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Ch. Poirson. Histoire de Henri IV

LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE

gens de la condition la plus obscure, dès qu’ils ont gagné quelque argent, ne comprennent ’plus que l’on puisse aller à pied d’un quartier de la ville à l’autre et loüent des carrosses pour se faire conduire à leurs visites; d’autres, en assez grand nombre, ont, chez eux, des carrosses, ce qui a fait dire, avec raison, à un célèbre académicien du dernier siècle « que les Empereurs n’ont jamais triomphé à Rome « si mollement, si commodément contre le vent, lapluye, la poudre, « le soleil, que le Bourgeois sçait à Paris, se faire menerpar toute la ville... 1 »

Lettre amère, aux paroles souvent mordantes d’ironie, mais bien philosophique et si finement railleuse des mœurs de son temps! 11 suffit de quelques lignes à l’auteur pour nous faire passer de l’indigence de l’époque de Henri IV à l’abondance locomotrice du règne de Louis XIV.

Henri IV, roi voluptueux et marié à une Médicis, ne posséda longtemps qu’un seul carrosse. « Je ne s'çaurois vous aller voir aujourd’hui, parce que ma femme se sert de ma coche », écrivaitil à Sully.

En 4608, à l’entrée à Paris de don Pierre de Tolède, ambassadeur d’Espagne à la cour de Henri IV, il n’y eut que deux de ces véhicules nouveaux. « On remarquera en passant, dit encore Sauvai cité par Ramée2, que c’est la première fois qu’ils montèrent en carrosse pour cette cérémonie (les officiers qui allèrent au-devant de l’ambassadeur) et que ce n’est qu’en ce temps-là qu’on commença à s’en servir. »

Ces carrosses étaient primitifs, non suspendus et armés d’essieux fixes. Le train de devant ne tournait pas sur pivot comme celui de nos vulgaires fiacres modernes. Le carrosse dans lequel Henri IV fut assassiné était de ce modèle et fermé par derrière. « On élargit la rue Saint-Honoré, du côté de celle de la Ferronnerie. La chaussée est toutefois tellement resserrée encore, écrit Louft3, que si deux voitures se croisent, l’une d’elles est obligée de s’arrêter, afin de laisser aux piétons le moyen de s’abriter. C’est ce qui arriva au carrosse royal se rendant à l’Arsenal pour rendre visite au duc de Sully. Le 14 mai 1610, poursuit l’auteur, il rencontre un chariot de foin derrière le cimetière des Saints-Innocents. En voyant cet embarras les valets de pied prennent le parti d’entrer sous les gale-

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