I. LE TYPE INDIFFÉRENCIÉ
ferme ont alors le même aspect distendu (1). 11 semble que les unités sociales tendent d’elles-mêmes à se repousser, et ne se groupent que contraintes, Mais ce morcellement résulte aussi directement d'un autre caractère des établissements : l'extrême faiblesse de leur dimension.(2) qui fait que, lors même que des nécessités pressantes amènent la constitution d’agglomérations plus vastes, comme sont les villes, elles s'organisent naturellement sous la forme d’une collection d’agglomérations minuscules. Ces deux propriétés vont nous permettre de remonter directement à la cause la plus générale du morcellement de la ville.
Elles ne sont en effet que deux expressions d’un même mécanisme causal. L'une et l’autre résultent de l'action croisée d’une tendance centrifuge et d’une tendance centripète. Toute agglomération, dans ces sociétés, est le fruit d’une contrainte externe, résultant elle-même soit d’une particularité du milieu physique, soit le plüs souvent d’un caractère du milieu social, l’état de guerre. Les établissements sociaux, et en particulier les villes, n’étant pas fonctionnellement diffé-
renciés du plat pays, ne recèlent en eux-mêmes aucune
1. V. Lamprecht. Etude sur l’état économique de la France au haut moyen-âge, p. 10-11. La ferme n’était pas concentrée en un point, mais était assez distendue et était peu distincte du village. Il invoque pour expliquer cela «la grande distance entre les seigneurs et les serfs » et le peu de développement de l’art de construire. De même dans chaque village, les villas qui le formaient constituaient chacune un tout séparé des autres et ceint de clôtures ; les terres cultivables étaient en partie autour même de la villa et ainsi le village était très disséminé (v. Grenier. Habitations gauloises et villas latines, P- 113-114).
2, Voir plus loin.
nécessité de concentration : ils tendent au contraire d'eux-mêmes à se dissoudre ; comme ils vivent de la terre, leurs éléments sont constamment incités à retourner à l’état dispersé. De là ce caractère disséminé, fragmenté, que présentent la ville et le village lui-même. On a vu que les formes successives prises par la ville, de la concentration temporaire à la concentration permanente, ne sont que des compromis entre ces deux tendances : la nécessité militaire, qui concentre, et la nécessité économique, qui disperse. À mesure que croît la nécessité de concentration, l’agglomération devient permanente ; mais même alors l’action de la force centrifuge se fait sentir comme de façon détournée ; elle ne peut plus empêcher l’existence de la ville, mais elle fait obstacle à son unité.
On comprend aisément par là comment, de cette lutte entre deux forces contraires peut résulter, soit l'extrême petilesse des établissements, soit le morcellement d'établissements plus considérables. Le premier effet se produit quand la tendance centrifuge est la plus forte : le second suppose au contraire une certaine prépondérance de la force centripète ; alors la force centrifuge ne peut plus empêcher des villes de se former, mais elle en détermine le sectionnement interne. Or, l’état de guerre va effectivement progressant à partir des sociétés les plus inférieures jusqu'aux sociétés de type féodal ; à mesure qu'il prend le pas sur les nécessités économiques on voit successivement se produire
les faits de concentration temporaire, puis des établisse-