‹ La locomotion chez les animauxChapitre 5 sur 130 · UNE MACHINE VOLANTE POSSIBLE · texte numérisé non relu

UNE MACHINE VOLANTE POSSIBLE

OU gazeuse, change constamment de forme j en d'autres termes, est constamment en mouvement. H est bon qu*il en soit ainsi; car ces changements incessants dans la matière inorganique et dans les organismes vivants produisent cette fascinante variété qui ne blase ni l'œil, ni Toreille, ni le toucher, ni le goût, ni l'odorat. Si un repos absolu prévalait quelque part ; si plantes et animaux cessaient de croître ; si le jour n'alternait plus avec la nuit, si les fontaines se desséchaient ou se glaçaient, si les ombres cessaient de s'étendre, l'air et les rochers de réfléchir la lumière, les nuages de s'amasser et la grande race des êtres animés de se mouvoir, le monde ne serait plus habitable pour l'homme. Dans le changement, il trouve sa consolation pour le présent, son espérance pour l'avenir. Le grand panorama de la vie est intéressant parce qu'il se meut. Un changement en amène un autre. L'existence simultanée des choses entraîne leur dépendance mutuelle. Cette coexistence, cette dépendance réciproque font que nous étudions non-seulement nous-mêmes mais encore tout ce qui nous entoure. Par la découverte des lois de la nature, la divine Providence nous permet d'imposer notre joug aux puissances naturelles, et déjà le géant Vapeur traîne avec une incroyable vitesse le vagon retentissant et le rapide bateau ; le quadrupède sur la terre, et le poisson dans l'eau ont été mis littéralement hors de concours ; chacun d'eux a, pour ainsi dire, été battu dans son propre domaine. Que le tramway de l'air puisse et doive être traversé par l'ingéniosité de l'homme à une époque ou à une autre, cela est, en raisonnant par analogie et d* après la nature des choses, également certain. S*il n'y avait aucun être volant, s'il n'y avait comme mo-

dèles ni insectes, ni chauves-souris, ni oiseaux, le vol artificiel (tant sont grandes les difficultés de sa réalisation) pourrait bien être regardé comme une impossibilité. Mais comme les créatures volantes sont une légion, à la fois par leur nombre, leurs dimensions et leurs formes, et que les corps de toutes sont manifestement non -seulement plus lourds que l'air, mais composés de parties dures et de parties molles, semblables à tous égards à celles qui coi;aposent les corps des autres membres du règne animal, cela nous provoque à imiter les mouvements de Tinsecte, de la chauve-souris et de l'oiseau dans l'air, comme nous avons déjà imité les mouvements du quadrupède sur la terre et du poisson dans Teau. Nous avons achevé avec succès deux étapes ; il ne nous en reste qu'une à faire pour compléter le merveilleusement parfait et très-intelligible système de locomotion que nous présente la nature. Jusqu'à ce que ca troisième pas soit franchi, nos applications ai /ificielles de transition ne doivent être regardées que comme partielles et incomplètes. Les auteurs qui regardent le vol comme impraticable, remarquent sagement que la terre soutient le quadrupède, et Teau le poisson. C'est tout à fait vrai, mais il est également vrai que l'air soutient l'oiseau, et que les évolutions de l'oiseau sur ses ailes sont aussi sûres et infiniment plus rapides et plus belles que les mouvements du quadrupède sur la terre ou du poisson dans l'eau. Ce qui, en fait, assure Ja position du quadrupède sur la terre, du poisson dans l'eau, de Toiseau dans l'air, c'est la vie; et par là, j'entends cette -puissance parfaite de se mouvoir et de se gouverner, qui coordonne les mouvements des surfaces motrices (pieds, nageoires ou ailes) de tous les animaux et les adapte au

Page 1