‹ La locomotion à travers l'histoire et les moeursChapitre 43 sur 247 · ROME · texte numérisé non relu

ROME

Rome, plus peut-être que toute autre ville, fit monter de belles fêtes de chars, de splendides réjouissances équestres, de triomphes sans pareils, des courses merveilleuses dans les cirques sablés ! — Les historiens et les poètes célèbrent, à l’envi, le luxe des attelages, la beauté des coursiers, l’agilité des cochers et des capitaines : « Lorsque, dans les combats de la course, deux rapides chars s’élancent dans la carrière, s’écrie Virgile ( Géorg ., liv. II), voyez comme leurs jeunes conducteurs, armés d’un fouet menaçant, espérant de vaincre, craignant d’être vaincus, se penchent sur leurs coursiers, leur abandonnant les rênes, tantôt se baissant, tantôt se dressant et paraissant prendre leur essor pour fendre le vaste espace des airs. L’essieu s’allume, le char vole, un nuage de poussière les dérobe aux yeux1. »

Ainsi l’usage des chars est passé d’Olvmpie à Rome. La corporation des charrons acquit, dans la cité, une importance prépondérante; la décoration des véhicules de guerre, de course et de plaisance réclame le concours des peintres [Pictor quadrigularius ), des fabricants de coussins ( Cidcitrarius ), des selliers, des bourreliers2. Tout un monde d’artisans, sans compter les cochers, ne vit plus que du travail des chars. Les chars, sous différents noms, sont employés à tous les usages, pour les transports de matériaux, pour les opérations de guerre, pour les promenades. Les législateurs, effrayés de l’extension que prend ce goût nouveau, s’insurgent contre l’excès des voitures dans les rues de Rome. Des lois réglementent les proportions que doivent observer les constructeurs dans le travail des roues, de la caisse et des ornements. A l’origine, ces chariots étaient encore massifs. Ginzrot3 nous en a laissé quelques images ; Schefferus, abondamment, nous en donne ailleurs la description4 détaillée.

1. Virgile, dans le même livre des Géorgiques, parle des chars de course phrygiens introduits dans l’Afrique par Erechtée :

Primus Erichtonius currus et quatuor ausus Jungere equos rapidusque rôtis insistere victor...

Page 1