PHAÉTON
LES CHEMINS DE FER
EMPLOI DE LA VAPEUR. — ORIGINE DU MOUVEMENT DE ROTATION; LES PREMIÈRES LOCOMOTIVES
’ on des plus amusants dessins de Grandville, paru dans Y Illustration de 1848, représente deux chevaux accoudés à la balustrade de leur écurie et regardant passer un train à l’horizon.
— Dis donc, Alezan, les voilà qui mènent leurs calèches en voiture, à présent! dit, par la voix de la légende, l’une des deux bêtes à son compagnon.
Une pareille ironie, écrite il y a quarante ans, se trouve, aujourd’hui encore, de par les progrès réalisés, d’une actualité plus aiguë et plus saisissante. A l’heure où tant de découvertes scientifiques, où tant d’applications de la vapeur et de l’électricité viennent modifier tous les moyens de locomotion en usage, plusieurs disciples de BufTon, amis de « la plus noble conquête que l’homme ait jamais faite », se demandent avec anxiété ce que deviendront les chevaux, le jour où locomotives et automobiles régneront en maîtresses par toute la terre? A cette question, M. John Grand-Carteret s’est efforcé de répondre en groupant, dans son gros livre La Voiture cle demain , quelques-unes des caricatures les plus singulières de ce temps. De la plupart de ces images, il résulte que « la plus noble conquête », devenue inutile à la guerre, à l’agriculture, à l’animation des villes comme à celle des provinces,
retournera à l’état primitif, ou, dans quelque cage du Muséum, occupera, à côté des animaux exotiques, une place de curiosité mythologique. Nous ne pensons pas que les choses aillent d’un train si rapide. Pourtant, comme il y a des rapports historiques dans les événements les plus considérables du progrès en avant, nous ne doutons point que Jonathan Swift ait écrit consciemment la suite de ses relations de voyage au pays des chevaux, sans avoir eu, comme par prescience, un avertissement de la découverte de Stephenson, son compatriote. Jonathan Swift, d’une plume alerte et vive d 'humour, a tenu, pour ainsi dire, comme à réparer d’avance l’injustice du sort, et il a voulu donner une compensation aux braves animaux que, durant tant de milliers d’années, les hommes martyrisèrent de toutes les façons.
De tout temps, philosophes et savants, autant par pitié pour les les innocents coursiers que par esprit de recherche mathématique, s’efforcèrent de trouver un moyen mécanique de traction qui leur permît de transporter, avec beaucoup moins d’effort, un poids de matière beaucoup plus considérable. Au sixième chapitre de son premier livre d’architecture, Yitruve parle, le premier, de ces boules d’airain creuses dites éolipyles, qu’on remplissait d’eau, qu’on chauffait, et dont la vapeur s’échappait ensuite par l’ouverture qui y était pratiquée pour introduire l’eau.
Les Egyptiens, surtout les prêtres, à qui l’emploi des forces de la nature les plus secrètes n’était pas inconnu, avaient laissé, dans leurs ouvrages et leurs hiéroglyphes, de précieuses indications sur l’usage de la vapeur d’eau pour déterminer le mouvement. Héron d’Alexandrie, reprenant ces indications, s’efforça de les combiner avec les éolipyles de Vitruve. Malheureusement, les bouleversements successifs de l’histoire, l’incendie même de cette bibliothèque d’Alexandrie, où, sans aucun doute, Héron avait laissé trace de ses travaux, ne permirent pas aux savants du moyen âge de reprendre la solution interrompue de ces puissants problèmes. En 1543 seulement, un capitaine au long cours, nommé Blasco de Garay, aurait monté un pyroscaphe de son invention. Malheureusement, le secret de son travail ne fut point transmis et l’idée du capitaine espagnol, basée sur l’emploi de l’antique éolipyle, ne parvint pas au public.
Ramée dit1 qu’en 1562, un certain prédicateur, Mathesius, prit, dans son serment de la montagne, « Sarepta » pour un homme qui
1. Ramée. Histoire des chars, carrosses, omnibus et voitures en tous genres.
LES CHEMINS DE FER
soulève l’eau au moyen du feu et de l’air, ce qui indique l’application de la force de la vapeur, dès cette époque, en Allemagne.
C’est d’Allemagne également que Salomon de Caux, né en Nor mandie à la fin du xvie siècle, devenu ingénieur de Louis XIII, rapporta les notions principales de mécanique qu’il devait mettre en œuvre1. Un ouvrage de lui, publié à Francfort, sous le titre : Les raisons des forces mouvantes avec diverses machines et plusieurs dessins de grottes et fontaines, contient, entre autres appareils remarquables, une machine à vapeur, modification de l’éolipyle.
Peu de temps après, en 1629, l’Italien Branca utilisa cette