LE POLE ARCTIQUE — LA SIBÉRIE
Cendrillon ne viendra pas avec nous ici. Elle y aurait trop froid, et il faudrait trop de fourrures. Puis, son carrosse ne pourrait pas rouler sur le désert de glace. Nous arrivons au pays d’Andersen et de la Reine des Neiges, au pays des Esquimaux. Les moyens de locomotion de ces tribus sont d’une simplicité touchante. On peut dire que, dans une histoire iconographique des transports à travers les âges leur traîneau occuperait, par la rusticité, une des premières places, à l’origine des dates. Ce traîneau, effectivement, n’a jamais varié. Il est resté le même depuis l’époque primitive. Rien que plus compliqué déjà que celui des Lapons, dont la stabilité reste douteuse, il offre certainement l’image du moyen de locomotion le plus primitif. Deux brancards à patins reliés par les montants d’un siège surélevé; une peau de bête sur le siège; le licol pour les chiens ou pour le renne ; et, c’est tout.
I. Voir le Japon illustre, par Aimé Humbert. — Le Japon, par M. de- Jancigny.
LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE
Lorsque le traîneau est attelé de chiens, on choisit ceux-ci parmi les plus vigoureux.
Les Esquimaux en élèvent une race particulièrement forte et serviable. Ces animaux sont de nature moyenne ; on les nourrit de poissons secs. Leur sobriété et leur intelligence sont admirables. Le Dr J. J. Ilayes1, chirurgien de la marine des Etats-Unis, raconte ainsi la dernière partie de son voyage à la mer libre du pôle arctique :
« Notre traversée n’a pas eu la pareille dans les aventures arctiques... Les 75 derniers kilomètres, où nous n’avions plus que nos chiens, nous ont pris quatorze journées; et l’on comprendra mieux combien la tâche était rude, si l’on se rappelle qu’une semblable étape peut être parcourue en cinq heures par un attelage de force moyenne sur de la glace ordinaire, et ne le fatiguerait pas moitié autant qu’une seule heure de tirage au milieu de ces hummocks qui semblaient se multiplier sous nos pas.
— Le chien de cette race court plus volontiers sur la glace unie avec un fardeau de 100 livres qu’il n’en traîne 25 sur une route qui le force à marcher à pas lents. »
Le renne, lui, est plus actif et encore meilleur coursier que le chien. « Il sert à la fois de bête de trait et de bête de somme, dit Deharme, et peut faire jusqu’à 120 kilomètres par jour, se contentant seulement de quelques bourgeons, d’écorces ou de lichens qu’il déterre sous la neige. » Aussi voyons-nous que la nature industrieuse a tout prévu pour remédier à la pauvreté des moyens. Et l’on peut dire que le renne est aux habitants du pôle ce que le chameau est à ceux du désert : un compagnon fidèle, sobre, intelligent et vif. Le nombre des chiens attelés aux traîneaux varie avec les tribus. Le sannka des Kamtchadales 2 est traîné par quatre ou cinq chiens; le ncirta des Esquimaux, lui, réclame jusqu’à dix, douze, même trente ou quarante chiens. Ce traîneau sert de voiture de transport et les peuplades l’emploient volontiers dans les voyages et les immigrations. C’est dans un de ces équipages que Lesseps et le Russe Kastoff 3,