HEROISME DE CLODION LE CHEVELU
L'automne touchait à sa fin ; les mauvais temps étaient venus, et la pluie empêchait les habitants de Marcilly de faire leurs promenades habituelles dans les bois et les landes. Quand il ne pleuvait pas, M. de Chazé, qui, en sa qualité de capitaine de louveterie, entretenait toute une meute, sortait de bonne heure avec ses chiens, rentrait avec quelques renards malavisés au quelques chevreuils dont Madeleine déplorait le triste sort.
Jean, quoiqu'il eût un certain goût pour ;la chasse, ne suivait PaS Son cousin ; il était absorbé par son travail. Les panneaux de la grande salles furent, vite achevés, et le jeune peintre se mit alors à travailler Pour lui-même ; il prenait à peine quelques heures de repos, et Christiane admirait à la fois l’ardeur qu’il apportait dans sa tâche et le talent qu’il y montrait déjà.
Les toiles succédaient aux toiles, les paysages s’entassaient rapidement dans l’immense salle devenue atelier. Jean avait le sentiment large et Profond de la nature ; la solitude où il avait «i longtemps vécu avait développé en lui cette mystérieuse tendresse que tout homme à plus ou moins pour les choses extérieures. On le sentait dans ses moindres tableaux.
Una maisonnette en ruine au bord d’une mare, le blanc miroitement des feuilles du tremble dans
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l’eau verte, un rocher rougi par le soleil couchant, là-haut, au-dessus de lu forêt déjà tout cembrumée, une arche de pont rompu ct faisant de l'ombre sur l’eau courante, cela lui suffisait pour rendre visible aux yeux ce que le poète appelle 1’ ‘‘ âme immense des choses.”
Jean était ‘‘ animalier ’’ autant que paysagiste. C’est qu’en réalité il aimait les animaux. les aimait au point que souvent, à l'affût, au moment de tirer sur un lapin ou un chevreuil il s'était dit : ‘ Ma foi non ! Il est trop joli ! ” Une de ses joies, par tous les temps, était de se glisser dans quelque taillis presque inaccessible, dans quelque fourré plein d’épines, de ronces et de plantes grimpantes, et là d'attendre, immobile. Peu à peu, le bois s’animait autour de lui, quelque chose se glissait dans les feuilles ; c’était un animal quelconque qui ne sc croyait pas observé, un lièvre qui avait fini sa sieste, un renard qui étudiait le terrain, un cerf, avec sa biche et ses faons, qui venait chercher l’ombre plus épaisse ; une bondrée qui venait se percher sur un arbre voisin et, de son œil rond et stupide, guettait quelque proie au passage. Jean retenait son souffle et regardait ; quelquefois l’œil de la bête rencontrait le sien, et elle s’enfuvait tout éperdue ; quelquefois clle restait immobile aussi, et le regard bestial s’apprivoisait avec le regard humain. 11 arriva même que Jean hasarda quelques mots pour savoir si la voix de l’homme cffraie toujours les bêtes sauvages ; il échangea des monosyllabes avec des chevreuils qui ont une tendance à se civiliser, il eut même des conférences avec des blaireaux, qui sont peu causeurs et regagnent vite leurs terriers ; enfin, il eut quelque succès dans ses avances diplomatiques, car les animaux sont moins farouches qu’on ne pen-
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