SURFACE DE L'AILE EN EXCÈS
26® exp. — Supprimé une sur deux des plumes primaires et secondaires de chaque aile en commençant par la première primaire. L'oiseau vola plus de cinquante yards avec un très-faible effort, passa au-dessus d'une clôture voisine, et s'éleva de nouveau pour aller se percher sur un arbre à peu de distance. Quand on n'avait opéré que sur une seule aile, il volait irrégulièrement et de côté.
27o exp. — Enlevé une sur deux des plumes primaires et secondaires en commençant par la deuxième primaire. Vol parfait, autant que j'ai pu le déterminer. Quand une seule aile était coupée, le vol était irrégulier et boiteux, comme dans Texp. 26.
Des expériences 26 et 27, aussi bien que des expériences 7 et 8, il semblerait que l'aile n'a pas absolument besoin de présenter à l'air une surface sans ruptures et continue comme on le voit dans l'aile de la chauve-souris, et que les plumes quand il y en a peuvent être séparées l'une de l'autre sans détruire l'utilité de l'aile. Chez le corbeau et beaucoup d'autres oiseaux, les extrémités des quatre ou cinq premières plumes primaires s'écartent d'une manière notable. On rencontre des conditions semblables chez VAlucita hexadactyla^ où les délicates expansions ressemblent à des plumes s'écartant largement l'une de l'autre. L'aile cependant, toutes choses égales d'ailleurs, est plus forte quand les plumes ne sont pas séparées et quand elles se recouvrent et sont arrangées de manière à se soutenir mutuellement.
28® exp, — Enlevé la moitié des plumes primaires de chaque aile transversalement, c'est-à-dire dans la direction du petit axe. Vol tout au plus très-légèrement altéré après l'opération sur une aile. Quand les deux furent coupées,
l'oiseau vola lourdement et revint sur le sol à une distance pas très-grande. Cette mutilation ne fut pas suivie du même résultat que dans les expériences 6 et 11. En résumé, je penche à croire que la surface de l'aile peut être rognée avec le moins d'inconvénients, dans la direction de son grand axe, en enlevant des portions successives de sa marge postérieure.
SO** exp. — L'articulation du carpe ou du poignet de chaque aile fut rendue immobile en attachant à Taile de légers roseaux, les articulations de l'épaule restant libres. L'oiseau, après avoir quitté la main, battit vigoureusement des ailes ; mais après une courte lutte, il revint lourdement sur le sol, montrant ainsi qu'un certain degré de torsion ou de flexion des ailes est nécessaire au vol de l'oiseau et quels que soient les changements opérés sur la forme et la superficie des ailes, il ne faut pas contrarier ces mouvements. J'ai attaché les ailes d'un pigeon de la même manière et j'ai obtenu précisément le même résultat.
Je dois observer que les oiseaux sur lesquels on opérait étaient pris au filet et que les expériences étaient faites quelques minutes après la capture.
Quelques-uns des lecteurs concluront probablement de ce qui précède que les courbes en 8 formées par les bords antérieurs et postérieurs des ailes ne sont pas nécessaires au vol, puisqu'on peut supprimer les extrémités postérieures et supérieures du vol sans les détruire. A cela je réponds que les ailes sont flexibles, élastiques et composées d'une série de surfaces courbes, et que, aussi longtemps qu'il en reste une seule portion, elles forment ou tendent à former des figures en 8 dans toute direction.
Le capitaine F. W. Hutton, dans un récent travail c Sur le vol des oiseaux i {Ibis, avril 4872), revient sur quelquesunes des expériences détaillées ci-dessus, et s'efforce de fonder une théorie du vol, qui diffère en quelques points de la mienne. Ses remarques sont singulièrement mal appropriées et justifient fortement le vieil adage : € Un peu de science est une chose dangereuse, i Si le capitaine Hutton avait pris la peine de parcourir mon mémoire « sur la Physiologie des ailes, » communiqué à la Société Royale d'Edimbourg, le 2 août 1870 *, quinze mois avant que son article ne fût écrit, il y a des raisons de croire qu'il serait arrivé à des conclusions très-différentes. Assurément il ne se serait pas aventuré dans les affirmations téméraires qu'il a faites, spécialement quand il cherche à combattre mes opinions basées sur des recherches et des expériences anatomiques, sans avoir fait de son côté ni dissections ni expériences.
La surface de Vaile décroît à mesure qu'augmentent la dimension et le poids de Vanimal volant. — Tandis que, comme on Ta expliqué dans le paragraphe précédent, il n'existe aucune relation définie entre le poids de l'animal volant et la dimension de ses surfaces, puisqu'il y a, comme on l'a dit, des insectes, des chauves-souris et des oiseaux à corps lourd et à petites ailes, et inversement ; et tandis que, comme je l'ai montré par expérience, le vol est possible entre des limites écartées, les ailes étant ordinairement en excès sur ce qui est nécessaire pour le
1 a Sur la Physiologie des ailes, analyse des mouvements qui produisent le vol chez rinsecte, la chauve-souris et l'oiseau ». — irans. de la Soc. Roy. d'Edimbourg, vol. xxvi.
vol, il paraît cependant d'après les recherches de M. de Lucy, qu'il y a cette loi générale que plus l'animal est grand, plus , proportions gardées, ses surfaces volantes sont petites. L'existence d'une telle loi est très-encourageante en ce qui concerne le vol artificiel, car cela montre que les surfaces volantes d'une machine grande, lourde et puissante seront comparativement petites, et en conséquence compactes et fortes. Ceci est un point d'une grande importance, l'objet recherché dans une machine volante étant la puissance élévatrice.
A. de Lucy a fait de ses résultats le tableau suivant ^ :