‹ La locomotion à travers l'histoire et les moeursChapitre 237 sur 247 · Milandre et Bouquet · texte numérisé non relu

Milandre et Bouquet

2. Cette machine, construite en 1880, put prendre part à la course Paris-Bordeaux, organisée en 1895 et, malgré les perfectionnements des autres machines, être la seule qui put terminer le parcours.

LES PROGRÈS DE L’AUTOMOBILISME

succès futur de l’automobilisme. Un voyage, raconté par Serpollet et reproduit par les Sports Modernes , comparé aux épreuves des derniers records, fera comprendre quelle volonté, quel courage, quel tenace entêtement il a fallu aux inventeurs pour franchir les obstacles, pour soumettre les mauvais vouloirs des hommes et de la matière et parvenir à cette perfection qui fait honneur aux hardis pionniers : « Un jour de 1890, Serpollet, accompagné de son ami M. Archdeacon, se proposa de se rendre de Paris à Lyon, sur sa voiture à vapeur. « Je revois encore, dit-il lui-même, à l’instant du départ, sur le pavé royal de la rue de Cloÿs, en haut de Montmartre, le rudimentaire phaéton sur ses trois roues. C’était, à proprement parler, une caisse de voiture clouée sur un poêle. Du coke brûlait très vif dans ce poêle et portait au rouge blanc un serpentin d’acier qui grillait au centre. C’était là l’âme de la machine, le générateur à vaporisation instantanée... La sortie de Paris se fît sans mal. La voiture ferraillait, les chevaux se cabraient à l’entour... Dès l’entrée en banlieue, écrous, menues pièces, détails de carrosserie se dispersent sur la route, au fur et à mesure... A chaque village, je descends de voiture, je cherche une enclume et retirant mon vêtement je forge moi-même une remplaçante à la pièce en fuite... Puis on injecte un peu d’eau dans le serpentin et l’on repart à une vive allure... Tout à coup, au milieu d’une descente rapide, la tige qui manœuvre l’unique roue directrice se hrise au ras du bâti! On serre les freins, mais on marche... Archdeacon et moi n’arrêtons pas pour si peu... Un serrurier est trouvé; une barre de direction est façonnée, énorme, incassable. On repart à une allure plus grande encore. La barre ne casse pas. Et cependant voici que nous sommes brusquement projetés en avant et que la voiture est arrêtée. Qu’y a-t-il encore qui entrave notre route? Un cerceau qui file sur le sol nous apprend que la roue directrice vient de nous quitter et de prendre de l’avance... Tant bien que mal nous raccommodons encore cette malencontreuse roue et repartons avec intrépidité... Cette fois c’est la porte du foyer qui se détache ; un peu plus tard le cylindre lui-même menace de tomber... »

C’est ainsi que MM. Serpollet et Archdeacon, deux des plus vaillants promoteurs de l’industrie automobile, accomplirent, en 1890, le voyage de Paris à Dijon en l’espace de dix jours.

En dix ans les choses ont bien changé! Tant de courses ont été organisées! tant de concours! tant de perfection s’est introduite dans tout cela! tant de génie a été mis en action par les constructeurs

LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE

que le plus novice des apprentis « chauffeurs » rirait bien aujourd’hui de cette mésaventure de ses aînés.

Les automobiles actuelles, suivant la source d’énergie employée pour leur propulsion, peuvent être divisées en trois classes :

1° Automobiles à vapeur1;

2° Automobiles à pétrole ;

3° Automobiles électriques.

Les automobiles à pétrole se subdivisent elles-mêmes; mais il faut leur adjoindre une troisième catégorie : celle des « motocycles » qui tiennent le milieu entre le vélo ordinaire et la voiture légère (voire même des bicycles ou des tricycles pourvus de moteurs mécaniques).

Pour les voitures électriques, leur classification est plus simple et, comme elles n’ont exclusivement servi jusqu’ici qu’au transport d’un petit nombre de voyageurs, il importe de les placer au rang des voitures légères.

Les principaux parmi lescarrossiers parisiens, Jeantaud, Mühlba-

cher, Binder, Rothschild, Boulogne, Kellner, comprenant de quelle importance était pour eux le développement de la locomotion automobile, se sont associés aux constructeurs des maisons Panhard et Levassor, Peugeot, etc., et il en est résulté ces véhicules, sinon élégants, du moins rapides, solides et stables dont toutes nos routes de France commencent à se peupler.

L’une des plus perfectionnées et des plus légères parmi les dernières inventées est certainement la voiture automobile à pétrole Rochet, d’un moteur de six chevaux. Toutefois, il faut, pour la

1. Traite de la construction, etc., publié sous la direction de Ch. Vigreux, par MM. Cn. Milandhe et R. P. Bouquet : « Les voitures automobiles à pétrole se divisent elles-mêmes en deux catégories : (a) Les voitures légères; (6) Les voitures lourdes. Par voitures légères on entend celles employées pour le transport d’un nombre restreint de voyageurs (1 à 8) ou de marchandises d’un poids inférieur à 1 000 kilogrammes. — Les voitures lourdes sont celles servant aux transports en commun ou à la traction des marchandises et fardeaux d’un poids supérieur à une tonne. »

LES PROGRÈS DE L’AUTOMOBILISME

conduire avec connaissance, avoir subi un apprentissage rigoureux qui permette de savoir parfaitement manier chacune des pièces du mécanisme sans être susceptible de commettre d’erreur1. « Une voiture automobile à pétrole, si elle est complète, se compose de très nombreuses pièces dont l’utilité ne se conteste pas, mais dont un bon conducteur d’automobile doit avoir la plus entière connaissance. La valeur d’une voiture provient à la fois de la valeur théorique de son système d’organes, moteur et transmission, du soin et de l’esprit pratique qui a été apporté à leur construction et beaucoup aussi de l’ordonnance de ces mêmes organes. La quantité inévitable de pièces

qui composent une automobile implique de la part du conducteur une étude préalable très approfondie du rangement de ces pièces. » A ces premières conditions,

que la pratique seule peut apprendre à connaître, viennent s’adjoindre

quelques détails et conseils techniques que nul ne doit ignorer s’il rêve de conquérir les palmes du « chauffeur » 2 .

Depuis plusieurs années, des courses sont organisées. La première en date, qui mérite d’être signalée et où se rencontrèrent les machines du comte de Dion, de Serpollet et de Bollée père, eutlieule lOjuin 1895, entre Paris et Bordeaux. M. etMmeLevas-

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