôle tout différent ; il accueille Eugène avec une faveur insigne et autorise les soixante-douze disciples de cet ascète à fonder des couvents dans tout le royaume de la Perse. Parmi ces disciples , dont les noms sont rapportés, figure Siméon le stylite qui vivait un siècle plus tard^.
Cependant on ne peut nier que la vie monastique ait été pratiquée en Mésopotamie dès le IV® siècle. La sixième homélie d'Aphraate, composée en Tan 337, est consacrée aux religieux qui suwent une règle y lioJLû jda, et Aphraate appelle ces religieux ses frères , ce qui donne à entendre que lui-même était moine. Dans la septième homélie, § 25, on lit : « Je t'ai écrit tout cela , mon ami , parce que , à notre époque , il se trouve des hommes qui se sont consacrés à la vie religieuse et sont devenus des solitaires , des moines et des saints, \kr^ i^in wJLso p|i^ » Marouta, d'un autre côté , cite des moines et des religieuses parmi les martyrs de la persécution de Sapor IL
Les moines orientaux, cénobites et solitaires, professaient une vive admiration pour les Pères des déserts de Scété et de la Thébaïde , dont ils lisaient les vies dans des versions syriaques; ils visitaient les lieux sanctifiés par les ascètes et s'y établissaient, s'ils en avaient le moyen. Les Syriens fondèrent dans le désert de Scété un couvent célèbre sous le nom de Notre-Dame Marie, mère de Dieu. 11 a dû exister de très bonne heure une traduction de V Histoire Lausia-^ que de Palladius et de YHistoria monachorum de Ru-
1. nest à remarquer que, par un anachronisme analogue, les Stylites sont cités dans les actes de saint Éphrem comme ayant pris part aux obsèques de ce Père. Joseph Bousnaya qui flgure parmi les disciples de saint Eugèue, ne peut être le même que Joseph Bousnaya le maître de Bar Khaldoun, qui vivait au \* siècle, comp. ci-dessus, p. â^ note 1.
byGoogk
fin. Dadjésu, qui vivait à la fin du VI* siècle, fît un commentaire sur Le paradis des moines occidentaux y nom sous lequel est vraisemblablement désignée l'histoire lausiaque ^ . La recension syriaque que nous avons du livre de Palladius est l'œuvre d'Enanjésu, que ce moine entreprit dans le couvent de Beit-Abé à la demande du patriarche George (661-680).
L'histoire monastique de Thomas de Marga^ nous donne d'utiles informations sur ce travail d'Enanjésu, qui comprenait deux volumes. Le premier volume renfermait les vies des saints Pères écrites par Palladius ou attribuées à Jérôme , et le second les questions et les récits des Pères. L'ouvrage était intitulé Le Para^ dis; il se répandit et fut accepté dans tous les couvents de l'Orient. Le second volume contenait six cent quinze articles numérotés, répartis dans quatorze chapitres; en outre , Enanjésu y avait réuni quatre cent trente articles sur toutes sortes de vertus, et aussi beaucoup d'autres qui n'étaient pas classés et ne portaient pas de numéros d'ordre. Ce compilateur avait ajouté le discours ou Encomium de saint Jean Chrysostome sur les moines d'Egypte (VIII® homélie sur saint Mathieu) ; les questions d'Abraham de Nethpar (ou Nephtar?) et des démonstrations et récits qu'il avait tirés des Liçres des Pères.
Le P. Bedjan a publié récemment une édition du Paradis d'Enanjésu , basée sur un ancien et excellent ms. du Vatican et sur d'autres manuscrits de Londres, de Berlin et de Paris ^. Cette édition, qui était vivement
1. AssÉMANi, B. 0., t. m, pars I, p. 98-99. Ce commentaire est cité dans le Livre de Vabeille^ éd. Budge, p. 57, 1. 3 (trad., p. 55, 1. d).
2. Livre II, chap. xv; éd. Budge, The book of governors, the historia monastica of Thomas of Marga, Londres, 1893, t. II, p. 489.
3. Paradisus Patrum^ t. VII des Acta mart. et sancL, Paris, i897. Deux élèves de TuIIberg, Markstrœm et Lagerstrœm, ont publié, comme
ET DES ASCETES. 137
attendue , contient : 1° les vies des Pères en trois parties (les vies écrites par Palladius dans les deux premières parties, et les vies écrites par saint Jérôme' dans la troisième) ; 2** les apophtegmes des Pères formant les quatorze premiers chapitres de la troisième partie , mise à tort sous le nom de Palladius et comprenant six cent vingt-sept numéros; 3* les questions et réponses sur toutes sortes de vertus, chapitre xv, ayant chacune un n** d'ordre; 4° les démonstrations pour les indifférents qui n'ont pas souci de leur salut, chap. XVI à XXIII ; suit un chap. xxiv. En appendice, Le P. Bedjan a publié, d'après le ms. du Musée britannique, Add, 17174, qui renferme la recension d'Enanjésu, VEncomium de saint Jean Chrysostome et le discours d'Abraham de Nethpar, que Thomas de Marga mentionnait comme se trouvant dans cette recension (voir page précédente).
Il existe encore dans un autre ms. de Londres, Add, 17264, un ouvrage intitulé Illustrations du livre du Paradis; malheureusement le nom de l'auteur a été effacé dans le ms. primitit; il résulte cependant de l'épithète qui suit, que cet auteur n'est pas Enanjésu.
Les vies de saint Antoine, de Paul l'ermite et de saint Pacôme qui ne se trouvent pas dans le livre de Palladius, sont imprimées dans le V* vol. des Acta martyrum et sanct. du P. Bedjan. La version syriaque de la vie de saint Antoine , dont le texte grec est attribué à saint Athanase d'Alexandrie , prouve , selon M. Frédéric Schulthess ^, qu'il existait au moins
thèses, àUpsal en 1851, quelques vies extraites de ce Paradis; comparer aussi BoDGE, The book of governors, t. Il, p. 192.
1. Ou, pour mieux dire , VHistoria monachorum de Rufin altribuco ici à saint Jérôme, voir J.-B. Cuabot, Revue critique, 19-26 septembre
1898, p. 168; Bedjan, /. c, p. v.
2. Probe einer syrischen Version der Vita S. Antoniif Leipzig, 1894.
byGoogk
lo8 VIES DES SAINTS
deux rédactions grecques différentes, car le syriaque suppose un texte grec autre que celui qui est connu. Il semble aussi que ces différentes rédactions grecques ont été traduites en syriaque; les manuscrits syriaques qui contiennent cette vie présentent en effet des variantes considérables, ainsi que le P. Bedjan en fait la remarque ^
Le pendant du Paradis de Palladius qui renfermait les vies des ascètes occidentaux, c'était le Paradis des orientaux de Joseph Hazzaya (ou Joseph d'Adiabène, et non Joseph Houzaya ou d'Ahwaz), et le Petit Paradis de David de Beit-Rabban évêque des Kartewayé (ou des Kurdes), qui contenaient les vies des ascètes orientaux. Ces ouvrages ne sont connus que par le catalogue d'Ébedjésu et l'histoire monastique de Thomas de Marga^.
Denys bar Salibi est indiqué comme étant Tauteur d'une Histoire abrégée des Pères y des saints et des martyrs ^.
La Vie de Mar Benjaminy disciple de saint Eugène^ est une composition tardive , tirée en grande partie de la Vie de Mar Mika^ (Bedjan, Acta mart.y III, 510).
Les Acta martyrum etsanctorum du P. Bedjan nous
1. Les Acta marL du P. Bedjan renferment encore des versions syriaques de plusieurs vies d'ascètes égyptiens qui sont en dehors du Paradis des Pères.
2. ÂssÉMANi, Bibl. orient.^ III, I, p. 102; Thomas de Marga, éd. Budge, The bookofgovernors, liv. II, chap. xxiv.