Racinet. Les Costumes historiques
LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE
les drapeaux des cités : Groningue, Over-Yssel, Wuytrecht,
Malines, Salins, Frise, Marquisat du Saint-Empire; trois hérauts d’armes; Charolais, Zeitphen, Namur, Zélande, Hollande, Haynau, Tyrol, Bourgogne, Comté, Artois, Flandre, Halsburg; trois hérauts d’armes; Wirthemburg, Geldria, Luxembourg, Carniola, jBrabant, Bourgogne, etc.; un héraut d’armes; Autriche suivie de l’aide du premier fourrier de l’écurie donnant ordre, etc. Enfin le noble chariot de mémoire.
Ce chariot affectait la forme d’une nef roulante, posée sur quatre roues et construite exprès pour les funérailles. Le chariot qui reposait sur cette nef avait une armature de fer et était d’un poids de 800 livres. 11 était fabriqué de bois d’orme, de frêne et de chêne, recouvert de bois de Dennemardre. Les ornements taillés en relief en étaient de fin or. C’était un char allégorique, traîné par six chevaux montés par des jeunes gens représentant, sous des costumes féminins, les qualités ou les vertus au goût du jour : Bonté, Noblesse, Amour de la Vertu, Prudence, Baison « les habits et manteau troussés ». Les chevaux de ce dernier groupe étaient couverts d’une surselle ou valdrapp en satin blanc brodée à grands feuillages de drap d’or, remplie par en bas, de flocons de soie rouge et or; les rênes et brides étaient enchaînés à la romaine. Empanachement général blanc et rouge. Quant à la figure assise sur le char, c’était une Gloire sculptée, articulée, de proportions colossales. Cette Gloire était habillée de blanc. De l’avant du navire jusqu’au milieu, des étendards étaient posés sur un autel avec les attributs de la souveraineté : les couronnes de Hongrie et de Bohême, le sceptre, etc. Le chariot de mémoire , escorté de hallebardiers, le fer haut, était suivi, à pied, par le premier cocher et le garde des harnais de l’écurie, à la tête de six cochers et de six palefreniers. Le cercueil disparaissait sous un baldaquin à huit montants : dix seigneurs de la chambre en portaient les montants; huit seigneurs et magistrats soutenaient le dais. Rien n’exprimerait une pompe aussi solennelle.
Un aussi brillant déploiement de luxe se répétait chaque fois que mourait un prince de sang royal.
Parfois même, on donnait au peuple le spectacle de funérailles imaginaires. Telles sont celles de Charles-Quint, mort au monastère de Saint-Just en Espagne, et faites à Bruxelles. Le plus souvent, une pièce montée avec un apparat extraordinaire, du caractère de ce chariot de mémoire qui figura aux obsèques du prince Albert d’Autriche, devenait la grande attraction de la cérémonie. Le sym-
LES CARROSSES DU GRAND SIÈCLE
bolisme du Navire-effigie inauguré à la cérémonie de Bruxelles n’est pas sans une certaine grandeur. Il figure bien la représentation du vaisseau, ballotté par la tempête et qui, enfin, arrive au port selon l’idée chrétienne.
Le cérémonial funèbre variait évidemment suivant le degré de noblesse du défunt. Dans la plupart des pays d’Europe, au xvne siècle le cortège ne cessa jamais d’être majestueux et riche *.
L’apparat n’acquit cependant jamais une telle splendeur et ne devint aussi coûteux qu’à la cour de Louis XIV.
Pour ce prince, une victoire, une réception d’ambassadeur, le départ pour l’une de ses plus magnifiques solitudes d’été, Marly, Versailles ou Saint-Germain, devenait prétexte à comédie, à ballet, à carrousel, à illuminations éblouissantes. Le jeu des bagues, qu’il institua à Trianon, y attira toute la cour. Un libraire qui vendait, dit Challamel « les emblèmes et devises du roi, des princes et seigneurs qui l’accompagnèrent en la calvacade royale et course de bague que Sa Majesté lit au Palais-Cardinal, 1656 2 » nous a laissé de précieux renseignements sur ces amusements dignes du faste extravagant des Empereurs byzantins.
Le plus souvent les fêtes militaires accompagnaient de Lleur fracas ces solennités aimables. Depuis la mort de Henri II, les carrousels avaient été substitués aux tournois. Sa Majesté en donna un magnifique à Paris en 1662, devant les Tuileries, en l’honneur de Mlle de La Vallière; un autre eut lieu à Versailles en 1664, encore pour le plaisir de la favorite. C’est cette année-là que Louis XIV ordonna la fameuse, l’incomparable « fête des sept jours » dont les mémoires des chroniqueurs n’ont cessé de parler comme de l’une des plus fabuleuses cérémonies qu’on ait vues jamais au monde. Par la représentation des Plaisirs de l'ile enchantée à laquelle contribuèrent les pièces d’occasion écrites par Molière et Benserade la fête ne manqua point d’un cachet artistique raffiné. « Le roi vint de Paris à Versailles, dit Voltaire 3, avec la cour composée de six cents personnes. Il y eut d’abord une espèce de carnaval. Ceux qui devaient courir parurent les premiers comme dans une revue ; ils étaient précédés de hérauts d’armes, de pages, d’écuyers, qui portaient leurs devises et leurs boucliers; dessus ces boucliers étaient écrits, en
1. Voir dans un livre publié à Amsterdam, en 1651, par N. Van Ravesteyn, dessiné par P. Post et gravé par P. Noise, la description des funérailles du stathouder Fkédérïc Henri Friso, mort à La Haye, en 1647.