‹ La Lizardière [microforme]Chapitre 21 sur 40 · NN · texte numérisé non relu

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se, et, à l’inverse des hommes, distinguent vite un ami d’un ennemi.

Il est tout naturel que Jean reproduisît à merveille les mœurs, les attitudes, la physionomie de ses camarades de la forêt : voilà pourquoi ses tableaux étaicnt si vrais et si vivants.

Chritiane suivait les progrès de son ancien élève avec une joie renouvelée tous les jours : pendant qu’il travaillait, elle venait s’asseoir près de lui, prenant Madeleine sur ses genoux, et passant de longues heures à causer. De quoi ? De tout et de rien, des choses de la jeunesse et des choses de l’avenir, des vieilles histoires de la famille, de la grand’tante qui gagnaïit sa vie, pendant l’émigration, à broder des portefeuilles en soutache; et. du grand’oncle qui la gagnait aussi à tourner et à vendre des coquetiers — son seul talent utile ! — et d’une autre grand’tante qui avait connu Joséphine de Beauharnais : et de la bisaïeule qu’on appelait ‘ la diablesse, ” qui, ayant tué son beau-frère d’un coup de fusil, avait obtenu grâce en se jetant aux pieds du roi Louis XV.

Christiane racontait tout cela gaiement, d’une bonne voix sonore et franche qui réjouissait le travail du jeune homme. De temps à autre elle’ touchait à des questions plus hautes, à la religion, à la philosophie et même à la politique. Jean, dont l’éducation avait-été interrompue de bonne heure, se plaisait à ces leçons données sans prétention et comme au hasard.

Christiane avait surtout la science de la vie, science complètement, inconnue à son étrange cousin, et, peu à peu, elle réussit à lui montrer que Ja vie réelle diff£re beaucoup des romans et des drames. Elle en arriva même à parler de la Lizardière et des

embellissements que Mlle Désormes y faisait faire, sans réveiller les colères de Jean. Cependant, au fond de la pensée du jeune homme, elle sentait bien qu’il restait quelque chose de voilé. C'était ce secret, dont, Jean lui avait parlé, ce projet mystérieux que même à elle il ne voulait pas révéler encore. Cela tourmentait un peu Christiane, mais elle était patiente, comme elle était forte et douce, et elle savait attendre en espérant.

Cétte vie paisible et charmante durait depuis deux mois, lorsque M. de Chazé reçut de M. Désormes la lettre suivante qu’il lut à Jean et à Christiane, de sa voix la mieux timbrée :

‘ Monsieur le comte,

‘ Ce n’est pas seulement au voisin toujours obligeant, c’est aussi au capitaine de louveterie que je viens demander un service.

‘ Voici de quoi il s’agit :

‘4 Une hande de sangliers, émigrée de la forêt de Chinon, est venue s'installer dans la forêt de Château-la-Vallière. Ce sont des voisins très incommodes pour une ferme modèle ; mes champs de betteraves sont mis à sac par ces malandrins. Vous feriez une bonne action en les rappelant à l’ordre, et je vous en saurais un gré infini.

‘ Pour le moment, ces désagréables visiteurs ont élu domicile près des ruines de Vaujour.

Quand il vous plaira, et le plus tôt sera le mieux, nous irons ensemble les prier de retourner au pays natal. et. cils refusent, ils resteront responsables de leur entêtement.

‘ Depuis que j'ai eu l'honneur de vous voir, nous avons en le ehagrin de nous sénarer de M. Legrand, le digne adversaire de M. de Lizardière.

ES

Il est parti Pour la Hongrie, où il restera quelques années, occupé à l'établissement de plusieurs chemins de fer.

‘Ayez l’obligeance de mettre mes hommages aux pieds de Mme de Chazé, en lui offrant aussi les respectueux Souvenirs de ma fille.

‘* J’ai l’honneur d’être.., ete.

‘* JACQUES DESORMES..‘

— Voilà un bonheur ! reprit M. de Chazé ; depuis dix ans il n’y avait plus un sanglier dans nos environs, et cela m'humiliait, ! Forcer de Pauvres cerfs, de maigres chevreuils, cela se fait faute de mieux, mais c’est une chasse pour les dames ; Je sanglier, c’est la guerre ! Viendratu, Jean ?

— Non, mon Cousin, si vous ne l’exigez pas ; j'ai un tableau à finir.

— À ton aise, mon £arçon. Je n'’invite ras Christiane qui à l’âme trop sensible. D'ailleurs, il faut être debout à une heure impossible. Sur ce, bonsoir, Vous ne me reverrez que demain fort tard, et avec le cadavre du sanglier d’Erymanthe, j'espère.

M. de Chazé, après ce souvenir mythologique dont il était nssez fier, alla donner des ordres AUX piqueurs, et Jean rejoignit son domicile Particulier du Pctit-Château.

Le sommeil de Jean fut interrompu, avant Île

Re ; Quand Je bruit se fut éloigné, il se rendormit et ne se réveilla qu’assez tard. En descendant, il aperçut Pieyrard qui semblait inquiet et fort

— Qu’as-tu donc, maître Pieyrard ?

— J’ai que Clodion est parti avec la meute de

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