VOITURETTE AUTOMOBILE DECAUVILLE
LES PROGRÈS DE L’AUTOMOBILISME
et d’honnêtetés invraisemblables; nous serons en un mot, à leurs yeux, quelque chose d’analogue à ce que les pères de 1 830 sont aux nôtres, des bourgeois mesquins, façon du père Poirier, d’un esprit méticuleux, vaniteux et borné, des rêveurs d’utopies, ne comprenant rien à l’action instantanée.
Car, d’ici soixante années, toutes les conditions sociales se seront transformées, tant par le bouleversement des progrès imminents, que par l’égoïsme individuel qui triomphera avec excès. Les nations, ayant rejeté les préjugés sanglants du patriotisme et du militarisme, ne seront plus que des maisons de commerce n’exaltant et ne sentant l’idée de nationalité que comme marque de fabrique ou comme nuance de dialecte.
Pour ne considérer que l’horizon déjà lisible et précis de la locomotion prochaine dans ses transfoi’mations à la veille de s’accomplir, il nous est permis, en nous basant sur des probabilités, d’établir, sans prétendre en préciser scientifiquement les détails, le tableau de la vie de voyage ou de transport par terre, par eau et par air, d’ici quelque trente ou quarante années.
C’est un innocent plaisir que de spéculer sur l’avenir en essayant d’évoquer les conditions d’être et de se mouvoir de nos successeurs. Ce jeu ne saurait que divertir et faire penser le lecteur en éveillant sa pensée et en l’intéressant au futur; beaucoup d’aimables esprits se sont employés à scruter les mystères des progrès que les hommes imagineront plus tard; quelques-uns de ces contemplateurs de la pénombre, comme Sébastien Mercier, ont prophétisé avec plus de fantaisie et d’humour que d’à-propos; d’autres, comme Charles Cros, comme Jules Verne, ont côtoyé la vérité et ont vu juste; certains, comme Villiers de l’Isle-Adam , en voulant faire de la satire, ont donné des prédictions fort réalisables; à notre tour, nous tâcherons, dans cette partielle tentative, de demeurer, sans trop de méthode ou de sérieux, en une note moyenne qui suggère le Qui