LES PREMIÈRES DILIGENCES. — • LA LOCOMOTION SOUS LA RÉVOLUTION, ETC
ne influence décisive sur les destinées du xvme siècle qu’il lui appartint d’ouvrir fut exercée par le règne de Louis XIV, grâce à la multiplicité des œuvres où il lui arriva de briller. — La vie publique, devenue plus élégante, plus raffinée, d’une frivolité à la fois choisie et délicate, ne tarda pas à rechercher, dans les plaisirs comme dans les travaux, les moyens les plus faciles de modifier le courant ordinaire. Le clergé, la noblesse étalèrent le luxe le plus opulent dans leurs équipages et dans leurs atours; les .bourgeois riches eux-mêmes ne tardèrent point à rivaliser avec la noblesse. Plusieurs poussèrent le luxe jusqu’à tenir table ouverte aux ducs et aux prélats1. Molière n’a-t-il
1. Mathurin Savary, ancien marchand, demeurant rue des Jeûneurs, reçut les plus grands seigneurs, entre autres le duc de Vendôme. Quelques rimes de l’époque en donnaient la raison :
Ma maison est petite : mais C’est une maison de débauche.
On y boit toujours du vin frais ;
* Ma maison est petite, mais
On y mange de bons poulets...
(Voir Challamel.)
LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE
pas dépeint, en M. Jourdain, le type le plus délicieux du Bourgeois gentilhomme ? Dans les Précieuses ridicules n’a- t-il pas tracé la pre1mière silhouette de celte élégante recherchée et prétentieuse, d'une éducation si experte aux choses de la mode, du beau langage et de l’impudicité? Le premier n’a-t-il pas averti le monde de ce règne nouveau de la coquette, de cette « puissance » féminine que la Révolution elle-même ne détruirait pas et qui devait reparaître un jour sous le nom de « merveilleuse » et d’ « incroyable » ?
La scène YII des Précieuses ne nous est pas seulement un enseignement historique au sujet des mœurs. Elle en est un aussi au sujet de la locomotion. La dispute entre Mascarille et les deux porteurs, au sujet du paiement de la chaise, est d’un réalisme empreint de la plus fine satire.
Les plaintes de Mascarille : « Holà, porteurs, holà! là, là, là, là, là, là; je pense que ces marauds-là ont dessein de me briser à force de heurter contre les murailles et les pavés... » ne manque point de nous renseigner sur le mauvais état des chemins et sur la difficulté qu’il y avait à voyager en chaise dans les rues de Paris. Les élégants ne se rendent jamais autrement en visite.' Cela est moins dispendieux que le carrosse et permet d’arriver au rendez-vous avec des bottes propres et des chausses en état. Comment voulez-vous qu’un homme crotté et ses dentelles souillées de boue, puisse pénétrer chez Cathos dans un appareil sordide ! « Ma commune, n’eût pas manqué de dire celle-ci, allez quérir mon zéphir dans mon prétieux que je me voile la face » (ma servante, allez chercher mon éventail dans mon cabinet que je cache ma honte). Et c’en eût été fait de son poulet, de son poème passionné, de son ardente déclaration d’amour. Un homme de qualité peut-il aimer Cathos avec des souliers sales?
Les Précieuses accueillirent avec faveur l’usage des chaises à porteurs. Ninon de Lenclos en adopta l’usage, et, après elle, bien des princesses, bien des présidentes, bien des huppées bourgeoises. Nous apprenons, en effet, par le Grand Dictionnaire des Prétieuses ou la clé de la langue des ruelles que les jours de pluie, si la grande dame ne montait pas dans un « assemblage de quatre corniches 1 », elle prenait une chaise, « admirable retranchement contre les insultes de la boue et du mauvais temps », menée par des « mulets baptisés2». Au Bois de Boulogne, à la promenade de Longchamps.