‹ La Lizardière [microforme]Chapitre 39 sur 40 · ME · texte numérisé non relu

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tit le sollicitant, il fit honneur au chocolat que lui avait versé Mariette.

Une étrange allégresse lui emplissait maintenant le cœur. |

C’est que la matinée était superbe, plus belle encore que la veille, pleine de rayons et de brises Caressantes.

— Îl est temps d’aller la chercher, pensa-t-il.

Et il prit sa course vers l’église.

Il ne marcha Pas vite, se disant que, sans doute, elle quitterait Je Sanctuaire la dernière.

arriva à point nommé, Pierre pénétra, le front Vénie était là, a

baptismaux.

On avait laissé les Portes ouvertes.

entrait, embaumée et pure, marines. En même temps,

it, Poésie du lieu et d

Il la suivit, à distance, pas à pas.

archait le front

Elle fit le tour de l’église, atteignit le chevet. et, là, gagna le bosquet aux feuilles nouvelles.

Elle s’appuya au tronc d’un arbre. Pierre vit au mouvement de ses épaules qu’elle pleurait.

Ainsi, depuis la veille, il avait jeté cette douleur sans consolation dans le cœur de la pauvre enfant. L’aimant de toute son âme, il n’avait réussi qu’à la faire souffrir. Il voulut s’élancer vers elle, lui parler, sécher ses pleurs ; une dernière fausse honte, une suprême méfiance le retint.

Alors il la vit reprendre le chemin du chalet, et, se dissimulant toujours, il marcha dans son ombre, la laissa franchir la première bordure de l’enclos et le seuil de la demeure.

À son tour il entra.

— Vénie est de retour, n’est-ce pas ? demandat-il au hasard.

— C’est étonnant que vous ne l’ayez pas rencontrée, monsieur Pierre, répondit Mariette.

Vous la suivez.

— Nous avons pris deux chemins différents.

La servante eut un regard oblique ; elle ouvrit la bouche. Mais la réflexion se borna là. ‘‘ Deux chemins différents ! ”” pensait-elle. Est-ce qu’il y a deux chemins pour aller à l’église et en revenir !

Et reprenant la parole :

— Vous savez que monsieur le curé est là ? Il est arrivé il y a cinq minutes à peine.

Pierre parut surpris.

Qu'est-ce que le curé venait faire à pareille heure ? Quel motif le poussait ?

Un bruit de voix venu de la chambre de sa mère l’y attira.

Le vieux prêtre était debout au pied du lit de la malade. Celle-ci, les mains jointes, très pâle, paraissait sous le coup d’une violente émotion.

ente.

rit UX

Au moment où l'enseigne ouvrit la porte, Vénie également debout, également pâle, disait :

— J'attends que Pierre soit rentré.

Le curé montra l'officier.

— Justement, le voilà.—Voyons, petite, parle maintenant. ‘

A la vue du marin, l'enfant avait chancelé.

Elle se redressa cependant, et parut faire un effort pour rassembler toute son énergie.

Le prêtre appela l’enseigne.

— Ah Ça, que s'est-il donc passé entre vous deux ? Hier, vous étiez gais comme des pinsons. Ce matin, vous êtes tristes comme pour un en-

dans la voix :

— Îl y a, monsieur le curé, que, hier au soir, Pierre m’a déclaré que tout ce qui est ici m’appartient, que lui et maman ne peuvent plus hahiter chez moi, etil m'a mise en demeure de prendre une résolution.

— Oh ! Vénie ! protesta le jeune homme. T’aije donc parlé ainsi ?

Elle feignit de ne l'avoir pas entendu et poursuivit :

— Alors, que voulez-vous ? Je l’ai prise, cette résolution, J ‘ai eu le temps de la môûrir, puisque je n’ai pas dormi de la nuit. ’

Elle dut s’interrompre : la douleur lui coupait la voix. Puis, avec un retour de courage, elle dit :

— D’abord, je vous prie de me renseigner- —

Est-il bien vrai que tout cela soit À moi, maman ?

Et elle désignait du geste à la malade la maison et le jardin.

— Oui, ma fille ! prononça péniblement la vieille femme.

— Assurément, opina le prêtre.

— Eh bien ! j'en dispose, et voici ce que j'ai résolu :

Tout ce que je possède, je le donne à ma mère Daritz et à mon ‘ frère ”” Pierre, en les priant de l’accepter. S’ils refusent, je le donne à monsieur le curé et'aux pauvres. Voilà.

Une profonde stupeur était peinte sur tous les visages.

— Et toi ? s’écria Pierre, incapable de maftriser son émotion.

— Moi ! oh ! moi, c’est bien simple. Je retournerai aujourd’hui même à Pauillac, et je demanderai aux bonnes sœurs de me prendre comme novice.

À travers le silence qui suivit, on n’entendit plus que les sanglots de la malade.

Quand le premier trouble se fut dissipé, l’abbé Blanchard éleva la voix.

-— Vénie ! appela-t-il doucement.

— Monsieur le curé ! répondit-elle en s'avançant à son appel.

— Ma chère enfant, dit le vieux prêtre avec onction, la douleur de ceux qui t’entourent te prouve le grand chagrin que tu leur causes. Ce n’est pas moi, ministre de Dieu, qui te détournerai d’une vocation vers la vie religieuse. Mais encore . faut-il que cette vocation soit bien réelle, bien mâûrie. Or, tel ne me paraît pas être le caractère de la tienne. Certes, le bon Dieu accepte le don - volontaire qu’une âme lui fait, alors même que la désolation seule l’inspire. Mais il ne veut pas qu’on se donne à lui par dépit ou par colère.

Prends bien garde, mon enfant ! Je crains fort que ta résolution ne soit dictée beaucoup plus par une sorte de ressentiment que par une vocation véritable.

La jeunc fille s'était détournée. Une vive rougeur couvrait ses traits, et les larmes, qui n'avaient cessé de couler sur ses joues, ruissc!aient plus abondantes que jamais.

En même temps, la malade, avec un cri de «étresse, murmurait :

— Vénie, ma fille, tu ne feras Pas cela, in ne nous causeras pas cette affliction.

Pierre à son tour s’approcha.

— Vénie, Prononça-t-il d’un accent pénétré, tu n’as pu te méprendre à ce point au sens de mes paroles. Ne t'ai-je pas demandé, en effet, de prendre le temps nécessaire Pour mürir la réponse que tu me ferais ? Or, celle que tu me donnes aujourd’hui me réduit au désespoir ; car tu sais qu'après avoir refusé ton affection du premier moment parce que tu es la seule riche ii, ni maman ni moi nous n’accepterion la donation que tu prétends nous faire de ton bien.

Elle continua de garder le silence.

— Voyons ! voyon n’est pas bien sérieu mieux que vous au êmes. ‘loi, Vénie, tu déchires ton propre cœur en déchirant celui de tes amis, et toi, Pierre, c’est une mauvaise fierté qui te retient. Donc, puisque vous ne Savez pas arranger les choses, c’est moi qui vais les arranger.

Je vous déclare que si vous ne vous réconciliez pas tout de suite, je ne vous parlerai jamais. Bien plus, en rentrant, j’arracherai la fleur que tu es venue mettre au pied de l’église, hier, petite

sournoise, car je t'ai vue la planter, moi, des fenêtres du presbytère.

11 dit cela d’un ton moitié fâché, qui ramenn la joie sur tous les visages.

__ Allons ! religieuse pour rire, va embrasser ta mère ! acheva gaiement le vieux prêtre.

Vénie n’attendait que ce signal.

Pendant un moment. les deux femmes confondirent leurs larmes et leurs baisers. C’est si bon de se retrouver après une séparation même imaginaire !

__ Et moi ? dit Pierre, lorsque la jeune fille se fut détachée des bras de la mère.

Elle se pendit à son cou, comme autrefois aux jours de la tendresse familiale. Une seule plainte lui monta aux lèvres, comme le dernier remous de cet orage.

Tu m’as bien fait de la peine, va !

__ Pardonne-le-moi, et oublie, répondit-il.

Ce fut encore le curé qui conclut :

— Maintenant, mes enfants, c'est entendu, n'est-ce pas ? Vénie sera la femme de Pierre, mais je ne crois pas que cela doive se faire si tôt. Piarrou est en bonne voie pour le grade. Dans deux ans, il sera lieutenant de vaisseau. Et alors, si le bon Dieu me laisse vivre, c’est moi, entends-tu, mon garçon, qui bénirai le mariage.

C’en était fait. Le rapide nuage qui avait assombri ce firmament de jeunesse et d’espoir était désormais évanoui. le nouveau, les deux jeunes gens purent reprendre le chemin du rêve.

Pierre ne pouvait prolonger indéfiniment son congé. Il n’avait obtenu qu’une permission temporaire ; il lui fallait regagner son port d’attache au plus vite.

Le samedi suivant qui vit Mme Daritz se ren-

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