Voir l'Abbé Nau, Une biographie inédite, etc
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struire la doctrine de Bardesane diaprés les théories de Valentin ou d'autres gnostiques, comme ont tenté de le faire Hahn , Merx et Hilgenfeld , est un travail fondé sur de pures hypothèses ^
Le livre sur le destin, *0 nsQl slfUftQjLiévrjç âidXoyoç, îni d'abord connu par deux longs extraits qu'Eusèbe a insérés dans sa Pvseparatio evangelicay vi, 9. Le second de ces extraits se trouve aussi dans le IX® livre des Récognitions de Pseudo-Clément , où il a été interpolé ; la version syriaque des Récognitions publiée par Paul de Lagarde ne l'a pas. Le second des dialogues attribués à Césaire , le frère de saint Grégoire de Nazianze , contient aussi une grande partie de cet extrait relatif aux lois des contrées.
Cureton a retrouvé l'original syriaque du livre sur le destin dans un manuscrit du Musée britannique, du VI* ou VII® siècle, et l'a publié avec une traduction anglaise , dans son Spicilegium syriacuniy Londres, 1855. Il a reproduit dans son édition les passages d'Eusèbe, des Récognitions et de Césaire, concernant ce livre. M. Merx a donné une traduction allemande du texte syriaque dans son ouvrage sur Bardesane [Bardesanes çonEdessa, Halle, 1863).
Le livre sur le destin est rédigé sous la forme d'un dialogue entre Bardesane et ses disciples, à l'imitation des dialogues de Socrate. Ce dialogue a été mis par écrit par un des disciples du maître, nommé Philippe, qui a placé en tête une introduction et qui y parle à la première personne. Il n'est guère douteux que le texte syriaque ne soit un original. Les noms propres, comme Schamschegeram et A vida sont non seulement syriaques, mais appartiennent aux anciens noms édessé-
1. Voir HoRT, article Bardesanes dans le Dictionary of Christian Biography.
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niens et nous sont connus par d'autres documents. Quelques notices trahissent une origine mésopotamienne, notamment celle relative au décret d'Abgar, interdisant la castration des prêtres de la déesse Targata, et à la suite duquel cet usage disparut d'Édesse; celle aussi qui parle de la conquête de l'Arabie comme d'un événement tout récent [qui eut lieu hier^ dit le texte) ; il s'agit très vraisemblablement de la conquête de l'Arabie par Septime Sévère en 195-196 ^
Le texte syriaque ne porte pas le titre de dialogue sur le destin , sous lequel on le désigne communément , mais celui de Livre des lois des pays^ tiré du chapitre dans lequel les différentes lois des pays sont énumérées comme preuve du libre arbitre. Bardesane prouve, en effet , que l'homme jouit du libre arbitre et est responsable de ses actes. Il étudie, à cette fin, l'organisation du monde céleste et du monde terrestre , mais on chercherait en vain , dans les idées qu'il exprime — et on a eu tort d'y chercher — des théories gnostiques. Il y a un Dieu, professe-t-il, créateur de l'univers, unique et indivisible, non créé. Les autres êtres [ityé) ou éléments [estouksé = avoi/sTa) ont reçu une détermination spéciale et sont subordonnés ; envisagés à ce point de vue , ils sont soumis à des lois fixes auxquelles ils ne peuvent se soustraire et ils ne sont pas responsables
1. Ewald et Hilgenfeld pensaient que le syriaque était une traduction d'un original grec, mais, comme Cureton l'a rappelé dans la préface de son édition, p. IV, on sait par Eusèbe et Ttiéodoret que les dialogues de Bardesane Turent traduits de bonne heure du syriaque en grec. M. Land, Anecdota syriaca^ I, p. 51, distingue deux ouvrages sur le destin, l'un mentionné par Eusèbe sous le titre o Tcqhi ^Ayroavïvov Tteqï ei/uaç^évtjç ôiaXoyoçj et l'autre cité par Épiphane comme un dialogue TT^oç ^uiÇeiSàv rSv âarqovo/uov xazcc sl/xaqfÀêvrji, C'est ce second ouvrage qui nous est conservé dans l'original syriaque. Il est possible qu'Eusèbe et Épiphane entendent un même dialogue et que nqoq ''AvTtavlvov dans Eusèbe soit une Taule de copiste pour nqoi ABei,dav,
de leurs actions. Mais certains de ces êtres, comme l'homme, jouissent, en dehors des nécessités inhérentes à leur nature , d'une liberté d'action qui leur permet de faire le bien ou le mal; sous ce rapport, ils sont justiciables de leurs actes.
Saint Éphrem (hymne 53) , fait allusion à ce passage sur le destin pour combattre Bardesane. Après avoir rappelé que celui-ci, à l'instar de David, composa cent cinquante hymnes, il ajoute : « David n'appela pas être [itya) ce que Bardesane nomme ainsi, car il n'y a qu'un seul être. Le nom d'être contredit donc les noms des êtres (c'est-à-dire, ne comporte pas de pluralité) , qui n'existent pas , car leurs natures devraient être les mêmes , si leurs noms sont semblables » ; puis , un peu plus loin : « Il en résulte que s'il n'y a qu'une seule nature qui soit sans cause , il n'y a aussi qu'un seul être [itya]^ dont Bardesane confond le nom et la nature avec d'autres. Car, Mes frères, toutes les créatures ont été créées et , si leur nom est le même , leurs natures sont différentes d'après la volonté du Créateur. Celui qui distingue des ét?^es qui n'ont pas pour cause le Créateur et qui les déclare égaux , celui-là distingue leur nature et fait leur nom égal. » L'esprit de saint Éphrem semble hanté, dans cette discussion, par les éons ou principes créateurs des gnostiques.
Bardesane rejette le système fataliste des Chaldéens ou astrologues et le système contraire de certains philosophes, suivant lesquels l'homme est complètement son maître, les afflictions et les maladies étant des accidents ou des châtiments de Dieu. Selon Bardesane , l'homme est sous l'influence de trois agents : la nature , le destin et la volonté. Le destin est le pouvoir que Dieu a donné aux astres de modifier les conditions dans lesquelles nous vivons , d'après la marche et la
direction qu'il leur a imprimées. L'influence du destin se produit au moment de la naissance ; à ce moment-là l'âme intellectuelle descend dans l'âme végétative qui elle-même descend dans le corps; c'est alors que se produisent les chances de bonheur ou de malheur, de santé ou de maladie, suivant les rapports dans lesquels les astres et les éléments se trouvent entre eux.
Cette philosophie de Bardesane ne laisse rien transpirer du nXi^QCûfxa, de la pluralité des principes créateurs mâles et Temelles , des syzigies des éons et autres idées gnostiques. Dans le livre sur le destin, Bardesane apparaît comme un chrétien, dont l'orthodoxie est d'aussi bon aloi que celle d'autres Syriens postérieurs, Aphraate, par exemple. Il croyait, il est vrai, aux génies sidéraux, mais Barhebraeus, au XIIP siècle, croyait encore à l'influence des astres sur le monde terrestre. Il est donc impossible de savoir avec quelque certitude en quoi consistait l'hérésie de Bardesane. Il est cependant difficile de la nier , en présence du témoignage unanime des anciens Pères de l'Église et des réfutations auxquelles elle donna lieu *.
Deux dialogues grecs anonymes ont été rédigés, dans les dernières années de Constantin, contre Marcîon, Valentinet Bardesane. Le principal interlocuteur dans le premier de ces dialogues est un nommé Adamantins que l'on confondit d'abord avec Origène. Dans le se-
. 1. H. Nau, Une biographie inédite de Éardesane Vastrologue^ voit dans Bardesane un astronome dont le système cosmographique a été mal interprété ou déoaturé par saint Éphrem, qui a traité de gnostique cet auteur. Les autres écrivains, ajoute-t-il, qui ont parlé de Bardesane empruntent à saint Éphrem, p. 12. M. Nau a développé cette idée dans deux mémoires récents : Bardesane l'astrologue, dans le Journal asiatique juillet-août 1899, p. 12-19; et Bardesane V astrologue. Le livre des lois des pays, texte syriaque et traduction française, Paris, 1899.
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cond , c'est un certain Macrinus qui représente la doctrine de Bardesane.
Les partisans de Bardesane formaient à Edesse une secte importante et appartenaient à la classe riche et éclairée. Malgré les efforts de saint Éphrem, cette secte se maintint jusque sous Rabboula {f 435) , qui ramena les égarés dans le giron de l'Église orthodoxe ^
Le Spicilegium syriacum de Cureton renferme , outre le traité sur le destin , une lettre adressée par le philosophe Mara, fils de Sérapion, à son jeune fils Sérapion. Ce philosophe était stoïcien^; il conseille à son fils de dominer ses passions , de demeurer indifférent aux richesses et aux honneurs de ce monde, qui ne sont que des biens passagers , et de ne pas s'émouvoir des vicissitudes du sort. La sagesse seule mérite d'être recherchée et cultivée. Mara écrit sa lettre de la prison où les Romains le tiennent enfermé. Si les Romains lui rendent la liberté et sa patrie, ils agiront avec justice ; au cas contraire , il attend la mort avec tranquillité. Il était de Samosate à en juger par le passage suivant : « Tu as appris au sujet de nos compagnons , que, lorsqu'ils sortaient de Samosate, ils s'affligeaient et se plaignaient de leur sort : « Nous sommes éloignés de nos familles, disaient-ils, et nous ne reviendrons plus à notre ville voir nos parents et célébrer
nos dieux Lorsque la nouvelle du départ de nos
anciens compagnons pour Séleucie nous arriva , nous allâmes en secret à leur rencontre, et à leur malheur nous joignîmes le nôtre... » Ce renseignement est trop
1. Voir la biographie de cet évêque dans Overbeck, 5. Ephrsemi syrù., ~" — ûpera selecla, Oxford, 1866, p. 192.
2. La doctrine stoïcienne de l'auteur de cette belle lettre a été mise en évidence par M. Sctiulthess qui a donné une traduction allemande du texte et en a Tait une étude dans la Zeilschr, der deut. morgenU Geselî,, t. LI, p. 365 et suiv.
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vague pour permettre de déterminer de quelle calamité ils'agit et à quelle époque elle eut lieu. Ewald^ rappelait la prise de Samosate par les Romains en Tan 72 (Josèphe. De bello judaico ^ VII, 7, 1-3). M. Schulthess repousse avec quelque raison ce rapprochement; on remarquera aussi que la lettre parle de la dispersion des Juifs qui eut lieu postérieurement et suivit la prise de Jérusalem par Titus. D'un autre côté, on ne peut descendre , pour la date de ce document , plus bas que le IV® siècle, où le paganisme apparaît encore à Samosate. Ce texte appartient donc à la plus ancienne époque de la littérature syriaque 2.
Mara lui-même , quoiqu'il reconnût un Dieu unique , n'était pas chrétien. Il parle de Jésus-Christ en termes qui ne laissent aucun doute à cet égard : « Quel profit, dit-il, les Athéniens ont-ils retiré du meurtre de Socrate , qui a été vengé par la famine et la peste qui les accablèrent? Ou les habitants de Samos, du supplice de Pythagore, eux dont le pays fut en une heure couvert de sable? Ou les Juifs, (du supplice) de leur sage roi qui les avait gouvernés pendant quelque temps? C'est justement que Dieu vengea ces trois sages , par la famine et la mort des Athéniens , par une pluie de sable à Samos , par la dévastation et l'exil des Juifs dispersés dans tous les lieux. Socrate ne mourut pas à cause de Platon , ni Pythagore à cause de la statue de Junon 3, ni le sage Roi à cause des lois nouvelles qu'il avait établies. »
Une notice ajoutée à cette lettre témoigne aussi de la philosophie stoïcienne de Mara. Un de ses amis,
\, Gôtling. Gelehrte Anzeigen, 1836, p. 661.
2. C'est évidemment un texte original et non une traduction du grec, comme le supposait Renan, Journal asiatique, 4« série, t. XIX, p. 328.
3. Conrusion avec le sculpteur Pythagore, comme le remarque M. Schulthess, d'après M. Wilamowitz.
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enchaîné près de lui, lui demanda : « Par ta vie, dismoi ce qui excite ton rire ! » Mara répondit : « Je ris du temps qui me rend le mal qu'il ne m'a pas emprunté. »
Ahoudemmeh (-j- 575) composa plusieurs ouvrages philosophiques : un livre de définitions; un traité sur la logique, sur le libre arbitre, sur l'âme et sur l'homme considéré comme le microcosme ; et un traité sur la composition en corps et en âme de l'homme ^ . Une partie de ce dernier ouvrage se trouve dans le ms. Add. 14620 du Musée britannique^.
Enanjésu écrivit un volume de divisions et définitions philosophiques , dédié à son frère Jésuyab et qui comprend un volumineux commentaire 3.
Jacques, évéque d'Édesse, est l'auteur d'un traité intitulé : « La cause première y créatrice y éternelle^ toute puissante et non créée, qui est Dieu consen^ateur de toute chose. Ce renseignement nous est fourni par une note de George , évoque des Arabes , qui acheva VHexaméron de Jacques d'Édesse'*. Ce traité, dont THexaméron formait la suite , est perdu. On croyait le retrouver dans une œuvre syriaque, connue sous le nom de Causa causarum et dont le titre exact est Livre de la connaissance de la vérité ou de la cause de toutes les causes ^. Mais la publication de cette œuvre par Kayser * a permis de constater que sa rédaction