‹ La locomotion à travers l'histoire et les moeursChapitre 167 sur 247 · CALÈCHE PREMIER EMPIRE · texte numérisé non relu

CALÈCHE PREMIER EMPIRE

coce et frappées par un impardonnable refroidissement, ne manquaient pas de descendre de bonne heure au tombeau.

En hiver surtout cette mortalité redoublait.

Les plus jeunes et les plus captivantes fleurs étaient moissonnées dès leur éveil : la séduisante Mme de Noailles mourut à 19 ans, au sortir d’un bal ; M"e de Juigné fut frappée à 1 8 ans ; MUe Chaptal à 16 ; la princesse Tusaïkin, une délicieuse adolescente, tomba congestionnée au sortir d’un bal de Saint-Pétersbourg, saisie par le froid glacial de la soirée (elle avait 17 ans!).

L’excès des modes légères, s’il était un délice aux yeux des amoureux de belles formes, donna bien du mal aux médecins. On ne peut savoir, en admirant les dessins et les peintures de Prud’hon, tout ce que firent couler de larmes et s’éteindre de vies ces modes peu faites pour nos climats. Les élégantes poussaient souvent à l’excès la galanterie de leur parure; souvent la robe, fendue sur le côté, s’ouvrait sur la jambe nue; les seins n’étaient, le plus souvent, qu’à

LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE

peine emprisonnés par une gaine de gaze, les laissant' transparaître ; la gorge était largement décolletée; les bras étaient nus entièrement; quant aux pieds, ils chaussaient le plus généralement les cothurnes légers retenus par les bandelettes.

Les Inconcevables , les Incroyables , les Merveilleuses , au cours des promenades, offraient aux passants ce charmant et perpétuel spectacle de grâces antiques débarquées sur nos rives brumeuses, autant pour le bonheur des yeux que pour le plaisir des patriotes.

Aux moindres gouttes de pluie, à la plus légère bourrasque, le

prévoyant postillon accourait aussitôt avec la voiture. Les riches dames du Directoire et du Consulat avaient adopté l’usage de plusieurs véhicules, prévus selon les caprices et les heures de la journée. Tantôt basses, tantôt élevées, ces voitures, d’une construction peu stable et s’efforçant de tenir le milieu entre les carrosses des ci-devant et les sévères coupés des républicains, changeaient aussi facilement de forme et de décoration que les parures des femmes.

« On est obligé de faire remonter sa voiture aussi souvent que son chapeau », écrit La Mésangère1. Les dépenses de phaétons, de coupés, de fiacres, deviennent excessives. Les petites-maîtresses en carrick découvert, celles qui aimaient, selon l’expression de la Décade i philosophique , « à faire galoper leurs attraits », se faisaient, de plus, suivre d’un jockey costumé à l’anglaise. Une caricature du Bon Genre , intitulée le Choix du jockey, fait ressortir toutes les exigences des dames au sujet de ce genre nouveau de domestiques. La plupart

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