CHAPITRE II Au Concile de Trente
C'est donc en pleine. possession du rite romano-français de Gharlemagne que se trouvait toujours l'Eglise d'Aix, quand intervint la réformation liturgique ordonnée par le Concile de Trente.
Antoine Filholi \ archevêque d'Aix, avait été le seul évoque français présent à l'ouverture du Concile. Il avait même obtenu de Henri II, dès io49 (4 février), l'autorisation de publier les premières décisions de la sainte Assemblée-. Mais il mourut l'année suivante, avant d'accomplir ce dessein ^, On sait quel retard les événements imposèrent en-
(1) Antoine Filholi 1541-1550. II fut dix ans (1530-1511) coadjuteur de son oncle Pierre Filholi, avant de devenir titulaire de l'Archev. d'Aii. Mais, chose digne d'attention, parce que je la crois assez rare, il n'eut d'autre titre que celui d'archevêque coadjuteur d'Aix, soit dans ses bulles (Arch. dép fd. Archev. d'Aix, Reg. 139, fol. 58), soit dans l'attestation de son sacre, 1533 [Ibid. carton 24), soit dans l'acte de consécration de Saint- Sauveur, dont il fit la dédicace le 7 août 1534 (Ibid.). — Ces trois documents ont été édités par le chan.Albanès : Gallia Chr. novissima, I. instrumenta.
(2) Arch. dép. Archev. d'Aix, G. 134. — Loc. cit. Edité par Albanès.
(3) U est superflu de faire remarquer qu'en tous cas Antoine Filholi n'eût rien pu faire pour la. liturgie; puisque le saint Concile ne s'en occupa qu'en 1562 et remit la question au St Siège en 1563 ; — la constitution de Pie V est du 9 juillet 1568. — Mais c'est le cas de noter que le Liber ordinarius aixois peut très légitimement paraîtra en 1577, puisque la question du Rituel romain ne fut tranchée qu'en 1014 par Paul V.
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suite à la publication des décrets de Trente. C'est seulement en 'I080 que le Concile provincial d'Aix put y pourvoir en Provence.
L'archevêque était alors Alexandre Canigiani ', l'élève et l'imitateur de S' Charles Borromée.
Pour appliquer la constitution Quod a nobis de Pie V, notre Concile porta un décret De missali et Breviario -. Cet acte commence par poser en principe que l'on veut l'unité liturgique. Mais pour atteindre cette unité dans la province, donnera-t-on aux églises co-provinciales la liturgie aixoise, qui^ vieille de plus de deux cents ans, peut légitimement être gardée ? L'assemblée ne saurait y songer, car Pie V défend de changer un rite particulier pour en prendre un autre que le romain : Ideo aliœ cathédrales Eccl. officio metropolitanœ conformari non possunt. — Donc toute la province prendra l'otHce romain, que le St Siège vient de refondre, selon la décision de Trente.
Un délai d'un an ^ fut fixé pour l'exécution de ce décret.
(1) Alexandre Canigiani ((1576-1591). Il succéda à son cousin Julien de Médicis, qui avait été deux ans arch. d'Aix où il séjourna fort peu et d'où il fut trinsférc à Albi. Ce fut un «aint et très zélé prélat. On l'a calomnié en disant qu'il alla finir tranquillement ses jours à Rome. M. Albanès (Gallia Chr. novissima) l'a vengé de cette injure en démontrant par les actes de nos archives qu'il n'abandonna pas son troupeau à cette époque troublée et qu'il ne fit qu'un très court séjour à Rome, où la mort l'arrêta mais ne surprit pas sa belle âme.
(1) Doc. XL, p.p. 5G et 57 de la £= édit.
(1) Jai commis une erreur, dans ma monographie des «Livres choraux ■» (DoQ. cxxiii), en disant que le Concile avait donné un délai de 3 ans ; le texte porte bien : » QaoïX hinc ad principium mensis januarii anni proxiroi 1580. > En fait, ce délai no pouvait être sullisant. Le texte « corrigé et
En fait, on attendit encore, à Aix du moins, jusqu'en 1588. Le Gliapitre, qui d'abord avait fait montre des plus conciliantes dispositions \ ne manqua pas l'occasion de manifester un peu ses instincts d'opposition à l'Arclievêque, sous prétexte d'atteinte à ses us et coutumes ; il lit dresser à cet égard « mémoires et provisions à ce requis et nécessaires ». Il gagna ainsi du temps ; car alors, il faut le croire, la procédure n'allait guère plus vite qu'aujourd'hui. Et puis vinrent les derniers troubles de la Ligue ^, qui occupèrent bien autrement les esprits en Provence, 'En sorte que ce ne
approuvé » par le St Siège, revint de Rome avec une lettre de Sixte V, datée du 5 mai 158G. Il fallut encore le temps d'imprimer ce recueil. Et dans nos actes il ne paraît pas, (sauf nouvelle trouvaille ou meilleure information) qu'il soit question de l'application du Concile avant 1588.
(1) Ces dispositions premières étaient si bonnes que par délibération du 8 mai (Doc. lix), deux mois après le Concile, le Chapitre ordonnait à tous les prêtres de St-Sauveur de dire à la messe le ps. Judica suivant la prescription du Concile de Trente. — Cette ordonnance capitulaire devait s'adresser aux prêtres étrangers, ou réprimer une omission abusive de quelques-uns, car le ps. Judica était formellement inscrit dans les missels aixois (Doc. viii et xv).
(2) On sait par tous les auteurs ce que furent en Provence et particulièrement à Aix, les troubles de la dernière période de la Ligue. L'Archerêque, le savant Gilbert Génebrard (1591-159:), était un ligueur des plus convaincus A sa nomination il dut attendre, pour entrer dans sa ville métropolitaine, la fin du siège d'Aix par le duc d'Epernon. Puis le Parlement et la noblesse faisant leur soumission à Henri IV, Génebrard soutint qu'il fallait attendre, pour proclamer le roi, que le Pape l'eût absous de toute hérésie. Ce désaccord lui rendit à Aix la position délicate ; il dut se retirer à Marseille: et le Parlement le condamna à être banni du royaume. Ce qui .est assez piquant, c'est qu'au moment où l'on portait cette sentence, Génebrard avait déjà fait au roi sa soumission. — Voir à ce sujet une lettre retrouvée et publiée par notre éminent et savant confrère de l'Académie d'Aix, le regretté Tamizey de Larroque, dans la a Revue Sextienne », 188), p. 40. L'arrêt du Parlement ne fut donc pas exécuté. Toutefois Génebrard ne rentra pas h Aix et alla mourir, le 14 mars 1597, à Seraur, dont il était prieur
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fut qu'en '1618 que la question put être reprise par l'archevêque Hurault de l'Hôpital '.
Alors par une délibération du 28 octobre 'IG'IQ, le Chapitre - accepta l'évolution liturgique, en décidant toutefois « de garder le chant ordinaire de céans qui sera appliqué « audit office » (romain).
Enfin, le 2 septembre -1620, — on y mettait le temps, — on pourvut, comme le Concile de 1580 l'avait ordonné, à la correction des livres choraux ^.
Cependant; sans attendre cette adaptation qui ne devait s'achever que le 14 novembre 1624, on avait décidé, le 28 octobre 1619, de faire venir « de Lion ou de Paris )) des Responsaires, Graduels et Psautiers, pour s'en servir « jusqu'à ce que les grands livres fussent accommodés, selon l'usage de Trente ».
Aussi bien, aux premières vêpres de l'Assomption de 1620, après avoir chanté le Veni Creator et le Te Deum en musique, on inaugura solennellement l'office Romain, — « ce que dit et achevé l'on continuera ledit office jource nellement et perpétuellemenl avec l'aide de Dieu ».
(1) Paul Rurault de l'Hôpital. 1599-1624. Il était petit-fils du célèbre chancelier de France. Son portrait, le meilleur peut-être de la galerie de l'Archevêché, est un Finsonius signé : Ludovicus Finsonius fecit an.
(2) Doc. Lxx. Le chanoine Lieutard était le seul récalcitrant, à cette date. Et tous les bénéficiers, sauf 5 ou 6, dit la délib., étaient déjà pourvus du Brév. romain.
(3) Doc. XIII et cxxiii.