FAUTEUIL ROULANT. — XVIII" SIÈCLE
mière heure; 24 sols pour les heures suivantes, tant de jour que de nuit.
Le bureau des Brouettes était situé rue du Temple, vis-à-vis de la rue Portefoin.
Celui des Chaises à porteurs, rue du Mail.
Lorsqu’on sortait de la ville, il était convenu que la nourriture des chevaux, lorsqu’il s’agissait d’un carrosse, devenait à la charge du voyageur. Le bureau des Carrosses de place et de Fiacres demeura, durant les règnes de Louis XV et de Louis XVI, situé rue du faubourg Saint-Denis chez Dussaussoy1.
Le développement d’une locomotion aussi multiple, les message-
1. Le bureau général des carrosses de place, voitures des environs de Paris à cinq lieues à la ronde, et messageries réunies, est situé rue du faubourg Saint-Denis ( L’Almanach du voyageur).
LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE
ries, les postes eussent dû inciter le secrétaire d’État à reprendre la tâche de Colbert et à continuer l’embellissement et la réparation des ponts et chaussées. Malheureusement, l’indifférence seule résulta de l’abandon de l’Etat. Les rues de Paris elles-mêmes devinrent impraticables. « Et à propos d’Paris, dit le chansonnier français1, j’y allons bientôt arriver, il faut s’sou tenir sur le pavé, car on dit qu’il n’est pas trop bon, et surtout prendre garde de tomber dans les trous d’là rue Saint-Honoré, ils sont dangereux; on ne sçauroit y abandonner son bidet sans risque. Iloé, hoé!... » Moins canaille et plus pratique, le célèbre Réaumur imagina « un moyen de mettre les Carrosses et les Brelines en état de passer par les chemins plus étroits que les chemins ordinaires et de se tirer plus aisément des ornières profondes2 ». Ecoutez, de la bouche du savant, le récit qu’il a lui-même donné de son invention : « Dans un voyage que je fis l’an dernier, en bas Poitou, l’essieu des petites Rouës de ma Breline étoit continuellement accroché; pendant plus de dix lieues de traverse il me falloit d’instant en instant faire élargir le chemin : je n’avançois qu’avec le secours de pionniers. Ces sortes de chemins sont creux, leurs bords sont en talus ; les charrettes y passent aisément parce que l’Essieu de leurs roues est assez élevé; il rencontre, comme il en a besoin, une voye beaucoup plus large que celle des petites. Les Essieux des grandes roues de Carrosse et de Breline y passent avec la même, facilité; mais les essieux des petites Roues se trouvent arrêtés, s’ils se présentent à une hauteur où le chemin est plus étroit. » « Au voyage suivant, dit le comte de Contades3, Réaumur fit raccourcir les essieux des petites roues de sa breline, en retranchant quatre pouces et demi à la partie saillante extérieure à la voiture et un demi-pouce de l’autre côté. Il en sentit tout l’avantage, et passa sans être accroché parles mêmes chemins, où, la saison précédente, il l’était à chaque instant. » Il ne faut cèpendant point se montrer injuste envers les intendants de Louis XY. Et il importe de dire, impartialement, que, grâce à leur activité et malgré les pamphlets et chansons de tous genres, ils dotèrent le royaume de cinq ou six mille lieues de routes nouvelles. Si l’on en juge par l’état des voies sous Louis XIV, ce chiffre est éloquent. Les premiers, les inten-
1. Le Chansonnier français ou recueil des chansons airiettes, vaudevilles et autres couplets choisis, avec les airs notés à la fin de chaque recueil. Paris, 1763).
2. Publié par René^Antoine-Ferchault de Réaumur, dans les Mémoires de l’Académie royale des Sciences, à la date du 21 janvier 1721.
3. Comte G. de Contades. Le Driving en France (1547-1896). Paris, Rouquette, 1898.
AU COURS DU XVIIIe SIÈCLE.
dants de Champagne et d’Alsace essayèrent d’appliquer les corvées à ce travail. L’administration centrale elle-même se réveilla et veilla à ce qu’on redressât l’alignement des grands chemins, à ce qu’on les élargît, à ce qu’on les plantât d’arbres. La main habile de Choiseul dut étendre son activité à ces travaux devenus nécessaires. La largeur des routes, ainsi que la manière de les boiser, furent déterminées exactement par les ordonnances 1 . Presque partout on installa des bornes milliaires. Du bon entretien des routes, résulta l’accroissement du régime postal. Le gouvernement de Louis XV en arriva à réaliser d’énormes bénéfices, soit environ et par année neuf cent mille livres. Toutefois, le débordement des travaux nécessita, en 1775, la séparation des messageries et diligences de la ferme générale des postes 2. La bonne administration de Turgot permit à Louis XVI de prêter son concours à l’exploitation de routes plus larges et plus nombreuses. Les voyageurs, malgré tant de soins, ne furent sans doute pas suffisamment satisfaits, des brocards poursuivirent le ministre3.
C’était injuste.
Mais déjà les esprits étaient en effervescence. Les idées allaient
1. Voir Ordonnance des trésoriers de France, du 15 juillet 1766. Coll. Walker. — Ordonnance du bureau des finances, du 2 août 1774, idem.