‹ La locomotion à travers l'histoire et les moeursChapitre 227 sur 247 · LES VOITURES, DANS UNE VILLE, LE MATIN · texte numérisé non relu

LES VOITURES, DANS UNE VILLE, LE MATIN

Une ville où il est difficile de dormir, le matin, c’est Paris.

— Tonneaux! tonneaux! marchand de tonneaux!...

LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE

Vous vous penchez, maussade, à la fenêtre et regardez : un formidable haquet s’ébranle. Montée haut sur ses roues, comme une araignée géante sur ses pattes, la charrette encombrée de tonneaux vides ajoute, par sa marche pesante, au vacarme du cocher.

— Tonneaux ! tonneaux ! marchand de tonneaux !

Cinq bonnes minutes, l’écho malicieux répète cette parole saugrenue, et vous croyez enfin pouvoir vous rendormir, mau • dissant à la fois les buveurs, le vin, Pascal et son diabolique génie *, quand une autre voix, gémissante cette fois, monte vers vous:

— Du mouron pour les petits oiseaux !

haricots verts! haricots verts!

La voix pleurarde monte à l’aigu, devient perçante, entre dans vos fenêtres, dans vos oreilles, vous assourdit. Enfin, le silence; peut-être allezvous dormir? Mais peut-on dormir au milieu de cet enfer qu’est la locomotion d’une grande ville?

Tour à tour, passent les pesantes voiture à ordures, imaginées par quelque préfet de police propre et grincheux, au désespoir de Tune des corporations les plus sympathiques et les plus pittoresques de Paris : celle des chiffonniers ; les chariots chargés de pierres de taille et qui marchent si lentement qu’on les croirait attelés de bœufs; les voitures de déménagement, encombrées des objets les plus hétéroclites et les plus tintinnabulants; puis enfin, les premiers omnibus, les premiers fiacres, les premiers attelages de l’aube... Alors le sommeil devient impossible. Vous êtes obligé de vous lever, de vous habiller à la hâte, de descendre, de chercher d’autres quartiers où pouvoir se recueillir un peu, loin de l’enfer de la locomotion.

Pourtant, à peine êtes-vous dans la rue, qu’une nourrice, au détour de deux chemins, vous écrase les pieds des roues de la minuscule petite voiture où quelque affreux enfant crie à tue-tête dans l’attente du biberon.

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