‹ La locomotion à travers l'histoire et les moeursChapitre 238 sur 247 · L. Baudry de Saunier · texte numérisé non relu

L. Baudry de Saunier

2. Idem : « Le conducteur doit avoir sous les mains, ramassés dans le plus petit espace possible afin de ne pas être gêné, de ne pas gêner ses voyageurs et d’être dispensé de longs mouvements au cas d’une manoeuvre rapide à effectuer : tous les leviers qui dirigent la voiture, qui débrayent ou embrayent, qui opèrent les changements de vitesse, qui commandent la marche arrière ou s’opposent au recul ; [le frein à main sur l’arbre qui porte le différentiel ; la corne d’appel ; les robinets de graissage qui envoient l’huile aux diverses parties du moteur ; la commande du robinet qui règle la carburation; souvent enfin également un commutateur qui laisse passer ou coupe le courant électrique et produit ainsi la marche ou l’arrêt du moteur, une manette qui

sor, des contremaîtres et des chauffeurs des maisons Peugeot, Roger, Tenting, Lepape, etc., voire une voiture électrique se disputèrent les honneurs du prix. Cependant, après douze heures de délai, les contrôleurs placés à Paris apprennent, par télégramme, que M. Levassor, sur sa voiture à deux places, a déjà une heure et demie d’avance sur ses concurrents. Après vingt-quatre heures l’avance a gagné proportionnellement et le hardi conducteur a viré à Bordeaux, et déjà le voici de retour sur Paris. Ainsi après quarante-huit heures d’absence, M. Levassor reparaissait au point de départ, assurant de la sorte la prépondérance définitive du pétrole sur les autres moyens de traction rapide!

Aux plus réputés des cyclistes revint l’important honneur d’oser, — avant tous autres, — monter des automobiles. Dès les premiers succès du nouveau mode de locomotion, les plus intrépides amants de la bécane se rangèrent sous l’égide mieux cuirassée de l’automobile, et ne tardèrent pas à devenir, pour la plupart, d’excellents chauffeurs. Charron, jadis trois fois champion de France à bicyclette, Lamberjack, René de Knyff, Huillier, Meyan, Monter, Voigt, Girarclot, Giraud brillèrent parmi les plus intrépides promoteurs.

Les formes des anciens véhicules, adaptées au nouveau mode de locomotion, furent laissées au bon goût des carrossiers. Nous eûmes des phaétons, des chars à bancs, des dogs-cart, des charrettes anglaises, des wagonnettes, des -breaks, des omnibus, des ducs, des coupés, des landaus, des landaulets, des cabs, des victorias, des visà-vis, voire des fourgons. Une nouvelle invention, la voiturette, vint augmenter encore cette collection. Il y eût les voiturettes automobiles à une place ou motocyclea ; les voiturettes à deux places ou tandems; enfin les voiturettes à trois places avec siège en avant pour deux personnes. La plupart de ces automobiles, actionnées par le pétrole, sont dues à l’habile construction de Panhard et Levassor, de Rochet, de Lefebvre, de Gautier-Wherlé, de Diétrich, de Cambier, d’Audibert et Lavirotte, de Lepape, de Popp, de Tenting, etc.

règle le moment précis de l'allumage électrique ; une enfin qui règle l'admission du mélange explosif en quantité plus ou moins grande dans le cylindre selon l’état de la route ou le travail exigé du moteur. Au pied le conducteur manœuvre encore une pédale de débrayage et d’embrayage ; et, par une autre, des freins puissants qui s’enroulent sur des tambours accolés aux roues motrices. » Voilà qui est, certes, un peu plus compliqué que de conduire « Cocotte » et qui répond plus à l’aptitude des mécaniciens qu’à celle des braves Colignons. Mais au siècle prochain, il n’y aura plus de « cocottes », et il faudra bien que les vieux Colignons, sous peine de périr de faim, apprennent à conduire les automobiles!

LES PROGRÈS DE L'AUTOMOBILISME

Toutefois les partisans d’automobiles à vapeur, loin de se laisser désarmer par les triomphes successifs du pétrole continuent à défendre leur système, le plus vieux et. — disent-ils — le plus solide, contre tous les autres. De ce nombre est M. Scrpollet dont le nom sympathique est revenu déjà plus d'une fois sous notre plume.

L’électricité, elle aussi, menace de s’imposer de plus en plus. Le jour où sera résolue la question des accumulateurs sur routes et où les voitures automobiles trouveront sur toutes les voies des points de repère où pouvoir se ravitailler de ce subtil combustible, la locomotion automobile électrique, jusqu’ici adoptée dans les villes, le sera aussi dans les campagnes.

Presque toutes les villes du Royaume-Uni et de l’Amérique du Nord1 sont pourvues de ce genre de locomotion dônt les qualités de vitesse, de stabilité et d’obéissance sont parfaites. Des ingénieurs et des chimistes, en combinant leurs efforts, ont été amenés à remédier à l’inconvénient des accumulateurs en y substituant une sorte de moteur électrique transportable2. La voiture automobile électrique a, sur les autres, le grand avantage d’être silencieuse (par l’absence de trépidation); d’être inodore (qualité bien précieuse qui manque aux automobiles à pétrole) ; d’être douce, en évitant le démarrage brutal, le heurt des engrenages, l’embarras des roues. De telles qualités pourront être appréciées Tannée prochaine par les Français eux-mêmes, qui (ô rareté!) ne se seront point, cette fois, insurgés contre une idée de progrès. Nous avons parlé, en effet, dans notre précédent chapitre, du projet de fiacres électriques abandonné par la Compagnie parisienne des voitures à l’occasion de l’Exposition de 1900. Sans attendre cette date, la Compagnie des tramways de Paris et de la Seine, plus audacieuse, vient de faire établir, boulevard Malesherbes, une ligne de tramways électriques sur réseaux partant de la Madeleine, vers Neuilly, Levallois et Courbevoie.

Dans la célèbre course de Paris-Amsterdam-Paris (juillet 1898), la supériorité de la construction française, malgré les louables efforts des constructeurs anglais et allemands, se trouva triompher. A part les automobiles habituelles, le motocycle de Dion et la voiturette

1. Voir les Sports Modernes, p. 18 : Types de voitures électriques américaines.

2. Le moteur électrique n’est donc qu’une dynamo qu’on alimente par un courant électrique afin de lui faire accomplir un travail mécanique. Moteur idéal, certes, dont le silence, la propreté, la souplesse, sont les qualités fondamentales, des qualités qui constituent même pour lui une sorte de monopole. Moteur merveilleux, qui atteint presque la perfection, puisque son rendement monte jusqu’à 90 p. 100. L. Baudry de Saunier.

LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE

Decauville firent également merveille. A tel point que les Hollandais, surpris et charmés, sont devenus, depuis ce temps, des enthousiastes et des fidèles de notre jeune industrie!

Depuis, de nouvelles courses ont été tentées, de nouvelles épreuves, de nouveaux succès! De hardis excursionnistes, MM. de Crawliez, s’aventurèrent, au sud de l’Algérie, jusqu’à Aumale, et, malgré des pluies diluviennes, osèrent tous les prodiges.

Peu de temps après, la mission scientifique et commerciale; Félix Dubois, avec une audace et une bonne humeur bien gauloises, se décidait à porter jusque chez les nègres le système le plus perfectionné de l’industrie automobile.

La tentative réussit et chaque jour voit augmenter le nombre des explorateurs qui ne s’embarquent que munis de la précieuse machine. Que de peines évitées ainsi, que de fatigues, que de vies! Ah!

si l’Etat-major français, au lieu de ses ineptes voitures Lefebvre, avait eu, pendant la guerre de Madagascar, une aussi précieuse ressource !

Que de regrets épargnés, que de détresses évitées! combien de braves petits soldats conservés !

Leur emploi eût été d’autant plus facile que des expériences successives ont surabondamment prouvé l’aptitude des automobiles à l’ascension des côtes1.

Encore quelques années, et le chemin de fer (celui que les cyclistes et les chauffeurs appellent le Grand Frère ) trouvera dans sa cadette, la voiture automobile, une rivale sérieuse.

L’année dernière, le Parlement anglais, dans une de ses séances consacrées aux progrès de l’industrie, autorisa le nouveau système

1. Dans une de ces expériences « la voiture qui mit le temps le plus court à franchir la rude passe de 1782 mètres, montant de 6 en 10 p. 100, fut une voiture électrique de la construction de M. Jenatzy, montée par lui-même, qui parcourut cette distance en 3'52". » (Baudry de Saunier.)

LES PROGRÈS DE L’AUTOMOBILISME

de locomotion automobile. La compagnie London S team omnibus organisa un système de voitures publiques destiné à la locomotion intérieure de Londres. Ces omnibus sont plus rapides que les voitures à chevaux, le prix des places est meilleur marché ; le peuple y trouve son compte et tout le monde est content. La même compagnie se propose d’établir un système de ces véhicules, avec un trajet répété deux fois par jour, de Londres à Brighton au prix incroyable de 10 centimes la place.

N’est-ce pas là, déjà, un acheminement vers cette locomotion gratuite oui sera le nlus nuissant moven de civilisation future et

qu’il serait glorieux pour des peuples démocratiques d’établir bientôt sur leurs réseaux. Le jour où une entente internationale permettra à chacun de se rendre sur tel territoire qui lui plaira sans avoir rien à débourser, alors sera résolu ce grand problème de décentralisation qui hante plusieurs esprits éminents, alors sera en partie éteint ce lamentable paupérisme des villes dont les causes principales sont justement la concurrence commerciale et l’agglomération ouvrière. La question sociale, pour laquelle tant de livres ont été écrits, pour laquelle se sont épuisés toute leur vie quelques admirables apôtres, trouvera là une solution facile, pacifique, rationnelle! Ce serait la conséquence naturelle de l’évolution commencée depuis tant de siècles et que la locomotion viendrait ainsi singulièrement hâter. — Mais où est-il le gouvernement, où est-elle la démocratie, où est-il le pouvoir intelligent et fort qui osera donner l’exemple, et qui, le premier, décrétera la gratuité des réseaux? Les compagnies elles-mêmes ne se rattraperaient-elles pas par les annonces, par les réclames de toutes sortes ; les places de luxe ne seraient-elles pas, pour elles, une source de bénéfices! L’Etat enfin, qui gaspille tant de milliards au budget de la guerre, trouverait là un excellent prétexte à diminuer ses armements et à reporter sur le

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service des travaux publics un précieux argent, qui, de la sorte, profiterait davantage aux contribuables et à lui-même.

Les récentes expositions internationales, tant à Paris, à Anvers qu’à Chicago, ont ouvert à la locomotion rétrospective et contemporaine de vastes sections, sinon des palais spéciaux comme il en exista en 1893, sur les bords du lac Michigan.

Le Temps, ce vieux marcheur intrépide, qui pourrait être symbolisé aujourd’hui, sous l’effigie d’un gentleman affairé et positif, monocyclant sans trêve sur le cadran des heures, ou bicyclant sur le disque des pièces de cent sous, le Temps qui semble avoir gagné de valeur et de vitesse depuis que la lutte pour la vie devenue plus âpre donne à chacun le sentiment de son souverain pouvoir, ce terrible Temps mythologique dont la faux n’est plus qu’un rasoir menaçant, a eu vite fait de reléguer dans le magasin des accessoires du passé les antiques diligences de nos précurseurs, les berlines, les carrosses, les cabriolets et tous les autres instruments de torture que nos pères insoucieux et ironiques nommaient déjà avec esprit des incommodes ou des désobligeantes'.

Une lithographie publiée vers 1840 et intitulée : Le Passé, le Pré-

sent et l’Avenir. Légères indications du mouvement intellectuel, croquées à la vapeur sans le secours des mains donne une idée curieuse du scepticisme de nos aïeux. Les épithètes A’ incommodes et de désobligeantes ne suffisaient pas à nos pères pour exprimer leur mépris vis-à-vis des antiques guimbardes.

Encore leur fallait-il ridiculiser les nouveaux véhicules à vapeur, chemins de fer, tenders, convois et locomotives.

« ... De quoi, des chevaux, des tilburys, des diligences, du plus souvent qu’il y en aura encore dans deux ans, vous êtes fièrement simple si vous croyez cellelà!... Mais vous ne savez donc pas que grâce au génie des découvertes et de l’industrie tout

se fera à la vapeur et que nos enfants, en naissant dans un mois quelconque, auront 25 ans la première année!... On ira dans les quatre

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