LE COCHER DE MAIL-POST EN
D’après
Estampe anglaise de Alkeu.
CYCLISME ET AUTOMOBILISME
puisse être convenablement employée comme moteur de voitures publiques, sur des routes sans rainures. L’emploi d’un moteur mécanique n’est le plus généralement applicable qu’à des effets réguliers, qui exigent une force uniforme (sic). »
Dès 1822, Gurney exposait, dans des conférences, la pratique de sa machine automobile. Voici, d’après la version de The United Service Journal (1829), le récit de sa première excursion, écrit par un des assistants : « Nous étions au nombre de quatre, dans une calèche attachée au chariot à vapeur, et nous avons voyagé sans aucune difficulté et sans le plus léger accident jusqu’à Longfort où l’ont réparait le pont construit sur le Pamin. Sur ce pont, se trouvait un gros tas de briques, assez élevé pour cacher une partie de ce qui se passait de l’autre côté. Précisément, au moment où nous entrions, la malle de Bath y arrivait à l’autre bout, lancée au grand trot. Dès que nous l’aperçûmes, nous criâmes au conducteur de prendre garde; mais comme il n’était pas prévenu de la voiture extraordinaire près de laquelle il allait passer, il ne tint pas compte de nos avertissements, et ne ralentit pas sa marche. Pour éviter ce contact dangereux, M. Gurney poussa le chariot contre le tas de briques. Il en résulta quelque dommage pour notre appareil, mais tout fut réparé dans moins d’un quart d’heure. Quant aux chevaux de la malle, ils avaient pris le mors aux dents, et on fut obligé de couper les traits. » Ces premiers accidents jetèrent la défiance dans les meilleurs esprits. La persévérance, le courage, l’ingéniosité de Gurney sauvèrent tout. Une sorte de gloire rejaillit même sur l’inventeur et sur ceux qui avaient pris une part quelconque à l’invention. Le Times donna le portrait du Monsieur venant de voyager sur un cheval à vapeur et l’automobile de Gurney ne fut pas longtemps sans devenir l’une des plus extraordinaires curiosités de Londres.
Une fois l’exemple donné, le système des voitures à vapeur se répandit dans une bonne partie du Royaume-Uni. Une gravure anglaise, en couleurs, datant de 1832, représenta les voitures à vapeur inventées et construites par M. Walter Hancock (faisant le service de Londres à Stratford et à Essex). Les
TRYCYCLE A PÉTROLE AVEC UNE VOITU RETTE REMORQU
LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE
entreprises d’Hancock inaugurèrent, pour ainsi dire, les premières lignes de tramways à vapeur. Les machines employées sont déjà trop grandes pour figurer de modestes automobiles urbaines. Déjà ce sont des omnibus. Le principe de la locomotion à vapeur dans les villes est entin trouvé et va être exploité dans la plupart des grands centres de l’Angleterre.
La voiture à vapeur de sir Charles Dance (1833) suivit et fut expérimentée aux environ de Glasgow.
En 1833 également, la voiture à vapeur pour les routes ordinaires, due à François Macerone et à J. Squire, fut inaugurée entre Londres et Windsor transportant onze voyageurs et parcourant en deux heures la distance de 23 milles 1/2.
En 1833 aussi, la voiture à vapeur du Dr Church, avec intérieur et impériale, qui effectua le trajet de Londres-Birmingham et môme avec plusieurs autres de même modèle.
En France, les voitures à vapeur, bien que confondues d’abord, ainsi que nous l’avons dit plus haut, avec les locomotives, occupèrent dès 1820 l’imagination chercheuse des inventeurs, avec autant d’âpreté, sinon avec autant de succès, qu’en Angleterre’.
Dès 1824, Y Album, journal de la Restauration, parle d’une voiture à laquelle il suffisait, pour marcher, de deux ou trois pintes d’eau chaude, versées dans une chaudière.
En 1829, le Journal des Haras, dit J. Grand-Car ter et, consacra une notice, avec reproduction, à la voiture à vapeur de Gurney dont nous avons parié plus haut : « nos lecteurs savent sans doute qu’un de ces esprits méditatifs, que l’Angleterre renferme en si grand nombre, vient de découvrir le moyen d’appliquer la vapeur aux diligences et aux autres voitures de transport ».
En 1835, Y Annuaire historique décrit de cette façon l’expérience de la voiture à vapeur, dite voiture remorqueur , due à la construction de M. Charles Dietz : « Aujourd’hui, M. Dietz a fait un nouvel essai de sa voiture à vapeur pour les routes ordinaires, et cet essai a été couronné de succès. A mesure que les expériences se multiplient, les petits accidents, les négligences seules causes des retards, deviennent plus rares, les ouvriers s’accoutument à ce nouveau service, on n’est plus entravé parles oublis; enlin la marche prend toute la régularité désirable. Aujourd’hui tout a été à souhait. En une heure et un quart la voiture, remorquant une diligence à trente-deux places, a atteint Versailles. » N’est-ce pas là, pour l’époque, le plus favorable et le plus encourageant des résultats?
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Le Message)' boiteux, imprimé à Strasbourg, parle vers le même temps des voitures de M. Dietz. Pourtant ce n’était là encore que la voiture-remorque, type locomotive ; ce n’était pas encore le véhicule à la fois machine et wagon, à la fois locomotive et tender, tel que nous le possédons aujourd’hui.
L’automobile authentique, Y automobile complète, achevée, n’a réellement été construite et propagée en France qu’après 1870.
Dès le mois d’avril 1873, M. Amédée Bollée, du Mans, déposait son premier brevet pour un système de voiture à vapeur « dont l’agencement mécanique » dit fort bien, M. Lockert, « devait être du premier coup porté jusqu’à la perfection ». De l’usine de M. Bollée, sortit pour la première fois l’automobile à quatre roues , avec avant-train à deux pivots, dite V Obéissante. La Nouvelle, également de M. Amédée Bollée, fut construite en 1880
Enfin, — date historique dans les annales de l’Automobile! — en 1889, Serpollet obtient une autorisation de circuler dans Paris sur les automobiles dont il se trouve être le constructeur. Le succès que rencontra celte première tentative, le voisinage de l’Exposition, la présence des étrangers, contribuèrent à mettre en lumière les nouveaux véhicules. A partir de ce moment, M. Serpollet créa celte série de types variés qu’on a pu voir circuler dans Paris et dans nos stations balnéaires et qui, dit J. Grand-Carteret, ont été porter partout le bon renom de la fabrication française et ont servi de modèle à la plupart des mécaniciens-carrossiers de l’étranger. Au landaulet sont venues s’ajouter des créations nouvelles, phaéton, mylord, et plus récemment, le cab d’une lourdeur généralement cherchée, et, si l’on songe que le Marajah de Mysore et des princes japonais ont voulu, eux aussi, se payer cette nouveauté, l’on peut dire que la voiture Serpollet a fait, en son temps, le tour du monde.
Nous pourrions en citer bien d’autres : la voiture à vapeur de M. Jeantaud1 2; celle de Thornycroft, de Scotte, de Boyer, de Montais, de Filtz, de Dalifol, de Stapfer, de Panhard et Levassor, de Peugeot frère et fils, etc., etc. Mais de jour en jour va se développant cette industrie nouvelle; de jour en jour, des perfectionnements nouveaux sont apportés au rouage ou à la construction des automobiles. La Compagnie parisienne des petites voitures elle-même, séduite par le côté pratique de ces fiacres aux « chevaux absents », a été sur
1. La même voiture, en 1896, accomplit en 89 h. 54 m. la course de Paris-Bordeaux.
2. L’une dont l’avant en forme d’ornement a l’aspect d’un traîneau, type unique, appartient à M. Archdeacon.
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le point de lancer sur le pavé de Paris, à l’occasion de l’Exposition de 1900, de nombreux fiacres automobiles; mais le projet a dû être ajourné; les accumulateurs électriques ne se prêtant pas aune locomotion urbaine, sur une très vaste échelle.
Resterait à détailler comment et dans quelles circonstances pourraient être employées les automobiles, les applications diverses auxquelles on pourrait les soumettre, les services qu’elles pourraient rendre dans les divers emplois (postes et télégraphes; voitures de vivres, d’ambulances, d’artillerie, etc.). Cela nous entraînerait bien loin.
Appelées au plus grand avenir, les automobiles, concurremment avec les chemins de fer et les cycles, vont, dans un très prochain avenir, monopoliser entièrement la locomotion des deux mondes. Des villes les plus civilisées aux plus désertes contrées exotiques, l’automobilisme régnera partout; rien de la vie agreste et sauvage ne saura désormais résister à un aussi audacieux effort do civilisation 1 .
1. Voici à ce propos un écho intéressant : « Un exode en masse d’indiens Peaux- Rouges est signalé de Kansas-City; 4 700 Cherokees, 3 900 Creeks et 1500 Delawares quitteront bientôt Wichita, dans le territoire indien, avec tous leurs biens meubles s’élevant à 2 millions et demi de francs, pour aller s’établir au Mexique où ils ont acheté des terrains. Les Indiens sont civilisés ; beaucoup ont même reçu une certaine éducation et tous se livrent à l’agriculture. Leur exode ne manquera pas de pittoresque. Pour le réaliser ils ont acquis 2 000 bicyclettes et 250 chariots à vapeur. »