BYZANCE
Laissons là notre Cendrillon empruntée au bon Perrault.
Son carrosse ne va pas assez vite, pas aussi vite que le tapis de ce mage des Mille et une Nuits, sur lequel il suffisait de s’asseoir pour se voir transporter à des milles et des milles de distance.
Puisque nous sommes au moyen âge, ne quittons point cette époque sans nous être arrêtés au foyer de civilisation de l’antique Byzance. Ici, comme à Rome, les jeux du cirque, les courses sont la passion publique. Le génie de Byzance ne réside ni sans la splendeur de ses hautes cathédrales, ni dans l’affluence des barques de la Corne d’Or, ni dans les fêtes somptueuses données par les Empe-
A TRAVERS L’UNIVERS
reurs; le génie de Byzance est exprimé tout entier dans les jeux de l’Hippodrome. Le Basileus, lui-même, préside aux réjouissances. Du haut de la cathisma, ou loge impériale, il assiste à la fête fabuleuse. Quelquefois même il y prend part. L’Hippodrome est vaste et sablé. Il est construit dans le quartier de Broumalion qui est celui des fêtes. Au centre se trouve la colonne des Serpents, un enlacement d’ophidiens soutenant la statue de l’Apollon de Delphes. Cette colonne correspond au milliaire d’or de l’Empire; c’est d’elle que doivent partir toutes les grandes routes qui porteront au monde le multiple génie de la ville. « Plus bas que le pî et au niveau de l’arène, a dit l’un de nos meilleurs écrivains1, les loges des écuries fermées de grilles droites gardaient les hénioqucs des Verts, des Bleus et de leurs alliés, les Rouges et les Blancs, prudentes factions attendant, debout dans leurs chars à quatre chevaux housses d’or, un fouet aux dents, les brides à la ceinture où bouffait la casaque fendue par l’écharpe en sautoir de leur couleur. » Et il ajoute : « Enfin l’ouverture des grilles des manganons — les écuries — devant un écartement de gardes survenus inopinément, pour le passage, en ouragan, des chars dont les ors et les ivoires eurent des pétillements. Dans l’immensité du bâtiment ouvert en plein ciel, le peuple se dressa, puis se rassit; les bustes courbés, des bras aux manches flottantes s’immobilisèrent. Quatre chars éperdument filèrent ; par la droite se virent les hénioques, le corps en arrière, sur la tête une toque d’argent; une main retenant les interminables brides de soie d’ors ornées, l’autre allongeant des volées de coups de fouet. Une grosse poussière gyrait et les suivait, dissimulant la croupe des chevaux, la massivité des roues, le plein des attelages, montant en rondeurs ivoirées jusqu’à la face des hénioques qui émergeait pardessus, les dents serrées, les yeux luisants, le front ablué; et toujours, noyant le réitèrement des fouets, le grand déchirement des orgues, la forte percussion des nacaires, le frémissement des balaleikas, des éouds et des karamandjas, le claquètement des cymbales, l’extrême furie des instruments coupée de strideurs de trompes d’or dans le pî, embouchées par des Excubiteurs, des Scholaires et des Candidats ! »
Peinture saisissante ! Décor splendide ! Peuple fort et plein de sève, de génie et de vitalité que celui qui pouvait vivre de telles heures. Certes nos foules modernes ont cet enthousiasme. Mais il