Magasin pittoresque (vin
A TRAVERS L’UNIVERS
quelquefois même jusqu’au Saint-Sacrement. C’étaient là des réjouissances plus modernes en l’honneur de Cérès, mais d’une Cérès qui eût été un peu la Vierge.
Sauter de l’Espagne en Amérique, certes voilà ce que le léger carrosse de la petite reine Mab lui-même ne saurait faire! Sans doute ferions-nous mieux de prendre le câble et d’aborder directement dans le Nouveau Monde. Ici surtout, il y aurait de nombreuses et instructives études de locomotion à faire, mais vingt volumes n’y suffiraient pas. Voyons quelles surprises nous réserve le Chili indien. Puisque les Araucaniens nous y attendent, voyons un peu quels sont leurs modes de transport les plus en usage.
Les Araucaniens, avant tout, sont d’habiles chasseurs et d’habiles cavaliers. Les premiers, parmi les Américains du Sud, ils ont eu l’intrépidité de dompter et d’élever les chevaux sauvages. Ces chevaux, mélangés à ceux, aussi fougueux mais mieux domestiqués que les Espagnols de la conquête avaient importés, ne tardèrent pas à produire cette race d’intrépides et de rapides coursiers dont les voyageurs ne cessent d’admirer la souplesse, la légèreté, l’infatigable courage.
Les Chiliens montent sans effort ces compagnons de chasses et de courses effrénées. A cet usage, ils portent des éperons avec molettes de fer argenté dont la semelle, étroitement, chausse, en l’embrassant, le pied nu.
Les gauchos des Pampas, toujours à cheval et sans cess^ dans l’attente des captures, sont souvent issus de ces nobles cavaliers. Le rio de la Plata n’est fréquenté que par eux. Partout triomphent les gauchos, et, partout, les chevaux et les bœufs sauvages ne tardent pas à tomber sous le poids du lazo ou des holas i.
Au Mexique, la locomotion, déjà, semble atteindre au dernier degré de perfection. Jugez-en par cette description du costume de cheval, adopté par les habitants :
A l’heure du paseo, le Mexicain de marque, d’un dandysme tout européen, ne tarde pas à revêtir le costume national. Ses jambes se glissent dans les calzoneros ou pantalon de peau, ouvert sur les côtés ; sa tête se trouve couverte du traditionnel sombrero; une bande de
1. Voir Alfred Mation. La Nouvelle France, étude sur le royaume d’Araucanie (1874). — Désiré Charnay. A travers la pampa de la Cordillère {Tour du monde, 1867).
LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE
cuir, sorte de guêtre ornée de boutons dorés, s’enroule autour de sa jambe et la serre jusqu’au genou dans le but d’empêcher le frottement de la selle.
Ainsi se résume la principale [locomotion de cette partie de l’Amérique. Nous pensons qu’elle n’a qu’assez peu varié depuis le moyen âge: C’est pourquoi nous en parlons ici.
Quant à la locomotion des Etats-Unis, tout le monde sait qu’elle est la plus avancée et la plus perfectionnée de toutes, nous ne saurions l’aborder ici sous peine d’y consacrer tout ce volume.
La locomotion française au moyen âge, d’ailleurs, réclame nos prestes investigations, si fugitives que nous en sommes honteux. C’est à elle tout entière que nous consacrons ce nouveau chapitre :
Adieu donc, carrosse de la petite Ccndrillon, tapis magique des Mille et une Nuits, voiture légère de la reine Mab! — Nous avons roulé de par le monde, sans poser pour ainsi dire le pied nulle part et sans instruire vraiment ceux qui voulurent bien nous suivre dans cette course aux quatre points cardinaux du globe et il est temps de revenir au Pays.