ARRIVÉE DE LA REINE A L’HOTEL DE VILLE A L’OCCASION DES FÊTES
DE LA RÉVOLUTION A NOS JOURS
de la famille royale, dit Croqueville *, avaient un caractère hâtif qui rappelait qu’on avait tiré seize fois sur Louis-Philippe, excepté toutefois celles des enfants qui avaient, au contraire, un cachet de somnolence indiscutable. Le roi avait huit chevaux à sa voiture personnelle et six à celle de sa suite, pour les usages journaliers. Ils étaient menés par un cocher sur le siège et un postillon sur la paire de chevaux de devant; le tout en livrée hleue et chapeau à cornes, à la française. Un piqueur précédait; trois garçons d’attelage suivaient, sauf l’escorte militaire, le tout, terne et laid, avait des allures d’apparences fuyantes. Un passant s’écriait : « Le Roi ! » Tout le monde se précipitait au bord de la chaussée; quelques-uns saluaient ce souverain qui semblait s’enfuir; plus vite que je ne le raconte tout avait disparu dans la direction de Saint-Cloud ou de Neuilly, avant que le poste des Champs-Elysées, courant aux armes, ait pu les présenter à ce souverain au grand trot. »
Le Roi, avait aussi, pour le service de campagne, des attelages de daumont a l’anglaise à quatre ou à six chevaux et menés par deux postillons avec piqueur et garçon d’attelage, tous coiffés de
chapeaux haut de forme.
Le duc de Rohan-Chabot était le grand-maître des écuries du roi.
C’est sous ce règne que fut célébrée cette magnifique cérémonie de la translation des cendres de Napoléon Ier aux Invalides (le 15 décembre 1840). Malgré le froid intense, la fête commémorative fut des plus grandioses. Le char qui portait les dépouil-
GRAND CABRIOLET DE MAITRE EN 184 0. ICS du pluS étOniiant
des hommes, est resté comme l’un des plus solennels et des mieux décorés qui aient été employés jusqu’alors dans les fastes funèbres.
Le Prince-Président, comme si c’eût été pour déguiser mieux
1. Paris en voiture, par Croqueville, publié par la Nouvelle Revue, avril-mai 1891.
son ambition future, s’était borné à reprendre le vulgaire phaéton.
Mais dès le, suffrage plébiscitaire, l’attelage à la daumont, décidément adopté par l’étiquette, fut remis en honneur par la cour impériale. Encore revenait-il d’Angleterre et modifié par le voyage ! A Londres, un inventif carrossier avait trouvé le moyen, en installant le coffre du landau sur huit ressorts, de le
souple, plus fringant et plus coquet.
« Quoi de plus joli, dit encore Cro-
qUeVÜle, qUe OMNIBUS DE PARIS. — I854. D’APRÈS VICTOR ADAM.
la voiture de
l’Impératrice et l'Impératrice elle-même quand, un beau jour de printemps, elle suivait lentement le bord du lac dans sa daumont attelée de quatre bais secouant leurs têtes empanachées de grappes de glycines ? Mettons que ce ne fût pas d’un goût parfait, même pas assez royal (comme disaient les vieux des vieilles cours) ; que ceux qui ne l’ont pas trouvé charmant jettent la première pierre dans cet ensemble où tout, depuis la souveraine sous le relief de sa capote lilas, jusqu’aux sabots de ses chevaux, était joli à en rêver vingt ans après... »
Napoléon III avait nommé le capitaine Fleury (plus tard grand écuyer et général) organisateur de ses écuries et remises. Le capitaine Fleury s’acquitta comme il faut de sa mission. C’était unhabile homme et un bon cavalier. L’Empereur n’eut qu’à se louer de
ses services.
A côté de cette locomotion royale et impériale des cours, il importe de dire que la locomotion privée ne fut pas sans recevoir des perfectionnements notables.
Au lendemain de la Révolution de 1830, un nouveau genre de
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voitures, les mylords à un cheval, qui sont en quelque sorte un avatar de nos fiacres modernes, fut adopté par le public. — L’ivresse des trois glorieuses anime encore tous les cœurs. Les fêtes du carnaval devenues le prétexte des pires extravagances réjouissent le peuple souverain. Il n’est point de bourgeois qui ne se plaise à rouler dans les modestes louages démocratiques. La riche société, elle, partageait ses loisirs entre la berline à deux ou à quatre lanternes, la berline basse ou le coupé. En hiver, les dames qui avaient des loisirs se rendaient, l’après-midi, dans leurs berlines jusqu’aux chevaux de Marly. De là elles remontaient à pied jusqu’au rond-point, leurs valets suivant toujours modestement derrière.
Les principaux attelages de ce temps appartenaient au duc d’Ossuna, àM. Godot de Mauroy, à M. Salomon de Rothschild, au richissime marquis d’Aligre, à M. le marquis de Préault.
L’équipage de la princesse Bagration était, des plus connus. « La princesse allait très régulièrement aux Italiens, dit Croqueville, dans une avant-scène discrète et sombre. Pendant la représentation, les deux valets de pied, raides et droits, tenant leurs cannes à terre, le poignet à la hauteur du coude, restaient plantés à la porte de la loge. »
La Révolution de 48, d’un puritanisme un peu républicain, ne tarda pas à suivre l’exemple du Prince-Président lui-même. Les gandins de 1830 et les belles Mmes de Constantin Guys succédant aux lions de Gavarni et aux lorettes de Devéria firent bientôt succéder, à l’austère apparence du moment, toute l’insouciance de nouvelles fêtes. La locomotion, comme toujours, y trouva son compte.
Aussitôt au pouvoir, l’Empereur fait restaurer, dans l’intention de s’en servir pour la cérémonie de son mariage avec l’impératrice Eugénie, la belle voiture qui avait servi au baptême du duc de Bordeaux. En 1836, le même attelage servit au baptême du petit Prince
LA LOCOMOTION DANS L'HISTOIRE
Impérial qui y prit place avec sa gouvernante et sa sous-gouvernante. « A l’occasion de ces fêtes, dit Bastard, toutes les voitures des sacres sortent de leurs remises, et les armes de France peintes sur les portières en 1823, ainsi que celles brodées sur les sièges, sont remplacées par les armes impériales, soie et or en relief, de plusieurs nuances sur velours cramoisi. »
L’exemple donné par Napoléon III, suivi et parfois dépassé, fit subir à la locomotion un développement inattendu. Les nombreux et