‹ La locomotion à travers l'histoire et les moeursChapitre 230 sur 247 · OYAGEURS EN PLEIN AIR · texte numérisé non relu

OYAGEURS EN PLEIN AIR

LES VÉHICULES DE DIVERS USAGES

Ce jour est encore tout entier celui de la locomotion. Locomotion, les voitures qui passent dans l’avenue du Bois et qui affluent à Madrid, à la Cascade, au Pavillon Chinois. Locomotion encore les jockeys et leurs coursiers, les représentants des écuries célèbres et des grands entraîneurs ! Locomotion sur la route et sur la plaine, locomotion dans les allées et sur le turf, locomotion partout. Un immense public, ainsi qu’au temps de Rome il s’en pressait dans les amphithéâtres du Cirque, envahit les tertres et couvre les platesbandes. Aux baraques du Paris Mutuel se pressent les joueurs; des fiches sont distribuées ; la cote, affichée en caractères géants, monte avec les chances de succès; il y a de la folie dans l’air : les enjeux sont formidables. Mais la course commence. Écrasé contre la haie, le public suit avec anxiété les évolutions de la course. Tout à l’heure le nom de l’heureux vainqueur volera de bouche en bouche à travers l’espace. La course terminée, chacun remontera dans le véhicule qui l’apporta et retournera chez soi.

Les fêtes de la locomotion et des voilures ne seront point closes pour cela...

Ne faut-il point compter avec le Carnaval et la Mi-Carême ? La promenade du Bœuf-Gras, qui réjouit nos successives générations d’aïeux, bien qu’ayant perdu tapissière de famille

quelque peu de son faste originel, n’en offre

pas moins encore de piquants spectacles. Ce jour-là, les voitures pavoisées pour la circonstance et encombrées des masques les plus divers, parcourent les rues de Paris, en se mêlant aux extravagances de la foule. Le peuple masqué et chamarré se faisant de plus en plus rare; d’autres réjouissances ont succédé, venues d’Italie et de Nice. Ce fut principalement l’usage des serpentins et des confetti.

Ce jour-là des milliards de minuscules morceaux de papier jonchent les rues de la cité et répandent dans l’air comme une pluie multicolore. Il semblerait qu’un dieu malin, du haut d’un ciel de féerie, s’amuse à lancer sur la foule cette poudre brillante et légère dont se réjouissent les yeux. Les voitures qui passent, transformées pour la circonstance en chars de parade, sont encombrées de personnages déguisés figurant des groupes symboliques. Une musique bruyante accompagne la marche de tous ces chars, et les figurants, juchés au plus haut des estrades, adressent à la foule d’interminables et réclamières harangues. C’est là le souvenir dernier de ces

LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE

fêtes des Fous et de l’Ane où se complurent nos pères. Le pape des fous, toutefois, se trouve remplacé par la plus charmante des dames de la Halle ou par la plus jolie des jeunes blanchisseuses, élue par ses camarades Reine des Reines. Après des voitures, d’autres voitures encore se succèdent, que d’autres à nouveau suivent par derrière aussi brillamment décorées et aussi pitoyablement encombrées de masques.

Certains chars, figurant en faisceaux symboliques les bienfaits de l’agriculture, du commerce des arts, donnent à la fête une sorte de caractère antique qui n’est point pour déplaire. Les trophées de faux, de gerbes, d’épis, de bêches, d’avirons, semblent noués sur le flanc des chars, à la manière de ces attributs qui encombraient, dans les processions glorieuses des Panathénées et des réjouissances grecques, les autels de la Cérès Démeter et de la grande Minerve. La Reine des Reines, entourée de ses dames d’honneur, passe dans un landau. Les nombreux chars l’escortent, ainsi qu’une souveraine véritable et, de chaque côté, mousquetaires à cheval et malingres cavaliers passent en laissant au soleil briller la pacotille de leurs armures, de leurs habits et de leurs épées.

Les voitures, aujourd’hui encore, sont à la fête.

Elles retourneront demain, comme les jours précédents, à l’épuisant travail de la grande ville.

Le « patinage » qu’on peut, en quelque sorte, rapprocher de la locomotion, puisqu’il est réellement l’art de se mouvoir sur la glace à l’aide d’instruments ad hoc, est devenu, depuis plusieurs années, l’un des sports les plus pratiqués qui soient. Disons d’abord que la forme du patin varie suivant le pays où on l’emploie. Cet instrument, ou mieux encore, cet appendice de la chaussure, nous vient des régions du Nord; on croit même qu’il fut inventé en Hollande. On voit, dans ce pays, racontent même les voyageurs, les laitières portant des vases pleins sur leur tête, tricotant pendant leur route, franchir, en peu de temps, des distances très considérables pour aller vendre leur lait dans les villes environnantes. Elles font souvent, de la sorte, plusieurs kilomètres avec une rapidité presque incroyable. Fitz-Stephen nous apprend qu’il a existé, à Edimbourg, un club des patineurs (skating club), dont les membres firent retehtir dans toute l’étendue des trois royaumes la renommée des patineurs écossais.

En Norvège, l’exercice du patin constitue la partie la plus sérieuse de ^éducation de la jeunesse, car un Norvégien est toujours sur ses

LES VÉHICULES DE DIVERS USAGES

patins. Il y a même, dans ce pays, un régiment de patineurs dont les évolutions sont fort remarquables par leur précision. Leurs patins, skie ou skielœbere, ont près de 2 mètres de long et ne sont pas plus larges que le pied; ils consistent en deux planches de sapin, minces et effilées-, d’une épaisseur double dans leur milieu, et légèrement recourbées en l’air aux extrémités. Le skie est aussi en usage dans la Laponie et le Finmark; mais dans les régions boréales de l’Amérique, le patin n’a guère que lm,20 de long sur 0m,60 de large, et se compose de deux légères planchettes réunies par des courroies de cuir.

Le patinage a été accueilli en France avec enthousiasme, et il ne se passe pas d’hiver où les membres du Skating-Club n’aient à disputer quelque prix aux champions étrangers sur la surface gelée d’un de nos lacs favoris. La surface rarement gelée ne suffisant à contenter tous les fidèles du patin, des pistes artificielles ont été établies dans quelques-uns des principaux musics-halls de Paris; le « Palais de glace », le « Pôle Nord » sont effectivement devenus des lieux de plaisir recherchés, et sur ces pistes glacées, les aventurières et les souples cavaliers à qui mieux mieux se disputent la palme de l’adresse. Encore une fois, la locomotion amusante, légère et noble comme une danse aux beaux rythmes, a raison de l’hiver et sait vaincre les frimas1...

Page 1