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LES ROUTES ET LES VOIES DE COMMUNICATION

ien que les Francs fussent venus de la Germanie et qu’ils aient apporté avec eux la coutume des chariots, l’emploi des litières à mulets, des basternes et des carpentum de l’époque gallo-romaine continua à être en faveur fort longtemps après la prise de possession du sol celtique par les Barbares.

Encore l’usage de ces voitures ne fut-il permis qu’aux femmes et aux vieillards. Les cavaliers francs étaient de trop robustes hommes de guerre pour se faire traîner, comme Je feront plus tard leurs descendants, dans des chariots pesamment attelés. On peut donc affirmer que la locomotion française au moyen âge a son origine dans les derniers vestiges de la locomotion gallo-romaine, et qu’il importe de remonter jusqu’à cette époque de civilisation pour mieux com-

LA LOCOMOTION DANS L’HISTOIRE

prendre l’éducation de goût subie par les premiers barbares. Les provinces du midi de la Gaule, plus particulièrement, se trouvaient préparées pour l’emploi des véhicules. Toute cette partie, la plus florissante de la côte provençale, se voit parée de villes aux constructions durables et harmonieuses. Marseille, Avignon, Nîmes se reliaient à l’Empire par des voies bien entretenues. Ces routes romaines traversaient les villes elles-mêmes et permettaient une facile circulation intérieure. Des droits de péage existaient déjà dans certaines cités; à Fréjus notamment et à Nîmes, où, près de la Porte dorée et de la Porte de France se tenaient, depuis longtemps déjà, les commis du lise1. Il y a là une preuve évidente de commerce. La vie intime de la cité, les jeux de l’amphithéâtre, les parades du cirque et les triomphes guerriers ne contribuaient pas peu au continuel développement de la carrosserie primitive. La colonne milliaire dorée que l’empereur Auguste dressa au haut du forum romain fut le point central d’où toutes les voies de communication s’embranchèrent vers les directions différentes des provinces. Ces voies servaient plus ordinairement aux marches des armées ou des puissants cortèges. De là, dit Challamel, le nom qu’on leur donna, de chaussées ou « levées publiques militaires2. » Auguste les utilisa aussi pour le service des postes. La multiplicité des relations entre les citoyens et les villes elles-mêmes avait nécessité la création de ces services de voitures qui assurèrent, entre les uns et les autres, la réciprocité des relations. Tout d’abord ce privilège n’appartint qu’aux princes et aux gouverneurs; mais peu à peu il s’étendit aux simples particuliers3. Les forêts mêmes ne furent pas épargnées et les messagers se tracèrent à coups de hache de longues routes à travers les murailles d’arbres. Ces routes prirent bientôt de l’importance et, dans certaines des plus belles forêts de Flandre et de Bourgogne, il n’est pas rare d’en retrouver encore des vestiges 4. Tibère, Caligula, Vespasien, Honorius entretinrent de leur mieux les chaussées de la Gaule romaine, mais, avec les premiers Francs, cette sage précaution ne tarda pas à être abandonnée. Les ornières, les arbres, les fondrières recommencèrent à entraver le transport des véhicules, et il faudra que vienne Brunehaut, Brunehilde, la savante et la belle, pour que bon ordre soit mis à cet état préjudicable.

1. Augustin Challamel. Mémoires du peuple français depuis son origine jusqu’à nos jours.

2. Aggera, strata, en latin; estrades, estrées en vieux français.

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