‹ La locomotion à travers l'histoire et les moeursChapitre 151 sur 247 · VOITURE DE PROMENADE LOUIS XV · texte numérisé non relu

VOITURE DE PROMENADE LOUIS XV

se fait jour, à travers laquelle l’esprit frondeur, sceptique déjà, un peu cruel des Encyclopédistes, apparaît.

Après Y Origine des cabriolets , c’est l’opuscule attribué à l’abbé Cohier : le Cabriolet brisé ou les Courtauds humides , publié sans nom d’auteur et illustré d’une planche :

C’est Y Almanach du Cabriolet , avec un Pot-Pourri en Vaudeville sur des airs choisis et connus, pour la présente année 1736 (par M*** A. Paris. C.-P. Gueffier), où se trouve cet acrostiche intitulé Éloge du cabriolet , dont nous donnons ici, bien qu’il soit plus pittoresque que génial, la reproduction :

n’est du cabriolet que naît le vrai bonheur, l>ux champs comme à la ville il conduit la fortune, coannit de tous les cœurs la tristesse importune, tsend au vieillard cassé sa première vigueur, i — irrite les désirs d’une folle jeunesse,

O uvre à la volupté le chemin le plus doux ; ne sage en fait son char, de même que les Foux,

Ht par son vol léger imite la tendresse Hant en règne à présent et surtout parmi nous.

les fonctions de cocher; mais il faut qu’il ait le chapeau à l’écuyère, c’est-à-dire une longue corne par devant et le bouton par derrière, le gant gris, la manche de l’habit en botte étroite, et le fouet à la main. Ce n’est qu’après des changements infinis que les sages du boulevard sont parvenus à donner au goût ce point de perfection. Depuis ce

Cet Almanach du cabriolet , qu’orne un frontispice allégorique, abonde en poésies légères sur le véhicule qui faisait alors « plus de tapage que Phaéton » et dont l’origine se trouve expliqué de la sorte :

Cabriolet, ce nom est drôle,

Son origine, s’il-vous-plaît ;

D’un T, mis après cabriole On en a fait cabriolet.

Des conseils y sont donnés au M. de Pourceaugnac tout fraîchement arrivé de province :

D’un cabriolet fais l’achat,

C’est la voiture à la mode.

A l’adresse des amants que la voiture incomparable conduit vers Cythère, cet aimable pot-pourri :

Du français c’est l’image,

Par sa légèreté.

Ce brillant équipage Plaît par sa nouveauté ;

Il est si fort en mode,

Ce char colifichet,

Qu’enfin tout s’accommode A la cabriolet.

C’est Het Pompadoure en cabriolette leeven , of de quintessence der mode, ged-roomd door en veritabel Hollander, Tweede druek1.

C’est, au cours du Journal de Paris2, de nombreux articles de

temps tout est cabriolet. Frisures, coiffures, ajustements, perruques, tout prend le goût du cabriolet. Bientôt toute la ville aura des cabriolets. Voilà, madame, les sublimes occupations des génies de Paris. » (Ouvrage signalé dans l 'Histoire des livres populaires ou la littérature du colportage, etc., par Charles Nisard. Paris, Amyot, éditeur, 8, rue de la Paix, 1854.

1. La vie à la Pompadour et en cabriolet, ou la quintessence de la mode, rêvée par un véritable Hollandais. La Haye, H. Bakhuysèn, in-16, 147 p.

2. Premier journal français quotidien fondé en 1777, par Corancez-Disseux et Cadet. Le 15 juillet 1785, le Journal de Paris publia une lettre au cours de laquelle il était dit : « Vous avez rapporté, dans votre feuille d’hier, un accident causé par les cabriolets. Cette voiture, image de la légèreté françoise, est si multipliée, sa marche est si rapide, ses conducteurs sont si pressés, qu’il est presque impossible qu’elle ne froisse, au moins de temps en temps, quelque malencontreux. Elle arrive sur les pauvres passants comme la foudre... Je voudrois donc que, pour avertir de leur marche, on attachât une sonnette au cheval qui conduit, ou, pour mieux dire, qui emporte ces voitures. 11 faudrait que cette sonnette fût assez retentissante pour être entendue de loin par les malheureux qui, chargés de fardeaux et se traînant avec peine dans les rues, ne peuvent guère se prêter à toutes les évolutions qu’exige, des passants, la rapidité de ces voitures, qui se croisent en tous sens. »

Le 11 octobre 1785, c’est, cette fois, un piéton, qui adresse, dans les colonnes du Journal de Paris, ses doléances au cabriolet : « Je vois avec quelque peine les plaintes frivoles qui vous sont assez souvent adressées contre les cabriolets par quelques malheu-

LA LOCOMOTION DANS L'HISTOIRE

Driving où le très illustre cabriolet, tantôt louange, tantôt attaqué, se voit, comme les premiers fiacres sous Louis XIV, devenu l’objet des polémiques les plus vives.

C’est un article du Tableau de Paris, de Mercier, où il est parlé des Whiskis, « hautes voitures (de la forme des cabriolets) imitées des Anglais. Elles sont sur le pavé de Paris, incommodes, meurtrières, dangereuses, même pour celui qui les mène ; car elles

Page 1