I. — Agglomération de clans
Ce phénomène est le prolongement direct des précédents. La ville est formée d’une tribu, divisée en clans qui ont cessé d’être distendus et éloignés les uns des autres, et vivent maintenant côte à côte. Il suffit que la cause de concentration, c’est-à-dire la guerre, devienne suffisamment continue, pour que la ville elle-même devienne quelque chose de définitif. La ville ainsi formée ne diffère. donc pas des villes périodiques; sa genèse est identique ; seulement dans son mécanisme causal la proportion entre la force centripète et la force sentrifuge se trouve modifiée et renversée au profit de la première. L'indifférenciation économique interne de la ville s'explique donc de la même façon ; la ville n’est qu'une tribu réduite et ramassée en un point de son espace. Les villes des Indiens de l'Amérique du Nord sont des formations de ce genre : elles sont faites d’un
ensemble de clans dont chacun occupe dans la ville un
62 LES REGIONS DE LA VILLE quartier spécial (!;; etde même dans certaines villes africaines chaque grande économie familiale constitue un quartier distinct (2). Quelquefois on est en présence de formations plus complexes ; il y a des villes formées de plusieurs tribus ou fractions de tribus différentes (3); alors la division locale de la ville par tribus est la règle chaque quartier tribal étant divisé à son tour en quartiers de clans (4). De cette organisation locale de la ville par clans ou par tribus, qui a pour conséquence la division de la ville en groupes locaux économiquement autonomes, on trouve d’ailleurs encore des survivances dans les villes antiques (5).
Non seulement on peut saisir directement dans les
faits cette filiation entre la tribu et la ville, entre le
1. Krause. Die Pueblo-Indianer, p. 50. — Gatschet. À migration legend of the Creek Indians, 1884, p. 154(Creeks et Dakotas) 172-1793 ; chaque clan a son groupe de maisons désigné par un emblème distinctif. — Frazer. Totémisme, p. 47 (Ottawas). — V. surtout le travail spécial sur ce sujet de Mindeleff. Localisation of Tusayan Clans (19* Report ofthe Bureau of Ethnology, p. 635-655, Tusayans et Hopis).Cf. aussi Mindeleff, Navaho Houses (17* Report) et À study of Pueblo architecture (8 Report, 1891). — Adde Morgan Âouses and house life of theAmerican aborigines, (First report of the archæol Inst. of America,1881), et E. Sarfert, Haus und Dorf bei den FEing'eborenen Nordamerikas, Archiv für Anthropologie, VII, 1908).
2. Spieth. Die Ewe Stæmme, p.365 (Togo).— Cyr. van Overbergh. Les Bangala, p. 158 (Congo Belge). Aussi chez les- Papous : Kohler. Das Recht du Papuas Zeitschrift jür vergl. Rechtswiss., XIV, p. 330).
3. Dapper (Description de l'Afrique, 1686, p. 285) signale une ville formée de deux groupes de pêcheurs vivant à part l'un de l’autre, issus de contrées différentes et se rattachant ainsi sans doute à des tribus différentes.
4. Villes de l’ancienne civilisation aztèque divisées chacune en quatre ou six quartiers de« parentés » qui devaient être des tribus car elles contenaïient des divisions plus petites (Morgan. Ancient society, p. 198, 203).
5. V. Jordan. Topographie der Stadt Rom T, 519 (rues ayant pris le nom des g'entes qui y vivaient) et Liebenam, Stædteverwaltung in rœæmischen Kaiserreiche, p. 224, 225 (survivances de la division en phratries).