‹ La liturgie aixiose [microform]: étude bibliographique et historiqueChapitre 89 sur 103 · DOC.LXXVIII · texte numérisé non relu

DOC.LXXVIII

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incroyable abus, consistant à encenser l'archevêque d'Aix de cinq coups d'encensoir. — Quand cet usage a-t-il commencé ? Il n'appartenait aucunement à la vraie liturgie aixoise. L'Ordinaire du xiy° siècle * dit textuellement : Dnum archiepm prias ad sedem suam reduclum thurificat tribus impulsibus. Les rass. suivants ne modifient point cette règle. Six ans après l'adoption du romain, M^' de Richelieu est encore encensé de trois coups ^. Mais voici que le Cérémonial de Franc, en 1663, indique, la première fois qu'il en parle « trois coups d'encensoir à l'Archevêque », et plus loin il en marque « cinq » ^. Cette contradiction ne laisse-t-elle pas soupçonner que le changement était récent? En tous cas, sans qu'aucun indice ne nous permette d'en savoir la cause originelle, il s'est produit certainement entre 1626 et 1663. Etonnerons-nous les psychologues en disant que cet honneur abusif, unique probablement dans l'Eglise, a duré jusqn'en 1873? Les abus les plus dénués de sens ne sont-ils pas toujours les plus tenaces ?

(1) Doc. Lxxiii. Ordo thurificandi, fol. clxj.

(2) Doc. Lïï, et Gall. christ, noviss. Supra cit.

(3) Doc. Lxxvin. Dans la copie de ce cérémonial, qui est à la Méjanes, on a biffé le premier trois et mis cinq en surcharge. Cette correction n'existe pas dans le ms. des Arch. dép. qui est antérieur.

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§ 41:. - CÊRÉMOIVIBS DIVESRSEÎS

. Tout ce que l'on vient de lire suffirait à faire connaître, à grands traits, la physionomie liturgique de St-Sauveur durant la période qui nous occupe. Il ne sera pourtant pas sans intérêt d'ajouter ici quelques notes rapides sur certaines fêtes et cérémonies de cette époque.

1° AvENT. La solennité attachée au chant des grandes antiennes se fait comme par le passé, sauf la couleur de la chape ' qui, selon les prescriptions du romain, est violette.

2° Noël. En 1652 ^, on défend de « chanter » les noëls, à minuit, « attendu les grands désordres et insolences qui se commettent dans l'église ». En 1742, M«' de Brancas ^ renouvelle cette prohibition des « chansons appelés noëls ».

3° S' Etienne. Les « planchs de S' Estève » continuent à être chantés.

4° SS" Innocents. La fêle des enfants de chœur, réduite aux proportions très convenables où elle se célèbre encore

(1) Doc. CXI.

(2) Doc, Lss. Dél. 18 déc. 1632.

(3) Doc XLVI.

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aujourd'hui, persiste, avec cette particularité que les clergeons qui chantent les antiennes, au lieu d'avoir leurs surplis, sont en aubes \.

0° Processions, Toutes les processions extérieures précédemment en usage se continuent aussi bien que celles du cloître ou de l'église. On y ajouta celle de S' Marc, au moment môme où l'on allait prendre le romain ^ ; celle du vœu de N.-D. de la, Seds en \ 630 ^, et en6n celle de S' Roch * après la peste de 1720. Par contre, on abolit celle des avocats et procureurs, eu 1661, à cause de certains désordres à l'occasion de la distribution des cierges ; mais la rigueur de cette mesure ne fut point de longue durée, car l'année suivante on la rétablit ^. — Notons encore qu'en 1673 " on décida de faire le soir, à cause de la chaleur, toutes les processions de Pâques à S' Michel, sauf celles des Rogations et de N.-D. de la Seds. -^ Enfin donnons une mention particulière à la procession de S' Sebastien, (\m, après une station à l'église de ce saint ', sort par la porte Notre-Dame et fait le tour des murailles de la ville ; elle se

(1) Doc. Lxxix. Je crois du reste pouvoir inférer de divers détails similaires que la règle était de leur faire prendre l'aube quand ilsfaisaient une fonction. Autrement ils étaient en surplis.

(2) Doc. Lxx. Dél. 20 avril 1619.

(3) Voir ma Notice sur N.-D. de la Seds.

(4j Doc. CXI.

(5) Doc. r.xx. Dél. 19 mai 1G61, — 25 mai 1662,

(6) Doc. LXX. Dél. 30 nov. 1673.

(7) Doc. ixx. Dél. 12 janvier 1636.

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signale, entre toutes, dans l'histoire des troubles causés par l'établissement du Parlement-Semestre, sous la Fronde \, en 1649^

6° Carême. On en modifie de beaucoup les anciennes allures. Au jour des Gendres, il n'est plus question de pénitents ; le diacre et le sous-diacre portent des chasubles pliées par-devant ^ ; et les croix et images sont voilées le samedi avant la Passion ^. Mais la Rose d'or continue à être exposée le 4°"= dimanche, bien qu'on ne la trouve plus aux '^ mains de l'Archevêque le jour de Noël.

7° Rameaux. La cérémonie se fait toujours au cimetière. On n'y porte plus le T. -S. Sacrement, mais seulement les reliques. La coutume de chanter VAve Rex noster et VAtfo^/eïe j9orf as subsiste •'. Mais les prières et le rite de la bénédiction sont du Missel romain. — Quand le cimetière avoisinant St-Sauveur fut supprimé, après 1720 ^, c'est à la grande porte de l'église qu'eut lieu désormais la cérémonie ; et la procession consista dès lors à aller de celte porte à

(1) La sacristie de St-Sauveur subit un siège du peuple furieux contre les consuls ; et ceux-ci, qui s'étaient réfugiés dans cette forteresse improvisée, n'échappèrent au danger que grâce au stratagème du chanoipe Du Chaîne jetant le chaperon de l'un des consuls àla foule, qui en fit le trophée d'une victoire imaginaire et se dispersa. — Tous nos historiens ont raconté ces faits. Voir Mille, JVotre Métropole, p. 64.

(2) Au moins en est-il ainsi sous Mgr de Brancas. Ordo 1740. Doc.

f.XXXI.

(3) ma.

(4) Doc. r.xxviir, ixxix, cxi.

(5) Doc. cxi'.'

celle du chœur, où l'on dut chanter le Gloria laiis et le reste.

8° Jeudi Saint. Le « Reposoir » qui se fait jusqu'en 4690 au baptistère est, à partir de cette date, dressé au Corpus Dni ^ A la bénédiction des Stes Huiles, l'O Redemptor est chanté par deux enfants de chœur. A la procession les douze prêtres parés marchent derrière le dais, avant Messieurs du Parlement ^ ; et c'est dans l'ostensoir voilé de blanc que la Ste Hostie, consacrée pour le lendemain , est portée et exposée au plus haut degré. Au Mandalum l'Archevêque lave les pieds de tous les chanoines ^ ; les autres cérémonies spéciales d'autrefois ne se font plus.

9° Vendredi Saint. Tout comme au Missel romain, avec cette seule addition que le diacre, après l'adoration de la croix, porte celle-ci à N.-D. d'Espérance * et la pose sur les marches de la chapelle pour y être adorée par le peuple.

10° Samedi Saint, Encore ce jour-là, « très fidèlement » ^, on suit la rubrique du Missel. Ce qui n'est pas dans le Missel cependant, c'est qu'on prépare à la porte « un fusil pour tirer du feu de la pierre » ". C'est aussi par suré-

(1) Doc. MX. Dél. 3 nov. 1690.

(2) Doc. cxT.

(3)- Doc. LXXIX.

(1) Doc. Lxxix, CXI.

(5) Doc. LXXIX.

(6) Ibid.

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rogation que l'on met en dalmatiques violettes, en allant aux fonts, celui qui porte le cierge pascal et celui qui porte les saintes huiles, ce dernier aj'ant de plus l'étole ^ Mais nous remarquons que très exactement l'officiant attend toujours que le lecteur ait fini de chanter sa prophétie jusqu'au bout ^ au lieu de l'interrompre quand lui-même en a terminé la lecture, comme on l'a pratiqué depuis.

A la messe les chanoines ont le costume d'été, qu'ils ont pris à la sacristie, vers la fin des litanies. Ajoutons ce détail que Valleluja, suivant l'épilre, est entonné non par le célébrant, ainsi que le veut le Missel romain, ni par le precentor tenant un cierge, comme le voulait l'ancien aixois, mais par le maître de chœur portant le cierge triangulaire ou lumen Chris ti ^.

11° Pâques. Cette solennité garde quelque chose de son ancienne physionomie. Le pin y déploie sa verte frondaison jusqu'en 1709, époque où l'on abolit cet usage ^. Avant Matines, la procession se déroule dans le cloître, faisant au retour une station à la sainte-chapelle, où se chante le répons Christus resurgms, avec le f. Surrexit et l'or, du

(1) Doc. CXI.

(2) Ibid.

(3) Doc. CXI. En 1759. — Le piecentor avait, il est vrai, peu à peu abandonné les fonctions actives de sa charge au « maître de chœur », ancien « subcentor »; mais l'emploi. du cierge triangulaire était sans doute ici une trouvaille de sacristie !

(4) Doc. Lxx. Dél. 22 juin 1709.

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jour *. A Matines, ceux qui chantent les leçons sont en chape ^.

A la messe pontificale , la communion générale ^ du clergé a toujours lieu.

Après vêpres, le Bened. Dno étant chanté, on n'omet jamais de faire la procession aux fonts, que l'on encense et sur lesquels on a croisé deux nappes et deux étoles blanches ; puis on fait, comme le matin, une station à la saintechapelle *. — Celte même procession se reproduit à la Pentecôte, avec cette seule différence que les étoles des fonts sont rouges.

12° Rogations. Le dragon n'a pas disparu. En 1759 ^, c'est « l'enterre-mort » qui le porte.

(1) Doc. Lxxix, CXI.

(2) Doc. LXXIX.

(3) Doc. Lxx. —En 1635, le chanoine non-capitulant Alexandre de Coriolis La Bastide est introduit à l'assemblée capitulaire du 9 avril et se plaint que, la veille, jour de Pâques, s'étant confessé à M. Silvy, prêtre approuvé et ayant reçu l'absolution, il s'est présenté à la communion avec les autres sieurs chanoines non célébrants, comme on le fait à toutes les fêtes solennelles, et que le Sgr Archevêque avait donné ordre au s' Paulet, bénéficier, de lui dire de se retirer ; ce qui l'avait rempli de confusion devant les chanoines, le Parlement et tous les fidèles. Interrogé par le Prévôt sur le motif de son ordre, l'Archevêque avait répondu que ce chanoine « avait médit de lui en ville ». Il consentit pourtant à ce qu'un autre luidonnât la communion. Ce qui fut fait exactement et réhabilita aux yeux de tous ledit chanoine de Coriolis La Bastide. (Dél. 9 avril l(j35.) — Cette communion générale aux non-célébrants se donnait aux fêtes de Pâques, Pentecôte, Assomption, Toussaint et Noël {Ibid.). — Le 4 nov. 1637 (Ibid.), on décida que les musiciens et serviteurs communieraient désormais à la « messe du peuple ». .

(4) Doc. Lxxix, CXI.

(5) Doc. CXI.

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1 3° Fête-Dieu. La procession de la grande fête du Corpus Christi ne perd rien de la»splendeur que lui avait donnée l'intervention du roi René. Quelques modifications secondaires s'introduisent à peine dans les jeux : la seule importante est la disparition du « Prince d'Amour », en 1660. Cette charge était, en effet, trop lourde, entraînant à des dépenses excessives ^ Sur les remontrances de la noblesse, on l'abolit -. Mais on conserva les fonctions de « Lieutenant de Prince ». Or, il paraît que celui-ci, sans imiter la magnificence de son chef, mis à la retraite d'otïîce, dut encore largement délier les cordons de sa bourse. Pour éviter de nouvelles remontrances, les consuls crurent se tirer d'affaire en octroyant cette coûteuse dignité, avec celle de Guidon^ aux écoliers étrangers qui fréquentaient l'Université. L'Université n'y trouva point son compte : ses étudiants fuyaient l'honneur qu'on leur décernait en désertant la place dès le mois d'avril. Elle fit entendre de justes réclamations, s'appuyant du reste sur le Parlement. Le chancelier d'Aguesseau y mit bon ordre ^ en 1729 ; et les

(1) Celui qui voudra en juger n'aura qu'à lire dans Roux-Àlphéran, Rues d'Aix, I, 110, le menu des dîners auxquels obligeait cette principauté de convention. — Les dépenses des jeux eux-mêmes n'étalent rien à côté de celles-là, quoique d'un tarif assez fantaisiste. Dans l'état de ce qui fut payé en IGOO, je trouve ceci que je cite comme exemple : « L'histoire do Caïn, y compris. l'iiomme pour porter sa cabane >, coûte un écu trente sous ; et la « Reine Sibile avec son écuyer » n'ont à eux deux que dix sous. (Recueil de mémoires pour Vhîstoire de Provence pendant le xv!» siècle. Bibl. Méjanes, ms. ni 5, p, 287).

(2) Délib. Conseil de Ville, 1 may 1660.

(3) Voir Belin, Histoire de l'anc. Université de Provence, i, 508.

Aixois durent se payer eux-mêmes leur gloire et leurs jeux.

Le Yen, Chapitre du moins continua à faire les frais des politesses traditionnelles qu'il prodiguait ce jour-là. A Messieurs du Parlement et autres qu'il recevait à la table capitulaire, il adjoignit même ^, en 1630, MM. les Consuls « lesquels avaient témoigné qu'ils seraient bien aises de s'y trouver ». Il est vrai que parfois quelques nuages se soulevèrent autour de ces agapes ^ ; mais le repas commun étant le signe de l'amitié, ces nuages ne devinrent jamais .trop

orageux.

4 i° S' Jean et S' Pierre ^. Les feux de joie de ces deux jours méritent un souvenir. On sonne les grosses cloches. Deux sous-diacres en surplis avec deux flambeaux, puis le massier en manteau long, puis les bénéficiers et enfin les chanoines sortent de St-Sauveur. Le bûcher est sur la place. Tout le monde du cortège s'assied devant la porte de la nef du Corpus Dni. Alors les deux plus anciens chanoines, précédés du massier, s'avancent et, avec dignité et conviction, ils allument le feu, tandis que la Maîtrise exécute un motet.

(1) Doc. ixx. Dél. 29 mai 1630. — Ajouta-t-on des fourchettes quand vers 1650, elles entrèrent dans nos mœurs ? Question grave, dont je n'ai pas trouvé la solution.

(2) Il y eut, eutre autres, en 1760, une querelle avec sommation par exploit, soulevée par les trésoriers généraux, qui prétendaient qu'on ne les invitait pas d'une façon assez correcte. (Doc, r.xx. Dél. 21 juin).

(3) Doc. cxr, 1759.

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Celait une cérémonie forl goûtée du peuple qui y affluait; à ce point qu'en 1764 le Chapitre ^ est obligé de demander à la maréchaussée quatre cavaliers pour maintenir la foule « qui le culbute quand il va allumer le feu de la S' Pierre. »

15° La Transfiguration ^. Elle se célèbre comme autrefois. La messe commence au Corpus Dni ; se continue à la sainte-chapelle, où les raisins sont bénis à rOffertoire ; et le diacre revient chanler Vite missa est au premier autel où la messe a commencé. — Une boutade de Messieurs les Capitulants ^ décide bien, en 1633, « de ne plus acheter de muscats et d'abolir cet usage, occasion de désordres. » Mais, bien entendu, cette délibération resta lettre morte. Elle n'a longtemps après qu'un pâle reflet dans cette clause * que la distribution des raisins étant faite aux. chanoines^ aux bénéficiers et aux consuls, on en donnera aux autres « s'il en reste.... » Il en resta toujours.

16° Assomption ^. Voici comment l'on exécute le vœu de Louis XIIL Les consuls assistent à la messe du peuple, chantée, avec orgue, par la Maîtrise. A la grand'messe capitulaire^ le célébrant, après avoir lu l'Offertoire, va au coin

(1) Doc. ixx. Dél. 28 juin 17G4

(2) Doc. Lxxix, CXI.

(3) Doc. txx. Dél. 30 juillet 16G3,

(4) Doc. ixxix..

(5) Doc. txxix, CXI.

de l'épitre et y chante l'or, du Roi Deus regum, après que la Maîtrise a dit un Sub iuum. Enfin, le soir, il y a procession générale à laquelle prennent part le Parlement et les consuls.

17.° Toussaint. Le Chapitre continue à quitter le costume d'été pour prendre celui d'hiver, entre les Vêpres du jour et celles des morts *. Mais, depuis 1629, on a renoncé ^ à l'usage d'aller chanter l'office des défunts dans l'ancien chœur de St-Maximin, à cause de la difficulté de s'y placer commodément.

18° S' Mitre ^. La procession qui suit ta grand'messe garde son ancien caractère. Tous les ordres religieux y prennent rang et Messieurs de la Cour des Comptes y assistent. Outre la station dans la chapelle du palais, on arrête la châsse du saint à la porte des prisons et l'on y chante un motet. Enfin, à partir de 1714, on ajoute à cette cérémonie le Salut du St Sacrement dans la chapelle du palais.

(2) Doc. CXI.

(2) Doc. Lxx. Dél. 12 mai 1629.

(1} Doc. LXXIX.

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