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CHAPITRE II Du Concile de Trente à la Révolution

Aux premières vêpres de l'Assomption, en l'année 1620, le vén. Chapitre de St-Sauveur inaugurait l'office romain, se conformant au Concile de Trente. M^' du Chaîne, chanoine d'Aix et évêque-coadjuteur de Sénés, officiait. Et tous, sans nul doute, avaient au cœur le sentiment qui dictait ces mots de la dernière délibération capilulaire ', ré-

(1) Doc. Lxx. Dél. 27 juillet 1620.

glant cette solennité : « Dieu nous fasse la grâce de commencer et icelui continuer pour longues années, le tout pour la plus grande gloire de N.-S. auquel soit éternellement honneur et gloire par tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il. Amen. »

Toutefois, la délibération du 28 octobre 1619 \ qui avait décidé cette évolution liturgique, avait en même temps statué, « ordonné et résolu irrévocablement que les vieilles cérémonies de cette église seraient gardées rie à rie tant aux offices pontificaux que ordinaires, sans rien innover ni alléguer raisons ni rubriques, ains le tout garder et observer selon la vieille forme. ... » — On changeait donc les textes mais pas les cérémonies.

Faudrait-il voir en ces réserves un esprit d'insoumission ? Ce serait lire dans la même page d'histoire une contradiction flagrante, une inconséquence singulière et trop grave. Nous aimerions mieux y reconnaître, une fois de plus, cette faiblesse pour la chicane qu'entretenait souvent dans nos Chapitres d'antan le soin jaloux de défendre leurs privilèges et d'empêcher, avant tout, qu'on n'empiétât sur leurs moindres droits.

En réalité, le Concile d'Aix, exécutant le Concile de Trente et les ordres de Pie V, avait fixé les points de rubrique relatifs aux sacrements ; et c'est ainsi, par exemple, que le décret sur la sainte Eucharistie avait ordonné jus-

il) Doc, LXX.

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qu'au conopée du tabernacle et défendu de baiser la patène à l'offrande. Le Chapitre n'avait point songé à se soustraire à ces obligations, pas plus qu'il n'eut l'idée d'enfreindre les règles du Bréviaire et du Missel romains qu'il adoptait. Dès 1o85 même, nous l'avons déjà dit, il avait statué que tous les prêtres de St-Sauveur diraient le Judica à la messe ^ Mais dès l'instant qu'il entrevit les mille détails des cérémonies de chaque jour et de chaque office, dont aucun manuel n'était à sa disposition ^, il dut probablement craindre un complet bouleversement de ses habitudes, un dédale où nul ne se retrouverait. Et alors, au risque d'exagérer la note préventive, il se mit en garde contre pareille éventualité. Du reste, ne trouvait-il pas les grandes lignes romaines dans ses propres usages ? Et quant aux détails, pouvait-il alors en juger sûrement, quand nous savons aujourd'hui qu'un si grand nombre d'entre eux n'ont été décrétés recevables ou illégitimes que depuis cette époque ; car c'est là l'œuvre lente et progressive de la Congrégation des Rites.

Aussi bien, lorsque en 1663 Franc écrivait son Cérémonial tout aixois de St-Sauveur ^, il n'hésitait pas à augmenter son titre de cette déclaration : « Suivant le Missel et le Bréviaire romain et le Cérémonial des Evêques... »; et son prologue d'ailleurs est un éloge de la liturgie romaine.

(1) Doc. r.xx. Dél. 8 mars 1585, déjà citée à l'Hist. des textes, ch. ii.

(2j Le Cérémonial des Evéques édité par Clément VIII, dont la bulle est du 8 juillet 1600, put lui paraître însufDsanl à calmer ses craintes au moins en ce qui concerne les offices ordinaires. Même aujourd'hui, se tirerait-on d'afTaire si l'on n'en avait pas d'autre ?

(3) Doc. LXXVIII.

On aurait pu sans doute revenir plus tard sur la question. Mais plus tard il n'était plus temps. Avant la fln du xvii" siècle, les idées liturgiques en France s'éloignaient de la tradition de Trente et influaient même sur les églises qui ne réformèrent pas leurs bréviaires au xviii" siècle ; si bien qu'à Aix, cent ans après le Cérémonial de Franc, le Chapitre délibérant sur le point de savoir s'il fallait ou non dire Dus vobiscum au Salut ^ on entendait le prévôt d'Oppède s'écrier avec une conviction qui n'était peut-être qu'officielle : « Nous ignorons l'autorité du Cérémonial des Evoques ! ».

Donc de 1 620 à la Révolution, St-Sauveur garda, à peu de choses près, les mêmes cérémonies qu'autrefois, sauf ce qui était notoirement contraire au Missel, au Bréviaire, au Pontifical et, en partie, au Cérémonial des Evêques.

C'est sous le bénéfice de ces réflexions que nous allons brièvement noter quelques détails intéressants,

§ d.— DISPOSITIONS GÉNÉRALES

1. Places au Chqeor. — L'ordre des places au chœur reste le même ^ qu'auparavant ; une légère modification dispose, en 4632, que les prêtres de chapelle, probablement

(1) Doc. Lxx. Dél. 19 mai 1762.

(2) Doc. Lxxx, Lxx. Dél. 29 janvier 1632.

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disséminés parmi les autres ecclésiastiques attachés au Chapitre, prendront séance- aux basses stalles en partant de celles qui avoisinent le Prévôt et le Capiscol.

 propos des stalles/ c'est ici qu'il faut noter, pour mémoire, qu'elles furent l'objet de querelles interminables, motivant réserves et provisions, appels et contre-appels, entre le Chapitre et le Parlement. Celui-ci réclamait et finit par obtenir le droit de s'y mettre •, au lieu et place des chanoines, quand il assistait en corps aux offices de la métropole.

2. Autel. Tabernacle. — Tandis que le chœur ne variait pas, l'autel et le tabernacle subissaient bien des vicissitudes.

En 1625, le St Sacrement est au maître-autel. C'est le baldaquin que l'on change ". Puis ^ on décide de donner au maître-autel « un tabernacle, le plus beau que- faire se pourra, pour y mettre le St Sacrement » ; et le prix fait pour le bois qui y sera employé est de 30 écus.

(1) Il faudrait tout un mémoire pour traiter de cette histoire, qui est en belle place parmi les innombrables procès et différends du Vén. Chapitre. Doc. Lxx, notamment les délib. des 17 juin 1642, 9 avril 1649, 7 may le58, 19 nov. 1664, 23 septembre 1730, 24 juillet 1731. — Dans le présent siècle la Cour d'appel a hérité du privilège du Parlement. On a, quelque temps, laissé deux ou trois chanoines aux premières stalles, comme cela se pratiquait autrefois, pour maintenir, disait-on, les droits du Chapitre. Mais depuis 1874 il a paru plus simple d'être moins chatouilleux sur des droits que Messieurs de la Cour ne songeaient guère à contester ; on a préféré grouper tout le clergé sans exception dans le sanctuaire et laisser ainsi tout le chœur .à l'assistance officielle.

(2) Je l'ai indiqué plus haut, d'après le Doc. lxx. Dél. 1" cet. 1625.

(3) Ibid. Dél. 30 nov. 1625.

Plus tard, en 1663, on destine onze raille livres, léguées par feu M'^"' de Richelieu , à refaire cet autel avec un tabernacle en argent ^.

En 1684, il s'agit ^ de suspendre devant le maitre-autel une lampe d'argent plus belle que la précédente qui venait de tomber ; et l'orfèvre Silbert en fait une du poids de 122 marcs.

Mais, six ans après, le Chapitre envoie à la Monnaie toute son argenterie ^. Et celle-ci lui manquant pour l'ornementation des fêtes, on décide de transformer l'autel, « à la romaine » *. ^

Six mois ne s'étaient pas écoulés que les finances du Chapitre lui permettaient ^ d'acheter une nouvelle lampe d'argent. Alors on projeta d'avoir un tabernacle doré « pour reposer le St Sacrement »; mais une bonne âme fit mieux et en offrit un en argent. — C'est celui-ci qui fut vendu en 1719 pour la construction de l'autel-majeur " dont la partie principale existe encore aujourd'hui.

(1) Doc. r.xx.Dél.4nov. 1663.

(2) Ibid. Dél. 9 déc. 1684, et 12 déc.

(3) Ibid. Délib, 14 oct. 1690. C'était pour obtempérer à une ordonnance générale du Royaume ; l'Etat avait besoin d'argent : ce qui arrive. . . quelquefois. On porta de St-Sauveur à la monnaie d'Aix une lampe d'argent de 98 marcs, la statue d'argent de la Ste Vierge, pesant 74 marcs ; (elle fut refaite en 1732. Dél. 16 fév.) et divers autres objets. Le produit total fut de 59t)2 livres 15 sous.

(4) Ibid. Dél. 3 nov. 1G90. Qu'entendait-on au juste alors par « autel à la romaine > ? C'est une question que je n'ai pas pu éclaircir d'une façon certaine.

;5) Ibid. Dél. 24 avril 1691, — 2 juin 1691.

(fi) Ibid. Dél. 19 avril 1719. Le 22 avril se fit la vente de ce tabernacle

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Ajoutons que malgré l'absence de tout document positif, nous avons lieu de croire que jusqu'à la fin du siècle dernier on exécutait le décret du Concile aixois de 1585, ordonnant de revêtir d'un conopée ^ le tabernacle renfermant la Ste Réserve.

3. Habit de chœur. Au moment où St-Sauveur adoptait la réforme de Trente, la chape fourrée et l'aumusse en hiver, le surplis et l'aumusse en été : tel était le costume

au prix de 2440 livres. 11 pesait 40 marcs, 2 onces. 4 gros. On y ajouta 2000 livres léguées par le chanoine de Faucon. Le prix-faît du nouvel autel, suivant le plan du sculpteur Thoreau, fut de 5000 livres. — Cet autel était à colonnes et surmonté d'un ciborium ou baldaquin. Ce baldaquin, suivant la pétition du citoyen Martin, vicaire de St-Sauveur, et du citoyen Strasser, sacristain [Arch. dép. L. district d'Aix, n» 1-i), fut enlevé et vendu avec les chandeliers à la Révolution. Il fut remplacé plus tard. Estce par « celui de l'église du cy-devant Séminaire -•», que désignait la pétition, ou par un autre? Je n'ai rien trouvé à cet égard. J'ai même lieu do croire qu'avec le baldaquin on enleva les colonnes. En effet, Mgr de Ba usset, chanoine d'Aix, nommé év. de Vannes, fut sacré à St-Sauveur par Mgr de Cicé, le29mai 1808. (11 devait revenir à Aix comme archevêque en 1817}. Il existe à l'Archevêché un tableau de ce sacre qui est si fidèle que les têtes des personnages sont de vrais portraits, assure-t-on. Or ce tableau représente l'autel sans colonnes et surmonté d'un baldaquin d'étofTe. 11 me paraît donc plus que probable que les colonnes de 1719 furent enlevées avec le baldaquin à la Révolution , qu'au Concordat on suspendit simplement à la \o\ite le baldaquin d'étoffe qui parait au sacre de 1808: et qu'après cette date' seulement on remit les choses en leur état primitif. Malheureusement les registres capitulaires n'ont sur tout cela aucune note. Ce qu'il y a de sûr c'est que, durant la plus grande partie du présent siècle, l'autel majeur avait un ciborium avec les colonnes de 1719, aujourd'hui déposées dans le cloître. C'est en 1860 qu'il a été réduit à l'état actuel.

(I) Il en était ainsi du moins dans le reste du diocèse. Dans sa lettre du 3 janvier 1721 à son frère, M'i= de Ribbe demande qu'on donne sa robe de satin à l'église de Rognes pour couvrir le tabernacle. (Ch. de Ribbe, Deux Chrétiennes pendant la peste de 17S0. Paris, Albanel, 1874.)

canonial. En 1621 ^ on décida que désormais l'aumusse ne serait plus porlée sur la tête mais seulement au bras. La baretle, qui lui avait fait concurrence - depuis assez longtemps, devint Tunique couvre-chef de Messieurs.

En 1663 ^ le costume est ainsi décrit : surplis et aumusse (avec la barette), du samedi saint à la Toussaint; et de la Toussaint au samedi saint « rochet » et chape à capuchon (et toujours la barette en plus). L'officiant, aux fêtes solennelles, porte l'aube et l'aumusse avec la chape ; et aux « doubles moindres » il n'a que l'amict et la chape.

En 1753 ^ l'habit de chœur est toujours le môme, car on fait une querelle aux bénéficiers d'avoir à leurs au musses une « fourrure grise » semblable à celle des chanoines, alors qu'ils devraient l'avoir « de couleur fauve ».

Six ans plus tard, il semble qu'une modification s'est introduite. On parle ^ d'un camail, que dépose avec la chape de chœur, pour prendre l'étole et la chape violettes.

(1) Doc. ixx, Dél. 10 avril 1621.

(2) On pourrait dire « concurrence déloyale », car lorsque en 1489 le Chapitre céda à l'Université la chapelle de Ste Catherine, il fixa cette redevance singulière qu'une "barette et des gants seraient fournis à chaque chanoine toutes les fois que l'Université recevrait un docteur. Or, cette collation du doctorat était assez fréquente. Que pouvaient faire les chanoines de tant de bonnets carrés? On comprend que, sous une telle avalanche de barettes, l'aumusse ait été facilement vaincue. — Cf. Hist. de l'ancienne Université de Provence, par M. Belin, recteur de l'Université d'Ai.v-Marseille, I, p. 137. Paris-Pioard, 1896. Ouvr. couronné par l'Académie française.

(3) Doc. Lxsviii. — A remarquer le détail de la chape avec l'amict. (i) Doc. Lxx. Dél. 19 mars et 20 juin 1753.

(5) Doc. CXI.

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celui qui, aux derniers jours de l'Avent, préside à l'antienne 0.

Enfin en 1780 ^ on décida de porter « en hiver le rochet à manches (étroites) avec un camail de velours noir, bordé d'hermine, doublé d'étoffe de soie cramoisi, boutons et boutonnières rouges avec la croix sur le camail ; et en été, le rochet à manches avec un camail de gros de Naples noir, doublé de taffetas cramoisi, boutons et boutonnières rouges, avec la croix ».

Cette croix - avait été octroyée au Chapitre d'Aix par brevet du Roi, daté de Versailles, le 12 décembre 1779. L'image de la Transfiguration et le portail de St-Sauveur en composait les deux faces. Elle était d'or^ forme de Malle, avec une fleur de lys entre chaque branche. Une couronne comtale la surmontait. Un ruban bleu à liseré brun la suspendait au cou.

Pour témoigner du prix qu'il attachait à celte faveur royale, le Chapitre prit soin de refaire aussitôt le sceau capitulaire en appuyant l'écu sur ladite croix avec la couronne.

(1{ Doc. txx; Dél. 4 mars 1780.

(1) Ibid. Dél. 29 avril 1780.

En voici la reproduction exacte, qu'une récente trouvaille nous permet de déclarer très authentique.

Chose bizarre ! en effet, ce sceau, perdu à la Révolution, est allé à Marseille on ne sait comment; il s'y est égaré on ne sait où; et il est venu échouer dans la Crau. On l'y a retrouvé en 1897,, au milieu des détritus transportés du chef-lieu pour aider au colmatage de cette plaine crayeuse.

— Disons de suite, par anticipation pour mieux fixer les idées, que cette croix a été reprise par le Chapitre, en 1853, en vertu d'une concession de Pie IX. Elle a seulement subi quelques modifications. Les médaillons d'anlan ont été remplacés par les figurines de l'Immaculée et de Pie IX ; la couronne a été supprimée ; des roses ont pris la place des lys ; et le liséré du ruban est devenu blanc.

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§ S2. — OFFICES ORDl<>JA.IREiS

Les Matines, en 4642', sont fixées à 7 h. du matin. Mais au xvin' siècle, on redevient plus vigilant et l'heure, à peu près iuvariable, est 5 h. "'. Tout s'y passe sans changement notable, comme avant l'évolution de -1620.

A la grand'messe, la procession qui la précède se fait toujours ; on continue à chanter l'évangile au Jubé ^, etc. En somme, c'est le même cérémonial qui reste en vigueur, sauf, à l'autel, quelques détails qui ne cadrent plus avec le Missel romain.

Il en est de môme aux vêpres ; de même encore aux compiles *, se terminant chaque soir par l'aspersion qui est faite pendant l'antienne de la Ste Vierge.

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