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LE TYPE INDIFFÉRENCIÉ

Le rapprochement de villages qui constitue la ville est le fait de la même cause que l’agglomération du clan en un village; c’est-à-dire de la guerre. Le tout et les parties se constituent ici sous l’action des mêmes forces ; et c'est ce qui explique déjà leur identité.

I — Il faut d’abord démontrer cette causation du village. Les causes générales du village sont certainement des causes sociales ; car dans les sociétés où se produit l’agglomération de villages, le village est le type d'habitat uniforme et presque exclusif (1) ; la ferme

isolée est une rareté (2), que l’on rencontre surtout

1. Cf. Sée. Les classes rurales et le régime domanial en France, p. 145-146. — Inama-Sternegg. Deutsche Witschaftspese 1,40. — Stubbs. ZJist. const. de l’Angleterre;

> OC. e

2. Elle existe dès les sociétés les plus simples, mais y est très rare. V. sur ces deux points : Spieth. Die Ewe-Stæmme, p. 49*, 53*, 366 (Togo). — Halkin. Quelques peuplades du district de l’Uelé, Mouvem. sociol. internat., mars 1907, p. 173-174 (Congo Belge). — Krause. Die Pueblo-Indianer, P. 46. — Briffaut. La cité annamite, 1909, p. 85-86 (dit même que la ferme isolée est absente, ce qui est peu vraisemblable). — Wallis. Biblical sociology, Amer. Journal of Sociology, XIV, janvier 1909, p. 506 (ancienne société juive). — Seebohm. The English Village community, p. 371: v. surtout l'étude de Vinogradoff. English Society in the eleventh century, p.267-268 (étude très complète de la morphologie sociale dans le Domesday), et Maitland. Domesday Book and Beyond, P. 15. — Lamprecht. L'état économique de la France au haut moyen âge, p.144. — Flach. Fundus, Villa et Village, Nouvelle Revue historique de droit, 1900, p. 385 sqq. (combat la théorie fantaisiste de Fustel de Coulanges qui allait jusqu'à nier l'existence des villages à l’époque franque et l’Origine historique de l'habitation, p. 36. 42. — Vinogradoff. Growth of the Manor, p. 147. — Maitland. Township and Borough, p. 23. — Inama-Sternegg lui-même, qui est partisan du système du hof, admet la prédominance ancienne du village chez les Francs ripuaires (Deutsche Wirtschaftsgeschichte, 1 43-45).

dans les montagnes (1). Cette circonstance spéciale mise à part, les propriétés du milieu physique sont trop variables suivant les lieux et les sociétés pour pouvoir rendre compte d’un effet d’une telle généralité (2) ; la cause n’en peut être qu'une propriété générale du milieu social.

Ce caractère essentiel est l’état de guerre, qui a agi successivement de deux façons. Tout d'abord il agit indirectement, en déterminant une forte organisation de la famille, qui, dans ces sociétés, vit en commun, donc tend naturellement au village. Les caractères du village, analogues à ceux du clan, témoignent d'ailleurs de cette filiation. Mais alors même que la 7oint-family s'est désagrégée, l’état de guerre travaille directement à rendre impossible la vie isolée. La fonction essentielle du village est une fonction de défense. Son origine même le démontre; il n'apparaît que dans les sociétés où la guerre devient fréquente (3); et les caractères mêmes de sa morphologie trahissent sa fonction. Sa forme

souvent ronde, l'irrégularité de son plan ont pour fin

1. Vinogradoff. Growth of the Manor., p.16 et English society, p. 264-265 (districts forestiers) ; Inama-Sternegg. Deutsche Wirtschaftsgeschicthe, X, 4x.

2. D'ailleurs, Vinogradoff (English society, p. 263) remarque qu'en ce qui concerne l'Angleterre les conditions physiques n’y étaient pas de nature à influer sur la distribution de la population : pas de montagnes, forêts existant à peu près partout, etc.

3. Voir en général sur cette origine et ce rôle du village : Gomme. The Village community, p. 148 (ce seraient les invasions qui auraient déterminé le resserrement des « tribus » en villages : d’abord pour des nécessités militaires, et aussi en déterminant ensuite une plus grande densité de la population). — Cf. pour l’Afrique : A. Vierkandt. Die Volksdichte im westlichen Central Afrika, dans F. Ratzel. Zur Gebirgskunde, etc. Leipzig, 1895, p. 164-166.

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