I. LE YPE INDIFFERENCIÉ
clan et le quartier ; mais on peut l’induire des caractères que présente la ville dans ces sociétés, et qui ne sont pas essentiellement différents de ceux que présente la tribu. La ville a les mêmes caractères juridiques que la tribu (1), et aussi les mêmes caractères économiques (2) ; elle est indifférenciée parce que la tribu est normalement indifférenciée.
Ce qui achève de le démontrer par a contrario c’est que, dans les cas assez rares, où une division du travail s’est instituée entre les clans de la tribu, une ville différenciée peut sortir directement de cette organisation, et des localisations industrielles se constituer dans la ville. C’est ce dont on trouve le germe dans certaines villes indiennes (3), et ce qu’on trouve nettement développé dans des villes africaines (4); la spécialisation des clans ou des familles, se prolongeant dans la ville, y donne naissance à des localisations industrielles ;
mais ce sont là des faits que nous retrouverons.
1. Les caractères de la tribu sont en effet ; la possession d’un territoire, un nom, un conseil de chefs, un dialecte, une religion (Cf. Morgan. Ancient Society, I, ch. IV, The Iroquois tribe) et la ville a tout cela. M. Jullian (Les villes fortes de la Gaule romaine, in Journal des Savants, 1908, p. 77) essaie aussi de relier certaines de nos anciennes villes aux tribus gauloises ; mais c’est évidemment plus difficile.
2. Elle en a même la structure matérielle. En 1884, au moment de sa conquête, Merv n’était qu’une immense enceinte fortifiée ou étaient éparses des tentes et des huttes (Durrieux et Fauvelle, Samarkand, p. 74.)
3. Chez les Osages, les clans de paix et les clans de guerre occupent deux côtés opposés du cercle tribal (Frazer. Totémisme, P. 115-116).
4. À Matsé (Togo) la ville était divisée en « familles » localisées chacune dans un quartier qui avaient chacune son activité économique spéciale ; il y avait ainsi des forgerons, des faiseurs de sabres, des faiseurs de couteaux, des faiseurs d’ornements, enfin des agriculteurs et des chasseurs (Spieth. Die Ewe-Stæmme, p.762).
En résumé, la segmentation et l’indifférenciation interne de la ville ainsi formée ne lui sont pas propres ; ils tiennent à ce qu’ellese constitue par contraction d'une société qui présente les mêmes caractères. La ville n’est qu'une tribu réduite ; et ainsi se trouve confirmée notre définition initiale de la ville. En conséquence, les causes de l’organisation interne de la ville sont ici indépendantes des causes mêmes du resserrement local d’où naît la ville ; car cette organisation est antérieure à ce resserrement ; la division de la ville préexiste à la ville. Au contraire, on verra dans les types qui nous restent à étudier comment la cause mème de la ville contribue en même temps à déterminer son organisation interne. Ici, la structure de la ville est un phénomène plus général que la ville, qui lui est antérieur, et qu'elle trouve tout constitué
dans son milieu.