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développement particulier ; comme les castes ellesmêmes, ils s’opposent localement (1).
Quant aux caractères d'ordre juridique, ils sont constitués par cette organisation qu'on désigne du nom de régime corporatif, et qu'ont revètue les métiers dans diverses sociétés spécialement dans nos sociétés européennes, mais aussi en Inde, en Chine et dans diverses civilisations antiques. L'influence de ce régime a été exagérée quant à son étendue ; mais, là où il existe, son action est certainement très efficace.
Le droit de la corporation imposait en effect directement, comme le droit de la ville, la localisation des métiers, et cela à la fois dans l'intérêt des producteurs et dans l'intérêt des consommateurs. En contraignant les gens d’une mème profession à travailler et dans le même lieu (2) on maintenait entre eux une concurrence
effective et surtout on rendait aisé le contrôle de leurs
1. V. sur le confinement de castes spécialisées dans des quartiers ou même dans des villages spéciaux. Hanoteau et Letourneux. La Kabylie et les coutumes Kabryles, t. 1, p.46. — Van- Gennep. Tabou et Tolémisme à Madagascar, p. 297-298. — Schurtz. Das Afrikanische Generbe. p. 43. — Steinmetz. Rechtsverhæltnisse von eingeborenen Volkern in Afrika und Ozeanien, 1903, p. 193-1794. — Senart. Les castes dans l’Inde, : 2. Déjà à Rome les gildes de métiers avaient au marché leur place fixée par l'autorité (Jordan. Topographie der Stadt Rom, 12, 338). C’est là une règle juridique très générale, qui a été bien étudiée pour Florence par Doren. Studien ans Florentiner Wirtschaftsgeschichte, 1, 58 sqq., IH, 613-621. — On va
uelquefois jusqu’à fixer le lieu où se feront certaines opérations techniques tenant à un métier déterminé : V. Zdekauer, Il constituto delta comune di Siena, p.329: « Ut lana vel coria non laventur in lavatoriis eltrogis comunis », et p. 330 : « De inveniendo loco ubi possint fieri piscine pro arte lane. » — De plus à cette obligation positive de localisation correspond Pinterdiction du travail non localisé, du «travail en chambre ».— Cf. Eberstadt. Dar franzæsische Gewerberecht, p.270-271.
produits par l'autorité publique (1). On ne peut pas nier que ces règlements aient été efficaces au moins tant qu'ils exprimaient les besoins réels et présents du groupe consommateur : alors ils pouvaient utilement renforcer les localisations déjà existantes à la fois en transformant des nécessités mécaniques en réalisations conscientes, et en leur donnant une sanction sociale.
Nous arrivons enfin aux causes les plus particulières quant à leur domaine d’action; ce sont les caractères spéciaux à certains métiers, qui naturellement ne travaillent à localiser que ces métiers, et les séparent de l’ensemble des autres. Ce sont d’abord des propriétés techniques des industries elles-mêmes : certaines activités, impliquant des états ou des mouvements qui apparaissent à la conscience collective sous un jour défa- : vorable, sont particulièrement méprisées, et ceux qui les exercent sont plus ou moins sévèrement tenus à l'écart. Cette indignité est souvent le fait de travaux particulièrement pénibles quant à l'effort qu'ils exigent
ou quant aux conditions d'hygiène où ils s’exercent.
1. V. Levasseur. Histoire des classes ouvrières, 1, 423, qui fait jouer à la surveillance des métiers le rôle essentiel. — Une ordonnance de 1408 s’exprime ainsi : «... chacun en sa Halle destinée pour son métier et marchandise,afin que toutes manières de gens qui vouldront avoir etacheter, puissent et doivent avoir meilleur marché, et plus grant facilité d’en avoir, et aussi que lesdites denrées puissent être vues et visitées plus aisément par les gardes desdits métiers..:» V. sur cette influence du contrôle des produits sur la localisation : Doren,Studien, 11, 617-618.—Lau. Entwicklungsg'eschichte der Stadt Kœln, p.291. — Ordonnances, 1V, 630 (1366) localisation des changes à Rouen : «... ne peuventestre si bien tenues et gardées les ordonnances faites sur le cours de nos Monnoyes, comme elles seroient se lesdits changes estoient l’un de lez l’autre », en conséquence on ordonne que « tous lesdits changeurs de laditte ville soient ensemble ».
D’autres fois ce n’est plus l’indignité de l’activité ellemême, mais celle de la classe ou de la race qui l’exerce et souvent la monopolise en fait, soit parce qu'elle l’a° importée dans la ville, soit en raison même du mépris où cette activité est tenue. qui détermine indirectement la localisation de cette activité, en déterminant la mise à l'écart du groupe dont elle est la propriété (1).
L'ensemble complexe de causes qui vient d’être reconstitué est fait, comme on voit, d'éléments de nature diverse ; les phénomènes qui concourent à la production de l'effet sont plus ou moins généraux; leur aire d'influence est plus ou moins étendue. Mais, parce qu'ils sont de nature diverse, ces éléments agissent aussi sur l'effet de façon diverse. Certains le déterminent directement, d’autres médiatement. Tantôt les causes immédiates, les caractères du métier, apparaissent comme des conséquences directes des caractères de la ville; tantôt les uns et les autres apparaissent comme des cas particuliers de propriétés générales des groupes sociaux et du milieu social lui-même.
3. Au Soudan, les Haoussa teinturiers ou forgerons ont leur quartier ou leur village à part et se marient entre eux : Binger. Du Niger au Golfe de Guinée, H, 16; (plan de Bondoukou). — Clozel. Dix ans à la Côte d'Ivoire, p. 201, p. 187-202. — Clozel et Villamur. Coutumes indigènes de la Côte d Ivoire, p. 35. — Dans les villes grecques les industries méprisées étaient exercées par les Phéniciens qui avaient leurs quartiers (Movers. Die Phænizier, 1V, 121). — À Thèbes et en Syrie, au moyen âge, la teinture était exercée par les Juifs (Heyd. Le colonie commerciali degli italiani, {, 139-169. — V. Doren. Studien aus Florentiner Wirischaftsgeschichte,
Il, 617.)
Mais certaines de ces causes sont, à d’autres points de vue encore, des causes générales. En premier lieu, certaines d’entre elles sont les mêmes qui localisent aussi les groupes à fonction indifférenciée, et déterminent la division locale de la ville indifférenciée ; ce sont surtout les caractères du milieu social externe et, notamment, sa morphologie. De plus, d'autres causes de localisation des méliers sont les mêmes qui séparent l’une de l’autre la partie différenciée et la partie indifférenciée de la ville : ce sont notamment les différences d’origine, d'âge et de fonction, quise retrouvent entre les métiers comme entre les régions de la ville. On voit par là comment, dans ces sociétés, certaines différences entre des groupes suffisent à les isoler ; les différences sociales apparaissent ainsi, dans certains milieux sociaux, comme particulièrement efficientes. Mais on voit aussi qu’abstraction faite de ces nécessités générales, la localisation des métiers urbains répondait à des nécessités à elle propres, où elle trou-
vait de suffisantes raisons d'être.