‹ La locomotion à travers l'histoire et les moeursChapitre 225 sur 247 · V. ADAM : UNE CITADINE ET LA DERNIÈRE VOITURE · texte numérisé non relu

V. ADAM : UNE CITADINE ET LA DERNIÈRE VOITURE

tier. C’est un convoi de pauvre. Derrière suivent les parents, quelques voisins, des vieilles femmes qui ont aidé à ensevelir le mort ou la morte sans fortune. Souvent le cercueil disparaît sous les draperies blanches : c’est un enfant ou c’est une vierge que ces hommes emmènent vers le cimetière triste de la banlieue. Après l’enterrement, tout le monde se réunira chez le marchand de vin et la grande peine amère se terminera devant quelque breuvage consolateur.., Une autre fois, c’est une grande et longue voiture qu’on voit sortir de la gare ou y entrer. Cette voiture, disposée sur le devant en forme de siège pour le cocher, s’allonge à l’arrière, en manière de piano à queue. Un mort y dort, qui a demandé à reposer en terre natale et que des mains pieuses ont, pour une dernière fois, installé bien commodément dans cette voiture lugubre hermétiquement close.

LA LOCOMOTION DANS L'HISTOIRE

Depuis quelques années, on a adopté, à la suite des enterrements, pour le transport des familles, de larges omnibus à la façon de ceux dont les pensionnats se servent pour aller prendre ou chercher leurs élèves ou dont usent les facteurs des postes pour se transporter à travers Paris. Cette sorte d’omnibus familial est, pour les ouvriers et les petits bourgeois, d’une économie importante. On le retrouve quelquefois et dans d’autres occasions : c’est lorsque, sous une autre forme et sous d’autres couleurs, on le voit passer à travers le Bois, comble de gens joyeux et débordant de toute la joie d’une noce. C’est effectivement une voiture de mariage, lourde et massive. La jeune mariée, au bord d’une banquette, tend à sa mère son voile défait sur lequel marcha quelque lourdaud et que l’aiguille vigilante va réparer. Les gens endimanchés se congratulent à qui mieux mieux. Le classique militaire, en congé pour ce jour-là, découvre en riant une importante mâchoire. Le père et la mère du marié tirent à les casser sur des gants qui ne ganteront jamais leurs mains et dont la résistance les met en fureur. Passy, Auteuil, le Pointdu-Jour, Boulogne verront successivement passer la joyeuse voiture.

Aux mariages riches son emploi est, par exemple, prohibé... Ce sont, cette fois, des défilés ininterrompus de landaus et de coupés. Un suisse énorme se tient avec importance à la porte de l'église, des gens saluent, des portières claquent, un loustic qui passe crie : mince de chic! des curieux s’amassent; tout un monde d’enfants, de jeunes filles, de passants se masse pour surprendre au passage un mot, un sourire, un geste, pour épier une élégance, pour admirer un ruban, un plastron, une cravate et la belle tenue des cochers.

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