CHAPITRE III Du Concordat à l'année
Cette nouvelle période, dont nous venons d'écrire les deux dates extrêmes, serait dans notre histoire liturgique la plus difficile à peindre, s'il fallait en dessiner régulièrement les traits. Bien insignifiants et peu sûrs sont les renseignements qui s'y rapportent ; plus incertaines sont encore les règles adoptées à St-Sauveur. Le lecteur, s'il n'a pas oublié ce que nous disions plus haut des textes liturgiques de celte époque, ne peut s'attendre à un cérémonial échappant à la critique.
Au lendemain du Concordat, nul n'aurait pu songer à l'adoption de cérémonies purement romaines: ce n'était point dans les idées du temps ; ce ne pouvait être davantage dans les conceptions possibles des héritiers d'un Chapitre qui jusqu'à sa dernière heure avait tenu à ses antiques coutumes. Mais celles-ci du moins, ces cérémonies particulières de St-Sauveur, pourquoi ne les a-t-on pas reprises ?
Le Chapitre se reconstitue. Il revêl avec un rochet brodé \in camail de soie noire avec doublure et liseré rouges. 11 se place au chœur dans une disposition toute nouvelle : tous les chanoines se groupent aux dernières stalles les plus éloignées de l'autel, tandis que l'Archevêque garde sa place
rapprochée du sanctuaire ; Messieurs du Séminaire font bande à part ; Messieurs du clergé paroissial forment également un groupe séparé. La raison de ce classement? Nous la cherchons encore.
Quant au Cérémonial proprement dit, sauf quelques rares usages, — glorieuses épaves du passé, qui survivent et se maintiennent assez pour n'en pas interrompre la chaîne traditionnelle, — le vieil aixois devient lettre morte. On lui substitue d'autres formes plus généralement reçues alors dans la plupart des églises de France, à l'instar de Paris. Ajoutons à cela que chaque nouvel archevêque, chaque nouveau cérémoniaire peut-êlre, modifie, refait, parfait ou défait ceci ou cela. Au lieu d'un texte précis on se passe des cahiers, dont les rééditions revues et corrigées, diminuées ou augmentées, sont d'une multiplication facile et qui deviennent la norme de ces anormales variantes.
Ne pouvant entrer dans les détails, faute de textes précis, nous en appelons simplement aux souvenirs de ceux qui ont fréquenté St-Sauveur à cette époque. S'ils veulent bien lire attentivement tout ce que nous avons dit et décrit plus haut de la vraie liturgie aixoise, ils conviendront sans peine qu'à part quelques traits secondaires ou communs à toutes les liturgies françaises, ce qu'ils ont vu n'est pas ce qu'ils ont lu ; et ils concluront avec nous que, depuis le Concordat, le Cérémonial de St-Sauveur n'était guère plus aixois que romain.
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Le Concile de 1850 et le Synode ^ de 1852, en ramenant la liturgie à l'unité romaine, restèrent sans exécution pour ce qui concerne le Cérémonial. M^' Darcimoles entrevit sans doute quelque difficulté à une immédiate solution. Il désigna, paraît-iP, un Manuel de cérémonies, que l'on adopta au Grand-Séminaire ; mais qui, une fois entré dans ce sanctuaire de l'enseignement liturgique, semble s'y être cristallisé.
M^' Chalandon, en arrivant dans le diocèse, fit de cette question l'un des premiers objets de son zèle pastoral. Dès le mois de novembre^ 1857, il nomme une commission chargée d'examiner et de lui. présenter un Manuel de cérémonies qui pût être décrété obligatoire. Cette commission compulse divers travaux, elle trouve que le « Cérémonial de Levavasseur », sur qui portait davantage l'attention du moment, « entraînerait trop de changements » ; et elle juge qu'il vaut mieux « garder le Manuel des cérémonies romaines que M^"' de Cicé avait (?) déjà approuvé » *. La com-
(1) Doc. 1, LI. .
(2) A en juger par l'art, de la semaine Religieuse cité plus bas.
(3) Mgr Chalandon avait pris possession le l" mai et fait son entrée solennelle à Aix le 14 du même mois, en cette année 1857.
(4) Ici je devrais mettre trois points d'interrogation. 1» Je ne sais qui jamais a trouvé l'approbation de Mgr de Cicé. 2» Je me demande comment on pouvait garder ce qu'on n'avait pas. 3» Je ne saisis pas la valeur du motif allégué : trop de changements, quand il s'agissait précisément de tout changer.
mission ajoutait ^ que ce Manuel devrait être « complété par des notes dans l'Ordo » ^
La bonne pensée de M^'Gliajandon resta donc sans effet.
Il y avait sans doute à vaincre des difficultés pratiques. Il serait puéril de se le dissimuler ; et à qui sait lire entre les lignes, il est facile d'en saisir quelque chose dans le document suivant, bien qu'il soit de l'I ans postérieur à la commission du Cérémonial.
C'est un article de la Semaine Religieuse d'Aix ^ paru en 1869. On y rappelle le rétablissement du rite romain par M^' Darcimoles et l'on ajoute :
« Par suite... un Manuel du Cérémonial fut autorisé et recommandé par M^' l'Archevêque. Il devait servir de règle pour les offices sacrés de tout le diocèse ; c'est, en effet, celui dont on se sert au Grand-Séminaire. La métropole appuyée sur une approbation tacite de la Congrégation des Rites, à laquelle elle avait soumis ses coutumes liturgiques, a maintenu ses rubriques particulières dans l'office pontifical et autres fonctions publiques du culte. Quant aux églises
(1) Elle signalait de ce Manuel les éditions 1846 d'Avignon, et 1850 (Périsse).
(2) Le rapport de la commission, dont j'ai extrait les mots guillemetés, est entièrement écrit de la main de son président M. Lucas, supérieur du Grand-Séminaire. 11 tient 3 pages IjS et porte la date du 15 mai 1858, Je l'ai trouvé aux archives de l'Archevêché.
(3). Cette première Semaine d'Aix ne parut que deux années (11 avril 18G8 à 12 février 1870), typ. Nicot. Elle était bien rédigée et méritait une plus longue existence. Elle a eu depuis, en 1879, une sœur cadette, qui n'est point sans mérite et à qui nous disons le souhait provençal : Longo mai I
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paroissiales et chapelles publiques, qui ne peuvent exhiber (les titres légili.mes qui les exemptent du droit général, rien no les peut .dispenser de l'exécution de l'ordonnance précitée du 8 décembre. Ce n'est donc pas sur St-Sauveur qu'on doit se modeler quant à la pratique des cérémonies liturgiques, mais sur le Manuel des cérémonies romaines (Lyon, Périsse, 2 p. vol.) approuvé par l'Ordinaire ■■. »
N'insistons pas sur la valeur d'une « approbation tacite de la Congrégation des Riles », répondant à une requête dont il serait dilïicile de retrouver jamais le texte. Remarquons seulement que celte note de la feuille diocésaine n'est pas un ordre archiépiscopal; et reconnaissons qu'elle est d'une incontestable habileté. Elle conclut, en effet, à une dualité de rite ; elle laisse supposer, sans réussir à le faire croire, que son rédacteur compte voir les paroisses accepter par persuasion un frein repoussé par l'église « mère et maîtresse ». Or, donc, par le fait même de cette impasse et de cette incohérence qu'elle révèle, elle ouvre la question, — on était à la veille du Concile du Vatican ; — et en ouvrant la question, elle en prépare la seule solution possible.
En somme, il y avait là de simples hésitations mal définies, reposant sur une équivoque. St-Sauveur se croyait en possession de son vieux Cérémonial. Nos leciteurs savent à quoi s'en tenir : depuis 70 ans, à peu de chose près, il ne restait guère de nos vieilles coutumes que ce qu'elles avaient de commun avec toutes les liturgies françaises,' leur
(1) Sem. Rel., supra cit., u, 182, 10 juillet 1869.
caractéristique avait disparu. On se trompait de bonne foi ; et par un amour, très respectable en soi, de la tradition des anciens, mais erroné dans son objel, on hésitait, on temporisait.
Toutefois, la question, nous l'avons dit, était ouverte. L'heure de sa solution allait sonner.