‹ La Lizardière [microforme]Chapitre 16 sur 40 · LE SECRET DU CLERGYMAN · texte numérisé non relu

LE SECRET DU CLERGYMAN

i 1e NT rt | PTE Pendant les deux jours qui suivirent, Jean de Lizardière, au grand étonnement du comte et de | FO la comtesse, ne parla plus de cette vente dont le qui résultat avait été si bizarre. Ses paroles n’é- | Î

| [ taient plus amèrcs, sa physionomie était calme \{i et presque souriante. il avait repris son travail || et s’y adonnait avec une ardeur fébrile ; la chassé au sanglier était presque terminée, et la comtesse, cette fois, ne trouvât point que le chêne ressemblât à un orme. Elle était toute radieuse du succès de son jeune parent, et le comte resnie tait en extase devant le portrait de Clodion qui HAE ‘‘ coiffait ”” le sanglier de l’air le plus farouche qu'ait jamais eu un Mérovingien.

L'étonnement du comte et de la comtesse devait être plus grand encore. Une lettre du notaire Château-la-Vallière vint annoncer au comte que le prix de la Lizardière serait versé le dimanche suivant entre les mains du marquis, et il priait ce dernier de venir en son étude pour signer les actes, en même temps que Mile Désormes.

Christiane et son mari craignaient un nouvel accès de tristesse pour Jean ; tout au contraire, il reçut cette nouvelle presque avec satisfaction, et il demanda à son cousin et sa cousine de l’ac-

COmpagner pour l’accomplissement de toutes ces formalités.

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— Le voilà enfin raisonnable, dit tout bas M. de Chazé à Christiane.

— Attendons ! répondit la comtesse.

Le dimanche, Jean, accompagné de M. et Mme de Chazé, se rendit au rendez-vous que leur avait donné le notaire. Ils y trouvèrent M. Désormes, sa fille et son fils Raoul.

— Nous sommes arrivés avant l’heurc, dit M.

Désormes, parce que j'ai dû envoyer ma voiture à Saint-Paterne, où elle prendra M. Frédéric Legrand qui revient de Tours et qui doit s’arrêter à cette station ; il viendra nous chercher ici pour retourner avec nous aux Bruyères. En vous attendant, j’ai examiné les actes, qui sont en règle; il n’y manque plus que les signatures.

Les signatures furent échangées ; Jean s'était incliné sans mot dire en prenant la plume des mains de Raymonde, mais, quand M. Désormes eut déposé sur la table, devant le notaire, un portefeuille contenant cent mille francs en bilets de banque, Jean, avec un calme parfait, prit la parole :

— M. Dubois, ayez l’obligeance maintenant de préparer un nouvel acte par lequel je fais don à la ville de Château-la-Vallière d’une somme de 100,000 francs, à la charge par elle de faire bâtir un hospice qui s’appellera l’hospice de la Lizardière.

Ce fut une exclamation générale, dominée par la voix tonitruante de M. de Chazé :

— Il est fou, mon cousin ! il est fou !

— Movsieur le marquis, dit M. Désormes, permettez-moi, en faveur de mon âge, de faire une observation...

— Elle serait inutile, monsieur. Je n’ai pas l’habitude d’accepter 100,000 francs, et plus, pour ce qui n’en vaut pas 10,000.

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— Mais, au moins, ces 10,000 francs, gardezles.

— Non, monsieur, si je les gardais, c'est comme si je vendais la Lizardière de mon plein gré ; j'aime mieux la donner aux pauvres. D'ailleurs, c’est le hasard seul qui en a fait monter le prix si haut, un hasard que je ne m'explique pas bien. Si j'en profitais, ce ne serait pas même ce qu’on appelle une bonne affaire, ce serait une vilenie, devant ma conscience au moins.

— Alors, cria le comte, je t’ai conseillé une vilenie, moi ?

— Non, mon cousin, mais vous m'avez parlé selon la sagesse vulgaire ; pardonnez-moi si j'en ai une autre.

— Jean a raison, mon ami, dit à son tour la :omtesse ; si sa conscience lui inspire ce qu’il a fait, ce n’est pas à nous de l’en blâmer. Monsieur Dubois, préparez l’acte de donation.

Pendant ce colloque si animé, Mlle Raymonde n'avait pas prononcé une parole. Seulement, elle était devenue toute pâle.

Quand le nouvel acte fut terminé et signé par Jean, M. Dubois offrit à ses hôtes de passer dans la salle à manger où Mme Dubois avait préparé une collation. Mlle Raymonde et Christiane acceptèrent, mais les hommes préférèrent aller dans le jardin se livrer aux charmes du cigare. Ils étaient assis sous une tonnelle de clématites, fumant et causant, lorsqu'on entendit le bruit d’une voiture, et, peu d’instants après, M. Frédéric Legrand entra dans le jardin. En apercevant le jeune marquis, il eut un singulier sourire que celui-ci remarqua.

— Mousieur Legrand, lui dit-il avec politesse, mais d’un ton ferme, ai-je eu le malheur de vous déplaire, que vous me regardez de la sorte ?

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