LA DILIGENCE. — LES CHAISES DE POSTE
ans nos conversations modernes et dans les j ugements que no us portons sur les époques passées, nous ne manquons jamais de citer la diligence comme l’exemple le plus pittoresque du vieux système de locomotion. — La diligence, au même titre que le parapluie du roi Louis-Philippe ou que les cravates de M. Prudhomme, figure en i bonne place dans l'amusant musée, bien qu’un peu mélancolique, des choses démodées. La diligence mérite pourtant mieux que nos ironies. Le pittoresque de sa forme primitive, la lourdeur de sa marche hésitante, le cahotement de son allure un peu poussive en ont fait l’un des véhicules les plus curieux et les plus décoratifs de l’ancien régime.
Impossible de citer les diligences sans penser aussitôt aux voyages interminables sur les longues routes provinciales, au tête-à-tête prolongé dans le vis-à-vis des mêmes personnes pendant des lieues et pendant des jours, aux hôtelleries accueillantes où il fait bon s’arrê-
ter pour la Dînée aux relais attendus, aux montées à pied, aux postillons dont les grelots sonnent joyeusement à travers plaine.
Si les voyages en diligence n’offraient pas tout le confort et toutes les facilités des modernes chemins de fer, par contre quelles surprises ils réservaient aux chercheurs et aux artistes impatients de rencontres imprévues et de scènes d’observation! — Un cheval qui tombe et se couronne, une bourrasque de pluie qui vient s’engouffrer sous la capote aux bagages, le chant sonore du conducteur, combien tout cela ajoutait à l’intérêt de la route et combien sont mornes aujourd’hui les trajets en chemins de fer à-côté de ces homériques étapes si accidentées, si amusantes, si empreintes de rencontres et d’anècdotes piquantes ou drôles.
Depuis les héros d’IIonoré de Balzac jusqu’à la « Boule de Suif » de Guy de Maupassant il n’est point de personnage romanesque qui n’ait été mis en scène dans ces véhicules de jadis!
L’histoire des diligences derrière la diligence.
est intimement liée à celle d>après une caricature de iszo.
des personnages de toute
sorte dont l’odyssée ravit nos aïeux. La diligence avait un caractère particulier que m’eurent et que n’auront jamais les autres voitures publiques. Entre les carrosses à cinq sols du duc de Roannès et les tout modernes omnibus, délices de Victor Hugo, la diligence se place comme une intermédiaire capricieuse et utile, comme le vestige d’une époque mouvementée et terrible, guerrière et amoureuse comme celle qui va de la Révolution de 1789 à la Révolution de 1830.
Au commencement du xvie siècle, les diligences qui n’avaient qu’un service public, desservent, vers la fin du xvn° siècle, la plupart des villes principales du royaume. Leur trajet est interminable, et il leur faut douze jours pour aller de Paris, hôtel de Pomponne, rue de la Verrerie, jusqu’à Strasbourg.
C’est en 1775 que les messageries royales s’établissent rue Notre- Dame-des-Vîctoires.
Le 30 floréal an XIII (1805), un décret impérial concernant les
DE LA RÉVOLUTION A NOS JOURS
entrepreneurs de diligences ou messageries qui voudraient employer des chevaux de poste est signé par Napoléon au palais de Milan.
Les diligences, successivement nommées royales, puis nationales, sont devenues « diligences impériales ». Les « turgottines » des messageries, qui, somme toute, ne sont qu’une variante des premières diligences publiques, reprirent leur véritable nom vers 1818 *.
Alors apparurent les véritables diligences classiques, celles dont le Charivari et les journaux amusants de l’époque nous ont transmis l’image rebondie et pesante. Ces diligences de la Restauration sont les plus célèbres de toutes, celles qui acquirent le plus de réputation