‹ La locomotion à travers l'histoire et les moeursChapitre 61 sur 247 · JAPON · texte numérisé non relu

JAPON

A Yokohama :

Ici tout le monde fait usage du palanquin, les pauvres comme les riches, depuis le daïmio titré et opulent jusqu’à l’humble hetta des faubourgs3. Les porteurs sont ici en nombre aussi considérable. On les appelle des coolies. Ils marchent pieds nus dans la boue et dans la poussière. Ce sont des êtres résignés et qui attendent aux stations, avec une patience admirable. Les uns, pour le transport de leurs clients font, depuis les temps les plus reculés, usage du norimono et du cango.

Le cango est le palanquin du peuple, celui où il suffit de deux porteurs; le norimono, au contraire, est la voiture de lre classe. Celui-ci est souvent luxueux, garni de laques et orné de peintures; des ornements de bambou l’agrémentent. C’est de lui, sans doute, que se sert Mme Chrysanthème le jour où elle s’échappe de sa maison verte pour venir se promener au bord des bassins jonchés de lotus et garnis de cygnes aux beaux plumages. Bien qu’il y ait peu de jour, on aperçoit pourtant l’étoffe bleue de l ’obi, le rythmique balancement de l’éventail, les pointes des fines pantoufles, les jeux d’or des épingles brillantes. Alentour marchent les coolies. Leur nombre,

1. Axant ce voyageur, dit Larousse, Grotius dans ses Êpigrammes, Milton dans son Paradis perdu (1661), l’évêque Wilkins, beau-frère de Cromwell, dans ses Malhematical magic (1680), avaient parlé de ce chariot chinois.

2. Ramée. Histoire des chars, carrosses, omnibus et voitures de tous genres.

3. Racinet. Les Costumes historiques. — E. Gujmet et Félix Régamey. Promenades japo naises. — Un Voyage au Japon, par Rodolphe Lindau (1864).

A TRAVERS L’UNIVERS

cette fois, varie de quatre à douze. Ce sont de bons garçons, un peu excentriques. On ne sait pourquoi, au passage d’un autre norimono, ils se mettent à exécuter des danses bouffonnes si ridicules que les passants s’arrêtent pour les regarder.

Quand un grand seigneur se rend en visite dans l’un de ces luxueux palanquins, un coolie, derrière le cortège, porte le sabre, et, un autre, le parasol; certains poussent la magnificence jusqu’à se faire accompagner1 de leur service à thé ou chabinto. Ce service consiste en boîtes laquées contenant le thé et les menus objets de porcelaine. Rien n’est plus drôle que de voir le coolie porteur du chabinto marcher derrière le palanquin du maître entre le coolie porteur de sabre et le coolie porteur de parasol. De nos jours, la locomotion japonaise n’a point varié. La création de la jinrikiska est la plus récente des inventions locomotrices du Japon. Cette sorte de voiture à deux roues est également de bois laqué ; mais elle est plus légère, plus svelte que les autres. Un coolie peut facilement la traîner avec une vitesse de 4 à 5 kilomètres à l’heure.

Admirons aussi les jonques d’acajou, de bambou et de bois précieux; les Japonais sont aussi bons navigateurs qu’ils sont bons conducteurs et leurs bateaux de plaisance sont une joie pour les yeux ainsi que leurs palanquins sont un repos pour le corps.

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