‹ La locomotion à travers l'histoire et les moeursChapitre 181 sur 247 · CHARETTE ANGLAISE · texte numérisé non relu

CHARETTE ANGLAISE

Les Diligentes, dont la différence avec les diligences était peu sensible; les diligentes faisaient le service de la Chaussée d’Antin au marché Saint- Jean « en passant par la place du Palais-Royal, les rues Saint-Denis et des Lombards ».

Les Carolines, faisant le service des Champs-Elysées et dont les panneaux, peints de vert, semblaient avoir sans doute quelque prétention rustique.

On trouvera, dans les Nouvelles voitures publiques de Paris i, de fidèles reproductions de ces véhicules surannés, qui sont loin d’avoir la commodité de nos modernes omnibus, mais dont il serait absurde de se moquer, si, par l’imagination, on veut bien les replacer dans leur cadre primitif et si, comme voyageurs, on veut bien leur accorder les personnages romanesques de Balzac, d’Eugène Sue, de Frédéric Soulié, de Monnier et de Henri Murger.

Le billet de correspondance , dont nous faisons aujourd’hui un si fréquent usage, fut mis à la disposition du public vers 1836. En 1853, le prix de l 'impériale fut abaissé à la somme modique de quinze centimes.

Sous l’Empire, toutes ces voitures publiques, dont nous venons d’énumérer les noms les plus divers, se trouvèrent réunies en une seule compagnie générale dont le succès, toujours durable, va de jour en jour augmentant.

Si nous en croyons Bastard, le plaisant auteur de Paris qui roule , l’entreprise qui comprenait alors 347 voitures transportait 36 mil- '",M" “

lions d’individus; cinq années plus tard, elle en comptait 406 et le chiffre de ses voyageurs, y compris la banlieue, s’élevait à près de 80 millions.

Enfin, vers 1869, elle comptait 694 omnibus dans les différents dépôts et 8 279 chevaux dans ses écuries, et, cela, pour traîner

1. Les nouvelles voilures publiques de Paris, dessinées d’après nature par Karl Loeillot. Chez Gihaut frères, éditeurs, boulevard des Italiens, 5. s. d. (vers 1832).

DE LA RÉVOLUTION A NOS JOURS

116778 756 personnes sur un réseau qui forme aujourd’hni un trajet annuel de 22 millions de kilomètres environ.

La plupart de nos omnibus modernes sont attelés de ces solides •percherons, race robuste de chevaux arabes croisés avec les chevaux du Poitou.

Les principales lignes d’omnibus actuels sont trop connues de nos lecteurs pour que nous ayons besoin de les citer ici. Qui n’aimant vraiment son Paris et toutes les distractions qu’il offre n’a fait, durant sa vie, de multiples courses en omnibus?

Les lignes de Batignolles-Clichy-Odéon, de Madeleine-Bastille, du Maine-Gare-du-Nord, delà Porte-Maillot, etc., etc., transportent assez de voyageurs pour avoir retenu l’attention populaire. Nous avions tenu seulement à donner quelques notes sur l’origine des omnibus. Ce moyen de locomotion étant devenu l’un des plus importants de notre vie moderne nous avons voulu en exposer la genèse.

Qui n’a entendu Coquelin Cadet réciter ce monologue de Bevel :

...Soudain le bon Dieu de Noé me découvre Les lanternes d’un omnibus :

« Les Ternes-Filles-du-Calvaire. »

Je monte... mes coudes pointus,

Par suite de chocs imprévus Éloignent les individus,

Et très péniblement dans le fond je m’insère...

Qui n’a lu ce désopilant récit de Georges Courteline, La correspondance cassée, ne sait vraiment pas tout ce que réserve d’imprévu et de distraction l’un de ces voyages en omnibus que nous accomplissons tous les jours et où, si nous sommes observateurs, nous pouvons puiser une riche pinte de bon sang. L’omnibus, en été, alors que tout le monde délaisse l’intérieur pour l’impériale; l’omnibus en hiver, alors que tout le monde délaisse l’impériale pour l’intérieur; l’omnibus dans un embarras de voitures; l'omnibus aux stations;

LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE

l’omnibus sous la pluie; l’omnibus sous la neige; autant d’aspects différents du mastodonte dont nous parlons. « L’omnibus c’est la gamelle de la locomotion », dit un jour Victor Hugo qui était un grand amateur de l’énorme véhicule. Et, certes, le Maître avait raison. Aucune voiture n’est plus démocratique que celle-ci. Tout le monde trouve refuge dans un omnibus : la grande dame, le trottin, le militaire, le civil, l’employé, le rentier, la nounou, le vieillard, la jeune fille.

Certes, l’omnibus est vraiment la « gamelle de la locomotion ». Le fiacre, lui, en est l’ordinaire plus relevé. Ne peuvent le prendre que ceux dont la bourse n’a pas absolument la plate humilité du néant. Depuis le jour où le bon enchanteur Fiacron donna son nom à ce véhicule d’usage aujourd’hui si multiple, l’exploitation publique adopta le fiacre comme le prototype même de la voiture de louage.

Le conducteur de fiacre lui-même, le Colignon moderne, ne tarda pas, dès l’origine, à acquérir une célébrité

de grivoiserie et de comique dont il ne s’est pas départi depuis et qui a été le motif de plus de mille farces et de mille plaisanteries1.

En 1825, Dumersan, Gabriel et Brazier2, firent représenter sur le théâtre des Variétés (le 10 octobre) un vaudeville en un acte qui n’était qu’une satire mordante des cochers de toute espèce. La belle MIle Flore y interpréta, en commère de revue, une ronde chantée devenue rapidement populaire et où tous les genres d’automédons se trouvaient finement raillés. Le cocher bourgeois, le cocher de fiacre, le cocher de coucou, le cocher de cabriolet et le cocher anglais, aucun ne manquait à l’appel et tous se trouvaient représentés là avec une verve et un comique extraordinaires.

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