LA TOUSSAINT DE L'ORDRE
tous portent sur leur front l'étoile merveilleuse qui irradiait le front de leur Père. Saints et Saintes, Bienheureux et Bienheureuses ont tous ce trait lumineux de la race. Ce sont des âmes de lumière, comme l’âme de leur Père, des âmes de joie comme était saint Dominique lui-même, Quand on a l’honneur de servir Dieu, on doit le servir dans la joie. Et le caractère très pénitentiel des saints dominicains n’enlève en aucune façon cette joie de l’âme. Ils souffrent joyeusement. Cette joie, cette lumière les rendent aimables.
Epître de saint Paul aux Corinthiens, IL, c. 6.
« Frères, montrons-nous de vrais ministres de Dieu, avec beaucoup de patience, dans les tribulations, les nécessités de la vie, les angoisses, les plaies, les prisons, les séditions, les labeurs, les veilles, les jeûnes ; dans la pureté, la science, la longanimité, la bonté, l’Esprit-Saint ; dans la charité sans feinte, la parole de vérité, la puissance desDieu. Montrons-nous les vrais ministres de Dieu, par les armes de la justice, à droite, et à gauce, dans l’honneur, et dans la mauvaise réputation ; dans l’infamie et le déshonneur, tenus pour imposteurs et cependant véridiques, pour des gens obscurs ou des gens
. connus, comme des condamnés à mort et toujours vivants, comme des gens frappés qu’on n’a pu tuer, comme des affligés dont la joie demeure toujours, comme des pauvres qui cependant enrichissent beaucoup d’autres, comme des gens qui n’ont rien et qui possèdent tout. »
Tableau merveilleux de la vie chrétienne qui s'adapte point pour point à la vie dominicaine joyeuse au-dessus de tout et malgré tout.
Graduel : « Tous les saints, craignez le Seigneur, Car rien ne manque à ceux qui le craignaient. Ceux qui recherchent le Seigneur, ne seront privés d'aucun bien.
Alleluia, Alleluia. Les Saints jugeront les
peuples, ils seront au-dessus d’eux, leur roi régnera éternellement ». |
Evangile selon saint Matthieu, c. 19.
& En ce temps-là, Pierre dit à Jésus : voici que nous avons tout quitté pour vous suivre, quelle sera donc notre récompense ? Jésus leur dit: En vérité je vous le dis, vous qui m'avez suivi, au jour de la résurrection, quand le Fils de l’homme sera assis sur le trône de sa majesté, vous serez assis également sur douze trônes, et vous jugerez les douze tribus d'Israël. Et quiconque quittera sa maison, ses frères, ses sœurs, où son père, ou sa mère, sa femme, ou ses enfants, ou sés champs à cause de mon nom, recevra le centuple et possédera la vie éternelle, »
Le centuple promis, même dès ce monde, ce n’est ni la richesse, ni la puissance, ni rien de purement humain. C’est la joie d’être dans la vérité de Dieu, de posséder en soi-même cette joie et de la répandre autour de soi. Et il se trouve qu'ayant tout quitté de la terre, on reçoit de Dieu, par le ministère de vérité et de joie que l’on exerce sur les âmes, un centuple d’influence, de consolation, de réconfort, même de: secours matériels. C’est comme la revanche du cœur de Dieu : Vous serez, dit saint Paul, comme des gens qui ne possèdent rien, et cependant vous posséderez tout et vous pourrez déverser sur les autres les biens que vous recevrez. II en fut ainsi-et il en est toujours ainsi pour les vrais religieux. Et puis, après cette vie périssable, le bien suprême, la vie éternelle couronne tous les abandons, tous les renoncements.
J'admire l’étonnement de ceux qui, cependant, lisent souvent l’évangile et répètent quelquefois avec peu d’aménité : Les religieux font vœu de pauvreté, laissent leurs biens, leurs familles, et...
ne mañquent de rien. Précisément parce qu’ils ont foi dans la parole du Maître. Allez, et faites de même, puisque vous trouvez la chose si facile et si agréable. La porte de la vie religieuse est ouverte à tous.
Offertoire : « Dieu est admirable dans ses saints. Le Dieu d'Israël donne à son peuple force et puissance. Dieu soit béni ! »
Secrète : « Seigneur, nous vous offrons les présents de notre piété. Faites qu'ils vous soient agréables pour la gloire de tous vos saints et que, par votre miséricorde, ils nous soient salutaires ». ;
Cominunion : « Justes, réjouissez-vous dans le Seigneur, alleluia. Aux cœurs droits il revient de le louer ensemble, alleluia ».
Postcommunion : « Accordez, Seigneur, aux peuples fidèles de se réjouir toujours de la véné- . ration de tous les saints et d’être protégés par leur perpétuelle intercession ».
Le Patronage de saint Thomas d'Aquin sur toutes les Ecoles Catholiques.
Saint Thomas d'Aquin fut proclamé par Léon XIII Patron de toutes les Ecoles Catholiques. Ce titre glorieux est comme le sceau offi-
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ciel de l'Eglise sur la doctrine du maître. Il en est, comme dit le Pape Pie XI dans son encyclique pour le 6° centenaire de sa canonisation, 18 juillet 1923, le Guide suprême. Aussi ce même Pontife, après tant de ses Prédécesseurs, tous on peut le dire, exalte en des termes magnifiques cette union merveilleuse, en saint Thomas, des deux lumières qui font connaître Dieu et qui se condensent en lui : la lumière plus laborieuse de l'étude, celle qui vient du dehors, et la lumière infuse de l’Esprit-Saint, celle qui vient du dedans par la charité. Les deux sont filles de Dieu, car les deux sont vérité et la vérité est une, qui est Dieu lui-même. Mais la lumière acquise de l'étude, ne peut d'elle-même, par ses propres forces, mouvoir la volonté vers Dieu. On peut être très docte dans les choses divines, très savant en théologie et demeurer loin de Dieu dans son cœur. La lumière de l'étude, seule, prépare les voies à l’amour de Dieu, elle ne ie donne pas.
La lumière infuse qui vient de l’Esprit-Saint, . sans effort d'intelligence, sans raisonnement philosophique, est plus simple dans son origine et plus profonde dans son action. Elle illumine l'esprit et doucement, suavement, quelquefois avec violence, elle pousse la volonté vers Dieu. Son œuvre est par conséquent plus parfaite que celle de l’étude, car elle illumine à la fois l'esprit et touche le cœur. Mais la perfection totale, suprême est l’union de ces deux lumières. Jamais cette union ne fut plus splendide ni plus intime que dans l’âme de saint Thomas d'Aquin. Elle reflète en elle tous les rayons de la vérité.
Pie XI écrit: « Cette union de la doctrine avec la piété, de la science avec la vertu, de la
vérité avec la charité, est singulièrement remar- : quable dans le Docteur angélique, auquel on attribue comme emblème le soleil ; parce que, en versant la lumière de la science sur les intelligences, il projette aussi la chaleur des vertus dans la volonté. Dieu donc, qui est la source de la sainteté et de la sagesse, semble vouloir nous montrer en Thomas comment toutes les deux s’aident mutuellement, c’est-à-dire comment la pratique des vertus prépare à la contemplation de la vérité et comment la méditation plus profonde de la vérité perfectionne et achève la vertu ».
Saint Thomas est ainsi comme un modèle parfait de lumière et de sainteté pour les étudiants. S
LA MESSE
Introït : « Le Seigneur a ouvert ses lèvres dans l’assemblée des fidèles, il l’a rempli de l’esprit de sagesse et d'intelligence. Il l’a revêtu, d’un vêtement de gloire. — Il a réuni en lui un trésor de joie et d’allégresse ».
Oraison : « Dieu, qui illuminez votre Eglise par la doctrine merveilleuse du bienheureux Thomas, votre Confesseur et Docteur, et qui la fécondez par sa sainte opération, accordez-nous de comprendre avec notre intelligence ce qu’il a enseigné et de pratiquer en l’imitant ce qu’il a fait ».
Lecture du Livre de la Sagesse, c. 7.
« J'ai désiré l'intelligence et ellé m’a été donnée. J'ai prié le Seigneur et l’esprit de sagesse est venu en moi. Je l'ai préférée aux royaumes et aux trônes et j'ai jugé
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que les richesses ne sont rien auprès d'elle, Je Ne J'ai point comparée aux pierres précieuses, parce que tout l’or, au prix d'elle, n’est qu’un peu de sable et que l’argent, en sa présence, est regardé comme de la boue. Je l’ai aimée plus que la santé, plus que la beauté. J'ai résolu de la prendre pour lumière, parce que sa clarté ne peut s’'éteindre, Tous les biens me sont venus avec elle et j'ai reçu de ses mains des richesses innombrables. Je me suis réjoui en tout, parce que cette sagesse marchait devant moi et j’ignorais qu’elle fût la mère de tous ces biens. Je l’ai apprise sans déguisement et je la communique sans envie. Je ne cache point ses avantages. Elle est un trésor infini pour les hommes. Ceux qui en ont fait usage sont devenus les amis de Dieu. »
Graduel : « La bouche du juste publie la sagesse et sa langue la justice. — La lo‘ de Dieu est dans son cœur : ses pas ne seront pas chancelants.
Alleluia, Alleluia. O lis radieux orné d'une double couronne de fleurs, Thomas, conduisnous au triomphe désiré, par une double prière ».
Double couronne de fleurs : lumière et pureté !
nous demandons à saint Thomas de prier deux.
fois pour que nous participions à l’une et à l'autre. La pureté conduit à la lumière. Nul plus que lui n’a été limpide dans son âme et dans sa chair et c’est pourquoi nul n’est arrivé si haut dans la lumière. La splendeur du soleil qui brille sur sa poitrine vient de la splendeur du lis qui orne ses mains.
La route de la lumière divine est nette, à nous de la suivre,
Evangile selon saint Matthieu, c. 5.
« En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Vous êtes le sel de la terre. Si le sel est éventé, avec quoi salerat-on ? Il n’est plus bon à rien, si ce n’est qu'à être jeté
dehors et foulé aux pieds. Vous êtes la lumière du monde. Une ville bâtie sur une montagne ne peut être cachée, On n’allume pas davantage une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la place sur un chandelier afin qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison, De même, votre lumière doit briller devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux. Ne croyez pas que je suis venu pour détruire la loi ou les Prophètes, je ne sois pas venu pour les détruire, mais bien pour accomplir tout ce qu’ils ont dit. Je vous le dis en vérité : jusqu’à ce que le ciel et la terre disparaissent, pas un iota, pas un accent ne sera supprimé de la loi, tout doit être accompli. Celui donc qui supprimera le moindre des commandements et enseignera ainsi les hommes, sera jugé le plus petit dans le royaume des cieux. Mais celui qui les pratiquera et les enseignera tous, sera jugé le plus grand dans le royaume des cieux. »
La parole du Maître trouve sa plénitude d’efficacité dans saint Thomas. Qui, plus que lui ou comme lui, est « la lumière du monde ».
Ce que les Apôtres et les Pères ont enseigné, ce que les docteurs et les maîtres ont commenté, saint Thomas l’expose avec une précision merveilleuse, Toutes les clartés se reflètent en lui. De sorte que à lui seul, par la limpidité de ses commentaires, par la sûreté logique de ses conclusions, par l’universalité de sa doctrine, saint Thomas contient tout l’enseignement de l'Eglise, si bien que l'Eglise a consacré, canonisé sa doctrine, qu’elle l’a faite sienne — et que, par la voix de ses Pontifes, elle ne cesse de l’imposer aux intelligences. Il est pour elle le Docteur commun, c’est-à-dire le Docteur pour tous, le Docteur universel. Qui s'éloigne de la pensée de saint Thomas, devient immédiatement suspect. Aussi Jean XXII a osé dire, en le canonisant, qu’il avait fait autant de miracles que d’ar-
ticles. Il est, en vérité, la « lumière du monde ». Et de ce chef, saint Thomas est le plus grand. bienfaiteur de l’humanité. La grandeur du bienfait se mesure à ses conséquences. Quelles conséquences plus graves que celles qui dérivent de la connaissance plus certaine, plus profonde, de Dieu ? Connaître Dieu est nécessaire poui l'aimer. Et plus on connaît Dieu, plus on l'aime. Mais alors, le suprême bienfait est celui qui nous fait le plus connaître Dieu, La progression est infinie dans cette connaissance, puisque Île terme qui est Dieu est infini lui-même. D'où il résulte que saint Thomas, le Docteur qui nous entraine au plus haut des mystères divins, est par là même le plus magnifique bienfaiteur de l'humanité. C'est lui qui nous donne le bien suprême de la connaissance plus profonde de Dieu, supérieur à tous les biens de la terre, à toutes les sciences de la terre.
Offertoire : « Ma vérité et ma miséricorde sont avec lui; sa gloire grandira en vertu de mon nom ».
Secrète : « Seigneur, en renouvelant la mémoire de la Passion de votre Fils, nous vous demandons que le sacrifice que nous vous offrons en cette solennité du bienheureux Thomas, votre Confesseur et Docteur, vous soit agréable ».
Communion : « Seigneur, vous m'avez confié cinq talents et j'en ai gagné cinq autres. Courage ! bon et fidèle serviteur, puisque tu as été fidèle, en peu de choses, je t'établirai sur des choses plus importantes, entre dans la joie dem ton Maître ». \
« Tu as bien écrit de moi, Thomas, que veuxtu pour récompense ? — Vous, Seigneur, vous seul ! » :
Ce que j'ai écrit, disait saint Thomas au sortir d’un de ses ravissements, ce que j'ai écrit sur Dieu, n’est rien. Je ne peux plus écrire, c’est fini. Rien, dit le disciple, tu as bien écrit, dit le Maître. C’est lui le vrai juge. Ce qu'il estime est seul bien. Et l’on peut se demander ce que fut, à l'instant de sa mort, ce qu'est pour l'éternité, la vision béatifique de saint Thomas. Etre de lumière sur terre, il est, dans le ciel, un des êtres les plus lumineux, de ceux qui sont proches du trône de Dieu, et déversent en abondance sur leS êtres inférieurs la plénitude de leur vision et de leur béatitude. Thomas est entré dans les profondeurs de la joie de Dieu.
Postcommunion : « Seigneur, que cette communion sainte nous réjouisse, Que par l’intercession du bienheureux Thomas, votre Confesseur ‘et Docteur, elle nous fortifie au dedans dans la vertu et nous fasse produire au dehors des œuvres meilleures de piété ».
Au Saint Docteur de veiller sur les étudiants catholiques. A lui de les éclairer, de les fortifier dans la foi, de les garder dans la pureté du cœur et de les faire monter vers Dieu par une vie vraiment chrétienne.
La liturgie dominicaine.— VIII. ‘23
14 NOVEMBRE. Le bienheureux Jean Licci, MESSE : Os justi, p. [18].
Oraison : « Dieu, qui avez voulu rendre illustre le bienheureux Jean, votre Confesseur, par une complète abnégation de lui-même et le zèle d’une arderite charité, accordez-nous, par son intercession, de renoncer à toutes les affections de la terre pour vivre dans votre amour ».
Jean Licci est né en Sicile, au diocèse de Palerme. Sa mère mourut, six mois après, et son père, faute de ressources, ne put le confier à une nourrice. Il vécut d’un peu de jus de citron. Ce que voyant une pieuse femme le recueillit pour l’allaiter. L’ayant mis dans son lit, près de son mari, qui était paralysé, celui-ci, au contact de l'enfant, fut subitement guéri. Dieu donc l'avait déjà choisi pour lui-même.
Sous l'impulsion du bienheureux Pierre Geremia, dont la sainteté édifiait la Sicile, Jean entra dans l'Ordre de Saint-Dominique.
Austère comme son maître, studieux comme lui, Jean devint rapidement un religieux parfait. Doué d'une rare éloquence, il se livra au ministère apostolique. Son succès fut tel, qu'il entraînait à sa suite des multitudes avides de l'entendre. Innombrables furent les âmes quel sa parole ramena à Dieu. On ne pouvait l'en