LE POIDS EST NÉCESSAIRE AU VOL
milieu sur lequel ils sont destinés à opérer, soit la terre comparativement ferme, l'eau mobile ou l'air plus mobile encore. Supprimez tout à coup cette vie, le quadrupède tombe à terre, le poisson (s*il n'est spécialement muni d'une vessie natatoire) s'enfonce, et l'oiseau gravite fatalement. Il y a dans chaque cas suspension et cessation soudaines de la vie, mais ni le quadrupède ni le poisson n'ont à cet égard aucun avantage sur l'oiseau. Les savants qui s'opposent à cette manière de voir, s'écrient assez naturellement qu'il n'y a pas grande difficulté à faire avancer une machine soit sur la terre soit sur Teau, en voyant que ces deux milieux la soutiennent. Il n'y a, je l'avoue, pas grande difficulté aujourd'hui, mais il y en avait apparemment d'insurmontables avant l'invention de la locomotive et du bateau à vapeur. De plus, le poids, au lieu d'être un obstacle au vol artificiel, lui est absolument nécessaire. Cette assertion est tout à fait opposée à l'opinion communément reçue, mais elle est néanmoins vraie. Il n'y a pas d'oiseau plus léger que l'air, et aucune machine construite dans le but d'y naviguer ne devrait viser à être spécifiquement moins pesante que lui. Ce qui manque c'est une quantité raisonnable, mais non excessive, de poids et une reproduction (en principe sinon en pratique) de cette structure et de ces mouvements qui permettent de voler à l'insecte, à la chauve-souris, à l'oiseau. Jusqu'à ce que l'on ait bien compris la structure et l'emploi des ailes, « la route do l'aigle dans les airs j> doit nécessairement rester un mystère. L'étude du vol n'a jamais, si ce n'est tout récomment, été entreprise d'une manière systématique et rationnelle, et en somme, on ne sait que fort peu de chose des lois qui le régissent. Si nous con-
naissions bien ces lois, et si nous étions en possession de données dignes de foi pour nous guider dans nos projets d'ailerons artificiels, le formidable nœud gordien du vol^ il y a des raisons pour le croire, serait rapidement débrouillé.
Que le vol artificiel soit possible, cela est mis hors de doute, d'abord par ce fait, que le vol est un mouvement naturel, et ensuite parce que les mouvements naturels de la marche et de la natation ont déjà été imités avec succès.
Les rapports évidents que les mouvements natgrels ont avec les artificiels, et la relation qui existe entre les mouvements organiques et inorganiques revêtent notre sujet d'un intérêt tout particulier.
C'est Talliance de la progression naturelle et de l'artificielle en'théorie et en pratique qui donnent à Tune et à l'autre leur charme principal. L'histoire de la progression artificielle est indispensable à celle de la progression naturelle. Les mêmes lois les régissent et les détermineni toutes deux. La roue de la locomotive et l'hélice du bateau à vapeur diffèrent grandement en apparence de la jambe du quadrupède, de la nageoire du poisson, de l'aile de l'oiseau ; mais, comme je le démontrerai par la suite, les courbes que vont former la roue et l'hélice se retrouvent dans les surfaces motrices de tous les animaux, que ce soient des membres munis de pieds, des nageoires ou des ailes.
C'est une chose remarquable que l'ondulation ou la courbe tracée par l'aile d'un insecte, d'une chauve-souris ou d'un oiseau, lorsque ces animaux sont fixés ou suspendus devant un objet, et qu'ils volent, corresponde