I. DÉCONCENTRATION DE L'INDUSTRIE
effet, par contre-coup des changements généraux du milieu, des caractères particuliers qui nécessitent directement une déconcentration de ses fonctions indus-
trielles.
En premier lieu, l’espace urbain s'étend à mesure que croît la population du groupe urbain lui-même, à la fois par son développement naturel et surtout, à mesure qu'augmente la mobilité sociale, par afflux d’éléments venus du dehors. On a déjà fait voir comment ce simple fait suffit à déterminer une dissémination des métiers spécialisés à l’intérieur de la ville, en raison même de ce qu'ils sont en rapport direct avec les groupes consommateurs. C’est une répercussion d’une autre espèce qui détermine ici la dissémination des éléments de la nouvelle forme d'industrie. Celle-ci se caractérise par ces deux traits, qu’elle occupe une partie importante de la population de la ville (1) et qu’elle est dans la plupart de ses opérations une activité domestique; elle se déconcentre donc et s’étend avec la population même, et d'autant mieux que l’augmentation de population de la ville, qui force celle-ci à s'étendre et à développer sa périphérie, est pour partie l'effet du développement de l'industrie elle-même. Ce simple mécanisme suffit à
expliquer les cas où l’industrie s'est étendue à toute la
1. En raison de la spécialisation de la ville ; Cf. plus bas p. 257.
ville sans cependant en dépasser les limites, et sans émigrer au dehors.
En même temps qu’augmente le volume de la ville s’accroit son unité interne, Les groupes sociaux qui la composent, d'abord nettement séparés, se fondent peu à peu; la mobilité intra-urbaine s’accroit en même temps que la mobilité interurbaine (1). Or la déconcentration de l’industrie implique l'une comme l’autre ; la seconde lui permet d'atteindre une certaine étendue spatiale ; mais la première rend plus faciles les échanges et les mouvements de biens qu'implique le sectionnement de la production, spécialement le sectionnement que nous avons appelé discontinu ; le nombre des sections peut ainsi être plus considérable. Enfin la mobilité interne de la population urbaine rend plus aisés les changements du siège de l'organe industriel, les contractions et les extensions successives par où celui-ci s’adapte aux oscillations du volume de la fonction, qui caractérisent toute industrie localisée à fonction large.
Parallèlement à l'unification matérielle de la ville se
poursuit son wnificalion juridique. Celle-ci est encore
1. La morphologie tortueuse des anciennes villes suffisait déjà à rendre difficiles les mouvements à leur intérieur : mais entre les villes et les faubourgs les communications se multiplient : on abat les murs séparant les diverses parties de la ville (v. déjà Gilbert. Geschichte und Topographie der Stadt Rom, HI, 47) et les portes, qui relient la ville aux faubourgs deviennent plus nombreuses (Reinhard. Seehandelsstœædte, p.59) et des rues communes se forment joignant les diverses parties dela ville (Reinhard, tbid. —. Cf. Ratzel. Die geogr. Lag'e der grossen Stæœdte,in Xleine Schriften, K, 445- 446 : l'agrandissement de la ville crée le besoin de rues transversales et diagonales créant des communications directes entre des points de la ville éloignés les uns des autres,
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plus efficace, et conduit à la déconcentration de l’industrie par des voies plus complexes. Le droit des deux parties de la ville différenciée était aussi différent que leur composition sociale ; mais à mesure qu’elle se développe et se complique, et que de nouveaux faubourgs viennent s'agréger aux anciens, l'autonomie juridique des différentes parties de la ville s’efface (1) comme leur séparation économique. D'où deux catégories de conséquences.
L. — Jusque-là les faubourgs, formant des unités juridiques distinctes, avaient leurs métiers spéciaux et leurs corporations spéciales ; ils constituaient des économies relativement fermées, et vivaient à part de la ville. La disparition de leur autonomie juridique a pour effet d'étendre aux faubourgs la police industrielle de
la ville, et surtout celle des métiers de la ville (2) :
1. Les divisions internes de la ville elle-même fusionnent matériellement et s’organisent en une unité juridique : Inama- Sternegg. Deutsche Wirtchafisgeschichte, K, 94-96, 104-105. — Maurer. Stædteverfassung, 1, 474 sq. — Surtout, les faubourgs sont agrégés juridiquement à la ville. Déjà à Rome le droit dela ville s’étend peu à peu à eux (Karlowa. Zntrapomærium und extra pomærium, p. 52-54. — Merlin. L’Aventin dans l’Antiquité, p. 252-253. — Gilbert. Geschichte und Topographie der Stadt Rom. II, 5-8). — Au moyen âge les territoires des faubourgs et abbayes sont aussi peu à peu englobés dans le droit de la ville en même temps que dans son enceinte : Warnkœnig. Histoire de Flandre, I, 223 sq. — Cf. De la Mare. Traité de la Police, IV, 413-415, qui dit que « Charles V est le premier qui a fait l’anion des fauxbourgs avec la ville (Paris),
ui étoient auparavant deux parties distinctes et séparées par état » : c’est depuis ce temps que les gens des faubourgs ont tous les privilèges des bourgeois de Paris, et sont soumis au même droit. La Coutume de Paris fournit de nombreux exemles de cette assimilation ; c’est ainsi que, dans la ville et les aubourgs, on peut contraindre son voisin à faire mur de clôture, alors qu’on ne le peut « aux champs » (art. 209-210).
2. V.De la Mare. Traité de la Police, ÏI, 215 : édit qui incor-
ceux-ci tendaient par là à perdre leur caractère local et à étendre aux faubourgs leur fonction en même temps que leur juridiction ; et ainsi se constituaient des industries à fonction plus large, travaillant pour tout l’ensemble de la vilie et des faubourgs. Après s'être restreinte à la ville, la fonction des industries urbaines sort de nouveau de celle-ci et s'étend aux faubourgs eux-mêmes. Or, cette expansion de la fonction préparait celle de l'organe ; car il en résultait directement et par simple inversion, queles artisans des faubourgs pouvaient désormais travailler dans (1) et surtout pour la ville proprement dite, chose qui jusqu'alors était impossible en droit, sinon en fait ; et ainsi devenait possible une certaine solidarité économique entre les faubourgs industriels et la ville, qui permettait à celle-ci de se muer partiellement en centre commercial. Là même où les faubourgs n'étaient point déjà des centres industriels élémentaires, leur compréhension dans le cercle juridique de la ville rendait possible d’y établir des industries, fonctionnant pour tout l’ensemble urbain ; car par là la contrainte de ville (S/adtziwang) voyait sa limite pore tous les artisans des faubourgs aux communautés de la ville (1673), sauf les boulangers. — Cf. Eberstadi. Das franzæœsische Gewerberecht, p. 259-292 ; les corporations cherchent même à étendre leur police à la banlieue rurale : à Troyes en 1377, les drapiers réclament le droit de visiter ceux qui font de la draperie & à deux lieues environ la ville».
1. Inama-Sternegg. Deutsche Wirtschafisgeschichte, 1, 321 note 2 (permission aux artisans des abbayes d'habiter la ville). — Eberstadt. Das franzæsische Gewerberecht, p. 351- 353, édit de 1581 permettant aux maitres des faubourgs sous certaines conditions de travaiiler dans les villes. Cependant encore en 1682 et 1684, on défend aux boulangers des fau-
bourgs, même reçus à la maîtrise, de s'installer et d'exercer dans la ville. (De la Mare. Traité de la Police, IL, p.215.)