DÉCONCENTRATION DE L'INDUSTRIE
temps que ces éléments sont aussi d'origine de plus en plus lointaine (1). En même temps les bourgeois des villes vivent de plus en plus au dehors et au loin ; l'existence des bourgeois forains, vivant hors de la ville, d’abord prohibée comme contradictoire au caractère réel et territorial de celle-ci (2) devient un phénomène normal (3), et ainsi la ville se mue de plus en plus en une association personnelle.
IL est facile de voir comment cet accroissement de la mobilité sociale conditionnait la déconcentration de l'industrie urbaine. Il la conditionnait d'abord médiatement, en rendant possible la localisation générale des
industries, dont on mesurera l'influence; mais il la com-
raît ainsi très hétérogène, formée d'éléments venus des points les plus divers de la France. V. Hauser. Les compagnonnages à Dijon aux X VII et X VIII siècles, p. 35, 71-72.
he Bücher. Etudes d'histoire et d'économie politique,
L 2. On trouve encore cette prohibition à Nuremberg en 1449 (Schænland. Eine Randglosse zur mittelalterlichen Statistik, in Braun’s Archiv, II, 1890, p. 661) ; à Strasbourg en 1400 et 1461 (Eheberg. Wirtschaftsgeschichte der: Stadt Strassburg, 1, p. 62, 153) ; à Gand au x1v° siècle (Warnkænig. Histoire de Flandre, 11, 243 : et on déclare saisissables les biens des bourgeois non résidants (Gheldolf. Coutumes de la ville de Gand, 1, 621-622) ; à Bruges en 1548 on se contente de faire payer aux bourgeois forains un droit (G. van Severen. Coutumes de la ville de Bruges, II, 374-375).
3. A Courtrai dès 1388 on affranchit les bourgeois de l’obligation de résidence (Th. de Limburg-Stirum. Coutumes de la ville de Courtrai, 1905). — Cf. Pirenne. Histoire de Belgique, IL, 75 (er 1465 Ypres à des bourgeois éparpillés dans 157 localités). — Cf. sur ce développement de la bourgeoisie foraine : Inama-Sternegg. Deutsche Wi., I, 84-85. — Lamprecht. Zur Sozialstatistik der deutschen Stadt, Brauns Archiv, 1, p. 519- 521 (dit que la part la plus importante des bourgeois forains était constituée par les bourgeois du plat pays (Pfahlbürg'ern); à Francfort dès 1346 on trouve 145 de ces bourgeois habitant 53 villages. — Schmoller (Strasburg zur Zeit der Zunftkæmpfe, p. 34) dit que par là la ville devenait comme une araignée au milieu de sa toile et étendait de plus en plus son influence.
mandait aussi directement, en tant qu'il permettait à cette déconcentration d'atteindre un certain degré; ce n’est que dans une société ayant une certaine mobilité interne que les organes industriels peuvent sortir du cercle de la ville et s'étendre largement sur la région environnante (1); car cette extension de la base locale de l’industrie implique des mouvements des hommes et des produits de ou vers le centre, sans lesquels celuici ne peut jouer son rôle de centre. On a exposé comment l'élargissement des économies domaniales, faute d'une suffisante mobilité interne, aboutissait à une régression de la division interne des fonctions et à une multiplication des centres secondaires. La déconcentration locale qui nous occupe, au contraire, n'est pas une décentralisation ; elle implique la constitution et la conservation d'un centre différencié commandant tout le fonctionnement de l'organisme industriel.
Ainsi, le milieu social, dans la mesure où il agit directement, n’agit qu'à titre de condition ; il n’est cause que médiatement, en déterminant, dans l'organisme urbain et dans ses fonctions industrielles, l’apparition de carac-
tères nouveaux.
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La morphologie et la fonction de la vi//e prennent en
1. Chez nous le libretransport des métiers d’une ville à l’autre et d’une province à l’autre ne devint licite qu’en 1758 (Levasseur. Hist. des classes ouvrières, Il, 584).