‹ La locomotion à travers l'histoire et les moeursChapitre 119 sur 247 · Journal de Henri III. par L’Estoile, p. 139 et · texte numérisé non relu

Journal de Henri III. par L’Estoile, p. 139 et

LES CARROSSES DU GRAND SIÈCLE

Ainsi les Rois donnent l’exemple du train de fête le moins refréné. Le goût des réjouissances et des festins de toutes sortes ajoute au débordement des équipages. Les pamphlets, les historiettes, les comédies de toutes sortes pleuvent diu comme grêle sur les possesseurs de coches1.

Tallemant des Réaux commence à écrire ses piquantes Historiettes2; un anonyme publie à Rouen, en 1620, un petit in-8° sur F « Honnêteté des hauts de chausse, pourpoincts et casaques débordées \> où les carrosses, que l’auteur appelle déjà des phaétons, sont maltraités en raison de leur luxe indécent3 ; un gentilhomme virois, Thomas Sonnet, sieur de Courval, publie de nombreuses satires « contre les mauvaises mœurs4 », dédiées à la reine, mère du Roy. Ce dernier surtout, est amusant. Écoutez-le :

Ce n’est encore rien, ces riches financières Ne sortent du logis qu’en carrosse ou litière,

Carrosses estoffez de velours façonné,

De satin ou damas par chiffres fleuronné,

D’incarnat, jaune, vert orengé, bleu-céleste,

Ou quelque autre couleur que Madame souhaitte ;

Leur bois très bien doré d’un or fin rayonnant.

Les pages et laquais qui vont l’accompagnant Pour mes dames servir, hausser, baisser, portières,

Sont vestus des couleurs de ces déesses fières.

Ces superbes Junons, qui n’osans se gesner Dedans ces chars dorez se font toujours traîner,

Car, cheminans à pied, en dames de boutiques,

Elles pourroient gaster leurs patins magnifiques.

1. Coach en anglais, kulsche en allemand, dit A. Ramée; ce nom de kutsche pour un carrosse vient lui-même du hongrois. Dans le Glossaire gothique de Jean Ihre, kush est un cocher, mais ce mot semble propre à une voiture elle-même. La personne, dit-il, qui conduit une voiture est nommée coachmann en anglais, cocher en français, et nous disons kusk. Nous ajouterons qu’en allemand on dit kutscher. Au reste, dit-il, il est difficile de déterminer d’où ce mot est dérivé, parce que nous ne savons pas où ces carrosses fermés furent inventés. Ménage le fait venir du latin, et par un dérivé forcé, de vehiculum; Junius le dérive en plus droite ligne de ôxéw, porter. Wacher croit qu’il dérive du mot allemand lcutten, couvrir ; et Lye du mot belge koetsen, de s’étendre, ce mot signifiant proprement une couche ou une chaise. Dans sa Relation de la guerre en Allemagne, 1617 et 1645, Hortleder dit que l’empereur Charles V dormait dans une gutsche hongroise, à cause de la goutte dont il était atteint. Il y a donc toute apparence que le mot de coche, dont on sé servait dès lexvi8 siècle pour indiquer un carrosse, vient du mot allemand kutsche, qui lui-même dérive du hongrois.

2. Tallemant des Réaux. Les Historiettes, publiées par MM. de Monmerqué et Paulin. Paris, Techener, 1855.

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