‹ La Lizardière [microforme]Chapitre 4 sur 40 · EE · texte numérisé non relu

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légitimistes, ceux qui sont orléanistes, ceux qui sont républicains ; mais il n’y a qu’un seul bonapartiste, c’est l’empereur ; et encore. il est socialiste !

— Et vous, mon père, qu’êtes-vous donc ? dit un des jeunes gens qui avait entendu les dernières paroles de M. Désormes.

— Moi, Raoul, je-suis conservateur et libéral ; libéral quand il y a lieu, c’est-à-dire souvent ; conservateur quand il y a lieu également, c’està-dire toujours. Retenez cette formule, mes enfants. Croyez-moi, c’est la sagesse. N’êtes-vous pas de cet avis, Frédéric ?

— Parfaitement, répondit le jeune homme.

— La sagesse, reprit Raymonde en riant, c’est d'admirer ce beau paysage. Il n’y a pas de gouvernement qui vaille un coucher de soleil. Vous me disiez, mon père, que je ne suis pas légitimiste. J’ai cependant une tendance vers l’ancien ré: gime.

— Ah ! Ah ! explique-nous cela, ma fille.

— Oui, je voudrais avoir un vieux château comme Marcillv à restaurer ; je le remplirais de vitraux, de vieux meubles, de vieilles tapisseries. Certes votre maison des Bruyères est una belle maison, rien n’y manque de ce qui fait la luxe bourgeois et le confortable anglais, mais j'y rêve de donjons et de tours à mâchicoulis.

— Toi, Raymonde, dit Raoul, tu es une héroine d’Octave Feuillet ou de Jules Sandeau, et tu as appris par cœur, j’en suis sûr, ‘“ la Fin du Roman ”” d’Armand de Pontmartin.

— Je prends cette plaisanterie pour un compliment, mon frère. répondit la jeune fille d’un ton plus grave aue d’habitude.

— Tu sais bien, ma fille, que Marcilly n’est pas à vendre, et les belles ruines sont rares dans

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le pays. Il n’y a que Gaujour, près de Châteaula-Vallière ; mais Vaujour est dans un étang :. tes mâchicoulis y prendraient la fièvre.

— Et puis, mon père, il y aurait quelque prétention à m’entourer des souvenirs de Mlle de la Vallière. Je n’aime guère Louis XIV, au surplus.

— Pourquoi donc ?

— Précisément à cause d’elle. N'importe, je trouverai la ruine de mes rêves, et j'en ferai une merveille, si vous y consentez.

— J’y consens d’avance. Tu peux te passer cette fantaisie, tu as trois cent mille francs qui dorment à la Banque.

— Ne serait-il pas à propos d’attendre l’avie de ton futur tyran, ma chère Raymonde ? dit le petit Raoul en souriant.

— Mon futur tyran n’est pas encore fondu, comme disait Napoléon.

— Tu as cependant vingt-et-un ans, ma charmante sœur, et c’est l’heure où les tyrans ont de la chance. N'est-ce pas, Frédéric ?

— Vous m’ennuyez, Raoul ! Je connais un frère à moi qui m’a donné peu de goût pour la tyrannie. Ce qui ne m'empêche pas de l’aimer.

Mais c’est assez bavarder vraiment. Allons, un temps de galop !

Et l’on se mit à courir sur la route sonore en regardant le cours de la Maulne, qui, maïnte. nant, coulait à droite entre les saules. On atteignit vite le château de Maulne, dont il ne reste qu'une aile, deux bâtiments qui se font vis-à-vis

et le vieux colombier : quand on l’eut dépassé, on se trouva tout juste à la bifurcation de deux chemins, dont l’un s’en allait à gauche vers les collines boisées.

— Faut-il prendre par la gauche, Raymonde ?

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